lundi 14 août 2017

Charlottesville: comment la Syrie d'Assad est devenue une icône de l'extrême-droite américaine

Parmi les publications reprises par Buzzfeed de la page Facebook présumée de James Alex Fields Jr., le pilote de la voiture qui a tué une contre-manifestante lors desmanifestations d'extrême-droite à Charlottesville, en Virginie, samedi,on trouvait les icônes préférées de l'extrême droite,  Pepe the Frog, des croix gammées, et une photo d'Adolf Hitler enfant. 

Chose peut-être plus surprenante, il y avait aussi une photo du président de la Syrie, Bashar al-Assad, en uniforme militaire complet, sous laquelle était écrit " Jamais vaincu". Les réseaux sociaux ont largement diffusé les  captures d'écran du profil ,maintenant inaccessible, samedi et dimanche, même si l'authenticité du compte n'a pas pu être confirmée. Mais la fascination apparente avec Assad correspond bien  à un lien plus général entre l'extrême droite et le régime syrien qui s'est progressivement manifesté ces derniers mois (1) et a joué un rôle tout au long du rassemblement nationaliste blanc de ce week-end en Virginie.


La politique d'Assad - et celle de son père avant lui - ont toujours été associées plus à la gauche qu' à droite. Son défunt père, le président Hafez al-Assad, était au Moyen Orient l'allié le plus proche  de l'Union soviétique tout au long de la guerre froide. Le fils a bénéficié du soutien ferme d'une partie de la gauche radicale internationale tout au long de sa tentative d'écraser la rébellion de six ans contre son règne.

Au cours des derniers mois, cependant, Assad est devenue une icône aussi pour l'extrême droite; ses dirigeants et ses porte-parole ont fait l'éloge de la férocité avec laquelle il a poursuivi la guerre, son rôle dans la lutte contre l'Etat islamique et ses positions perçues comme antagonistes à la fois  contre les musulmans et les juifs .

Les méthodes implacables d'Assad qui ont abouti à des dizaines de milliers de victimes civiles semblent avoir encore accru sa stature. Dans une vidéo postée sur Twitter, trois hommes qui ont participé aux manifestations de Charlottesville ont salué l'utilisation par Assad des "barrel bombs", les barils d'explosifs pour soumettre les communautés qui se sont retournées contre lui.
 L'un porte un T-shirt qui dit: "Bashar's Barrel Delivery Co."

Les bombes à barriques sont des engins explosifs peu coûteux, fabriqués à bon marché, utilisés pour les bombardements à l'aveugle, et leur utilisation a tué des milliers de civils en Syrie.
"Assad n'a rien fait de mal", affirme une des figures de l'extrême-droite sur les réseaux sociaux, Tim Gionet, qui a diffusé cette vidéo, où on peut l'entendre crier " "Barrel bombs, hell yeah !"

L'émergence massive d'Assad en tant que héros populaire des néo-nazis semble avoir suivi une série de tweets en mars de  l'ancien chef  du Ku Klux Klan, David Duke, dans lequel il a prodigué des éloges au président syrien, en le décrivant comme un «chef incroyable» - et plus encore .


 D'autres dirigeants d'extrême-droite ont de longue date exprimé leur soutien au président syrien et espéraient clairement que le président Trump, qui a fait des commentaires flatteurs sur Assad tout le long de sa campagne s'engagerait pour lui. De tels espoirs étaient également basés sur le soutien que Assad avait reçu de certains politiciens d'extrême droite en Europe.  Marine Le Pen, en France, par exemple, a déclaré que maintenir Assad au pouvoir est «la solution la plus rassurante».
Après que Trump ait ordonné aux militaires américains de bombarder un aérodrome syrien en réponse à une attaque chimique dans le nord de la Syrie, de nombreux commentateurs d'extrême- droite ont exprimé leur consternation sur Twitter. Peu de temps après l'attaque, des manifestants opposés à l'intervention militaire, menés par le nationaliste blanc Richard B. Spencer, ont été confrontés à un groupe de manifestants antifascistes à l'extérieur de la Maison Blanche.

Bien que Trump ait continué à se détourner d'Assad,  l'appelant même « une personne vraiment maléfique» dans une interview télévisée d'avril, la fascination de l'extrême droite pour l'acharnement du président syrien à se maintenir au pouvoir a persisté. L'histoire d'amour de l'extrême droite avec Assad n'est d'ailleurs pas si étonnante: son parti Ba'ath est férocement nationaliste et ethnocentrique, axé sur la promotion de l'identité arabe. L'un des rares partis politiques autorisés par son régime et l'un de ses plus fervents partisans de la guerre est le Parti socialiste social syrien qui a tiré son logo de la croix gammée.

Traduit du Washington Post, article de Liz Sly et Rick Noah, 13 août 2017

(1) En réalité, les leaders suprémacistes blancs ont aux Etats Unis comme en Europe des liens très anciens avec le régime d'Assad, même si au niveau de la base activiste, l'intérêt limité pour les questions internationales ne suscite pas forcément des références permanentes au régime de Damas. David Duke dont il est question dans cet article a été l'invité de conférences publiques à Damas,pour y tenir des discours de soutien à Assad, et appeler à la guerre mondiale contre les "sionistes" ( voir ici une de ses interventions filmées: https://www.youtube.com/watch?v=21wyi5eGpxA)

dimanche 13 août 2017

Charlottesville: chronique d'un meurtre annoncé

Quelques jours avant l'attentat à la voiture folle commis par les néo-nazis à Charlottesville, attentat qui a couté la vie à Heather Heyer, une manifestante antiraciste, Devon Arthurs, un ex-néo nazi américain aujourd'hui âgé de dix huit ans apprenait qu'il allait sans doute échapper à la peine de mort.. 
Devon Arthurs est emprisonné pour meurtre en Floride, et passera sans doute le reste de ses jours en prison. Cependant lui n'a pas tué des antiracistes, mais deux de ses ex-compagnons de route néo-nazis. Il les a tués, parce qu'il avait décidé, seul, de ne plus être néo-nazi, rupture qu'il avait symbolisée en se convertissant, seul aussi, à l'islam. Il les a tués, parce qu'ils préparaient un attentat , et sur les lieux du crime, la police a retrouvé des plans mais aussi des explosifs prêts à l'usage. 

Dans cette affaire, ce qui n'est pas commun, ce n'est pas la préparation d'un attentat d'extrême-droite. La chose, malheureusement est banale, aux Etats Unis comme en Europe. Ce qui l'est, c'est la tentative désespérée, délirante et terrible, d'un très jeune homme de rompre, seul, avec une mouvance et une idéologie de haine qui avaient pris le contrôle de sa vie. 

Penser à la solitude des jeunes néo-nazis dans des sociétés qui minorent le péril terroriste fasciste, ce n'est ni les excuser, ni les exonérer de leurs responsabilités dans leur choix. C'est juste prendre conscience des mécanismes terribles qui aboutissent au meurtre de masse, à la manière dont se créent en toute impunité des groupes meurtriers, à la manière dont se fabriquent les soldats de la terreur blanche. 

A Charlottesville, lors du rassemblement armé qui a précédé la tuerie à la voiture folle, parmi les participants, il y avait David Duke, à visage découvert, comme à l'accoutumée.
David Duke a 67 ans, il est entré au Ku Klux Klan dans les années 70, et milite depuis ouvertement, et sans trop de soucis pour la suprémacie blanche. Il est raciste, antisémite, négationniste. C'est une figure internationale, qu'on retrouve parfois dans les colonnes de Rivarol en France. Il a également donné des conférences à l'invitation des régimes syriens et iraniens, en 2006 dans l'une d'entre elles, il y déclarait notamment  « L'Holocauste est le levier utilisé par l'impérialisme sioniste, l'agression sioniste, la terreur sioniste et les meurtres sionistes ».

Duke a inspiré de nombreux tueurs néo-nazis dans un passé même très récent. Il était par exemple la référence de John Houser, qui en juillet 2015 a abattu deux femmes et en a blessé grièvement plusieurs autres, lors de la projection d'un film trop féministe à ses yeux.  

C'est la particularité mondiale des idéologues néo-nazis qui appellent ouvertement à la violence et à la terreur armée: une liberté de le faire qui connaît très peu de limites, et une indifférence sociale assez généralisée à leur égard. 

Et pas seulement aux Etats-Unis: partout en Europe, ce matin, des jeunes néo-nazis qui sont allés jusqu'au meurtre regardent sans doute de leur prison les exploits de leurs homologues américains, pendant que les leaders qui les ont inspirés ont les mains libres. 

En France, Jérémy Mourain purge neuf années de prison, pour des violences racistes, des tabassages avec ce qui s'assimile à des actes de torture , même contre d'autres néo-nazis de son groupe, plus jeunes que lui. Pour le moment, il n'a pas encore à répondre de meurtres dont il s'est lui même vanté en prison: notamment, celui d’Hervé Rybarczyk , retrouvé noyé à Lille comme quatre autres personnes, en 2010 et 2011. Ce sont pourtant ses bavardages qui ont finalement amené la police et la justice à arrêter trois de ses compagnons de route pour les mettre en examen, après avoir longtemps considéré que toutes ces noyades étaient des accidents. 

Jérémy Mourain n'a même pas trente ans. Il a commencé sa carrière de néo-nazi très jeune, en organisant des ratonnades au hasard des cibles qui croisaient son chemin, les soirs où il avait décidé que ce serait l'ultra-violence raciste. Puis il a rencontré Serge Ayoub qui a dépassé la cinquantaine, et formait déjà des jeunes tueurs dans les années 80. Serge Ayoub est toujours un homme libre, sans doute parfois un peu frustré de l'image qu'on lui accole dans les médias, un simple "chef de groupuscules", un "skinhead" folklorique et minoritaire. Frustré ou parfaitement satisfait, puisque c'est ce qui lui a permis de devenir en toute impunité un recruteur et un formateur d'assassins , que dans d'autres circonstances, pour d'autres idéologies, on appellerait terroristes.

En Suède, Viktor et Anton Thulin, purgent eux une peine de plusieurs années de prison, pour avoir commis des attentats contre des centres d'accueil pour migrants. Aucun des deux n'a atteint ses 25 ans, mais leur niveau d'endoctrinement se mesure par exemple, au fait que l'un d'eux s'était tranché un doigt à la hache pour "se punir d'avoir regardé des sites pornographiques". Quelques mois avant leurs attentats, en quête de violence plus grande que celle des groupes locaux, trop inexpérimentés à leur goût, ils étaient partis s'entraîner dans un camp paramilitaire international en Russie, et étaient revenus chez eux, sans être inquiétés pour ce "voyage", un peu particulier, alors qu'une autre destination pour faire la même chose, en Syrie par exemple, leur aurait valu une arrestation immédiate. Ce camp paramilitaire était tenu par un ancien soldat russe, dont le mouvement a beaucoup aidé les milices russes en Ukraine, et finance divers mouvements néo-nazis à travers toute l'Europe.

C'est l'autre caractéristique des mouvements néo-nazis, leur véritable statut d'internationale brune, dans tous les domaines, logistiques, financiers, pratiques, mais aussi théoriques. Et ce dernier aspect est extrêmement important dans la structuration politique et l'endoctrinement des jeunes tueurs. Contrairement aux clichés sur les "skinhead groupusculaires , ivrognes et désorganisés", les jeunes néo-nazis ont pour beaucoup soif de connaissances et leur passage au meurtre se fait sur la base de raisonnements et de références précises. Parce que des militants plus expérimentés et plus stratégiques font le boulot, il n'y a rien de plus facile que de se procurer en trois clicks les textes fondateurs des suprémacistes blancs américains qui font du terrorisme en petits groupes "indépendants," le modèle même de l'action politique réussie, la seule manière de réussir à porter des coups puissants à l'"ennemi". La seule manière aussi d'être reconnu par les chefs, car tout le monde ne peut pas être chef, évidemment: et sur tous les forums transnationaux du net néo-nazi, l'endoctrinement et la fanatisation des plus déterminés passe aussi par des phases de culpabilisation et de dévalorisation. Les leaders idéologiques y raillent volontiers le jeune qui se prétend héritier des SS mais n'a que des croix gammées tracées sur les murs à revendiquer et n'a donc pas fait ses preuves.

Quant au soutien d'Etats puissants comme la Russie où les Etats Unis, il apparait aujourd'hui  dans la figure de Donald Trump, dont la victoire a aussi été permise par l'extrême-droite la plus fanatique, dont certains conseillers sont eux-même des animateurs de sites conspirationnistes et racistes, qu'on appelle désormais "alt right", comme on appelle ici le Front National "populiste", ce qui euphémise un peu leur nature réelle et donne l'impression d'une frontière bien marquée entre eux et les jeunes tueurs. Jusqu'au moment, où Trump renvoie les tueurs et leurs victimes dos à dos, ce qui crée évidemment un moment de gêne international.

Il durera sans doute peu, notamment en France, où l'habitude politique de renvoyer dos à dos les néo-nazis et les "antifas" est bien ancrée, depuis la mort de Clément Méric, réduite par de nombreux commentateurs à une "bagarre entre bandes rivales et violentes". Il durera d'autant moins longtemps que l'ancrage dans le débat politique de la fameuse "liberté d'expression", permet à l'extrême-droite de bénéficier d'alliés inattendus dans l'opinion publique dès que la question se pose de la répression contre les discours de haine et de violence. Très tranquillement, il y a quelques jours, Alain Soral saluait la mémoire du négationniste Ersnt Zundel , comme celle d'un "grand Allemand", tandis que Robert Faurisson et ses amis postaient un peu partout sur les réseaux sociaux et sur You Tube, des vidéos d'"hommage" au grand héros.

Aux Etats Unis, plus de 230 personnes ont été tuées par des suprémacistes blancs depuis 1995. Ce chiffre ne concerne que les meurtres aboutis, les tentatives de meurtres, les opérations punitives, les viols, ou la terreur exercée à l'intérieur même de ces mouvements est difficilement chiffrable.

En Allemagne , où les attentats néo-nazis contre les réfugiés sont devenus ordinaires ces deux dernières années, le procès du groupe armé NSU s'achève après quatre ans, et laisse les proches des victimes dans la colère et le désarroi: à aucun moment, en effet, il n'a été possible de mettre en lumière les responsabilités des différents services de l'Etat dans le laissez-faire qui a accompagné le périple sanglant des tueurs et leur a permis d'assassiner au moins treize personnes en toute impunité pendant plus de dix ans.

En France, de même, les procès de jeunes tueurs supposés comme Jérémy Mourain sont encore et toujours limités à des condamnations isolées, sans réelle enquête , ni action contre les réseaux qui leur donnent la capacité de pousser leurs désirs de mort et d'ultra-violence jusqu'au bout. Jusqu'au jour où leur portrait défile dans les médias, visages terrifiants et énigmatiques de jeunes machines à tuer, qu'on appelle souvent "loups solitaires".

Mais c'est bien parce qu'ils sont tout, sauf solitaires que les visages des victimes, eux aussi défilent.

Heather Heyer est la dernière en date, et elle aurait pu ne pas mourir , il suffisait de prendre au sérieux les néo-nazis qui avaient eux même annoncé qu'ils venaient à Charlottesville pour semer la mort. Puisse l'émotion suscitée par ce meurtre atroce déboucher sur l'action, enfin, aux Etats Unis et ailleurs.

MEMORIAL 98


samedi 5 août 2017

Un panda pour oublier la répression: Mme Macron interpellée.




              Liu Xia lors de l'immersion des cendres de son époux, imposée par  le régime chinois afin d'empêcher les hommages sur la sépulture de Liu Xiaobo


La campagne médiatique autour de la naissance de pandas dans un zoo français survient opportunément afin d'étouffer les inquiétudes sur le sort de Liu Xia, épouse du défunt dissident Liu Xiaobo et plus généralement sur la répression mise en oeuvre par le régime chinois. 

Puisque Mme Macron va être la "marraine" du panda, nous lui demandons de se préoccuper également de la destinée de Liu Xia veuve d'un prix Nobel de la paix, séquestrée par la dictature.  Liu Xiaoboest mort dans des conditions atroces le 13 juillet dernier,  sans avoir été libéré ni avoir pu se faire soigner à l'étranger, selon sa demande  .

Où se trouve Liu Xia, épouse du défunt Liu Xiaobo? 
Le régime chinois est responsable de la disparition et de la détention de la veuve du dissident Liu Xiaobo. Elle est gardée au secret depuis le décès du prix Nobel de la paix, a accusé l'avocat américain du couple, qui a annoncé avoir porté plainte auprès des Nations unies.
Liu Xia "est gardée au secret par les autorités chinoises dans un endroit inconnu" depuis le 15 juillet, jour des obsèques de l'opposant, affirme ainsi le texte déposé par Maître Jared Genser auprès du Groupe de travail sur les disparitions forcées  de l'ONU. 
  
"J'exige que les autorités chinoises apportent immédiatement la preuve que Liu Xia est en vie et lui autorisent un accès sans restriction à sa famille, ses amis, ses avocats et à la communauté internationale",
Liu Xia était de facto placée en résidence surveillée dans son appartement de Pékin depuis que Liu Xiaobo avait obtenu le prix Nobel de la paix 2010. Elle n'a pourtant jamais fait l'objet d'une quelconque condamnation ni même de poursuites. 
Depuis la veille du décès de son époux, elle n'a été en contact avec aucun de ses proches,. 
Le régime "communiste" a diffusé des photos d'elle prises lors des obsèques de Liu Xiaobo mais n'a  pas révélé où elle se trouvait depuis. Son quartier à Pékin est bloqué par les services secrets qui chassent les journalistes étrangers
Le régime n'a jamais reconnu qu'elle est privée de liberté. 
On peut donc considérer que Liu Xia est séquestrée par le régime chinois.
Nous exigeons sa libération. Mme Macron s'honorerait en se préoccupant du sort de cette femme

Rappelons qu'au cours de leur conférence de presse conjointe à Paris le 14 juillet, Donald Trump et Emmanuel Macron, interrogés par un journaliste chinois sur leurs impressions à propos du "président" chinois (non élu)  Xi Jipeng,  ont tous deux célébré « un des grands leaders de notre monde » (M. Macron), « un ami, un leader de talent, un homme très bon » (M. Trump), mais n’ont pas eu un mot pour dénoncer la mort d’un Prix Nobel de la paix en détention. Emmanuel Macron s'est contenté d'un tweet de 131 signes pour réagir après la mort de Liu.
MEMORIAL 98

dimanche 16 juillet 2017

Rafle du Vel' d'Hiv': une mémoire de combat anti-fasciste


       
                                       Les autobus de la rafle devant le Vel d'Hiv'


La commémoration de la Rafle du Vel' d’Hiv’ revêt cette année un importance particulière :

d’une part il s’agit du 75e anniversaire de cet événement tragique; d’autre part, en raison des déclarations scandaleuses de Marine Le Pen critiquant la reconnaissance des responsabilités françaises en la matière et enfin en raison de la polémique qui entoure la présence du premier ministre israélien Netanyahu.
       
«Vent printanier»: ce fut le nom de code imaginé pour la plus vaste opération d'arrestations de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale en France et pour laquelle le régime de Vichy avait mobilisé la police française.

D'autres rafles avaient précédé celle-ci, dont celle du 20 août 1941.

Les 16 et 17 juillet 1942, à Paris, 13152 Juifs sont arrêtés par la police française. 1129 hommes, 2916 femmes et 4115 enfants sont enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver. Les conditions sont effroyables, comme en témoignent les rescapé.e.s

Dans ce qui fut un enfer et une antichambre de la mort, il faut rendre hommage à des personnes qui ont montré leur humanité et leur détermination dans l'enceinte du Vel d'Hiv. Il s’agit bien sûr des infirmières et assistantes sociales qui se sont engagées dans l’aide  aux internés, mais aussi des pompiers du capitaine Pierret.
Ils étaient une demi-douzaine de pompiers a peine ; ils ont passé des heures à distribuer de l’eau et recueilli à eux seuls des centaines de messages qu’ils sont allés poster incognito le lendemain depuis des points différents de Paris pour ne pas éveiller les soupçons de l’administration. Pierret est aussi entré en résistance, fournissant les plans des installations militaires allemandes de Paris aux alliés.

Les raflés du Vel d'Hiv' prennent la route de l'extermination

A partir du Vel d'Hiv', les couples sans enfants et les célibataires (1989 hommes et 3003 femmes) sont internés au camp de Drancy.  
Du 19 au 22 juillet, les familles du Vél’ d’Hiv’ sont quant à elles transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande (Loiret) gérés par l’administration française. Adultes et adolescents sont  alors déportés en premier.

Le sort des enfants 
 
Brutalement séparés de leurs parents, environ 3000 enfants en bas-âge sont laissés sur place dans une affreuse détresse. Les parents ont été rapidement déportés vers Auschwitz, alors que les nazis n’ont pas encore donné leur réponse quant au sort des enfants. 
La période durant laquelle les enfants internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande ont vécu séparés de leurs parents déjà déportés est décrite par les témoins comme un des moments les plus insupportables. Agés de 2 à 15 ans, ceux-ci restent seuls durant plusieurs semaines.Désorientés par l’absence de leurs parents et vivant dans des baraques inadaptées à la présence d’enfants, ils vivent dans des conditions d’hygiène catastrophiques. Huit d'entre eux meurent durant cette période.
Le 13 août 1942, les services d’Eichmann décident que les enfants doivent également être déportés: ils sont alors transférés vers Drancy et, de là, embarqués dans les convois partant pour Auschwitz entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu.

La responsabilité écrasante du régime de Vichy dans les déportations des Juifs est restée longtemps un sujet tabou, y compris sous la présidence de François Mitterrand qui faisait fleurir chaque année la tombe de Pétain à l’Ile d’Yeu.
Enfin, lors de la cérémonie commémorative de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1995, Jacques Chirac reconnut publiquement que les autorités françaises avaient accompli l’irréparable en déclarant notamment : «Manquant à sa parole, elle (la France) livrait ses protégés à leurs bourreaux.»
Une partie de la droite a rejeté cette prise de position, soit ouvertement , soit en attaquant la « repentance » comme Sarkozy à plusieurs reprises, soit en défendant ouvertement Pétain comme Eric Zemmour
 
Marine Le Pen a été bien au delà, en déclarant à deux semaines du premier tour de la présidentielle de 2017 : « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél’ d’Hiv’ ». Il s’agissait manifestement d'un choix stratégique, car elle redoublait ainsi le propos identique de Florian Philippot tenu quelques jours auparavant

Dans l’émission « Le Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI » du 9 avril, le journaliste Olivier Mazerolle l’a interrogée sur son programme prônant « la promotion du roman national et le refus de repentance ». Il lui a demandé si Jacques Chirac avait eu tort de prononcer son discours de 1995 sur le Vél’ d’Hiv, dans lequel il avait reconnu la responsabilité de la France.  « Je pense que la France n’est pas responsable du Vél d’Hiv' », a-t-elle répondu, se plaçant ainsi en opposition à cette reconnaissance. 

La justification de la chef frontiste se dévoila ensuite, lorsqu’elle poursuivit dans une argumentation manifestement très  préparée:  « …  La France a été malmenée dans les esprits depuis des années. En réalité, on a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la critiquer. De n’en voir que peut-être que les aspects historiques les plus sombres. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être Français. »

La diatribe de la chef frontiste a fait ressurgir en pleine lumière non seulement la continuité antisémite du FN mais également l’histoire originelle de ce parti, dont nombre de fondateurs étaient issus de la collaboration avec les nazis. Or, lors de la rafle du Vel d’Hiv’, le parti  collaborationniste de Doriot, le PPF, fournit plusieurs centaines de militants comme auxiliaires de la police française, afin de procéder au rafles. Le numéro 2 du PPF, Victor Barthélémy, fut un des fondateurs du FN.


Le polémique Netanayahu
L’invitation faite au premier ministre israélien a entraîné de nombreuses réactions, y compris de la part de courants qui habituellement n’accordent aucune attention à la Shoah et à cette commémoration. Pour notre part nous considérons que Netanyahu manipule la Shoah au profit de ses intérêts politiques, comme le montre sa conduite récente à l’égard de la campagne antisémite en cours du premier ministre hongrois d’extrême-droite Orban.
Cette  campagne met  en cause George Soros, philanthrope américain d’origine hongroise et juive, l’accusant de vouloir utiliser sa fortune et les ONG qu’il soutient pour « installer un million de migrants » en Hongrie et dans l’Union européenne. 
  
Soros est la cible de tous les fascistes, complotistes et antisémites à travers le monde, en raison de son appui matériel à des ONG de défense de la démocratie, de défense des migrants, des Roms et d’autres causes du même ordre.
Le pouvoir hongrois de Viktor Orban est particulièrement violent à son égard, ainsi que l’indique le quotidien pro-gouvernemental hongrois « Magyar Idők », selon lequel George Soros serait à l’origine de tous les maux liés à l’Union européenne :  :«Il faut voir les choses en face : Le véritable président de la Commission européenne n'est autre que George Soros. Ce dernier a véritablement phagocyté l'Union européenne. Jean-Claude Juncker n’est qu’une marionnette de cette sombre figure qui tire les ficelles en coulisses. Les décisions prises par l’Union européenne et toutes les institutions doivent désormais plaire à ce vieillard infiniment malveillant, richissime et hargneux … »   
A l’initiative du gouvernement des affiches ont été collées un peu partout dans le pays avec la mention : « Ne laissez pas Soros rire et avoir le dernier mot »

                                       Les affiches anti-Soros

Certaines sont collées sur le sol des trams et des trains, pour que les passagers le piétinent. Les responsables du judaïsme hongrois considèrent qu’il s’agit là d’une  campagne antisémite. Sur certaines photos on trouve des graffitis: « sale juif ». 
Andras Heisler,  président de la principale organisation juive de Hongrie, Mazsihisz, a exigé le retrait immédiat  de ces affiches car « elles attisent l’antisémitisme ». A sa demande l’ambassadeur d’Israël, Yossi Amrani a publié dans un premier temps un communiqué validé par le ministère israélien des Affaires étrangères et  déclarant notamment  « . En ce moment, au-delà de la critique politique d’une certaine personne, la campagne évoque non seulement de tristes souvenirs mais aussi la haine et la peur. » la réponse d’Orban a été négative.
Contredisant la déclaration de l’ambassadeur Netanyahu a fait publier un nouveau communiqué annulant de fait  le texte: « Israël déplore toute expression d’antisémitisme dans un pays quel qu’il soit et soutient les communautés juives partout où elles confrontent la haine. C’était le seul but du communiqué publié par l’ambassadeur d’Israël en Hongrie. Ce texte n’était nullement destiné à délégitimer les critiques formulées à l’encontre de Georges Soros, qui continuellement sape le gouvernement démocratiquement élu d’Israël en finançant des organisations qui diffament l’état juif et cherchent à lui nier le droit de se défendre »
En effet Soros finance également des ONG de défense des droits de l’homme,  qui critiquent les conséquences de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Il y a donc complaisance coupable de Netanayahu à l'égard d'Orban, alors que  ce dernier favorise les campagnes antisémites et compte dans son entourage de nombreux négationnistes, dans un pays qui a vu sa population juive exterminée en quelques mois en 1944
 Netanayahu est un récidiviste : il avait déjà commis des déclarations mensongères atténuant la responsabilité des nazis dans la Shoah etla reportant sur le Mufti de Jérusalem.

En revanche l'argument contre la venue de Netanayahu ne peut pas être qu’il est "étranger à une histoire française", selon l’argument nationaliste, qu'on retrouve étrangement dans des déclarations de la gauche radicale reproduisant celle de  l'UJFP.

La rafle du Vel d'Hiv n'est pas un événement "franco-français": la rafle visait à fournir des déportés pour l'extermination nazie et ceci constitue un phénomène ô combien international, de la Norvège à Rhodes et Salonique. Il y a certes a en plus une spécificité française de la collaboration de Vichy et sa reconnaissance mais il s'agit bien du  génocide  de l'ensemble des Juifs.


Dans nos combats contre contre tous les génocides et contre tous les racismes, la date du 16 et 17 juillet 1942 représente une date cruciale au cours de laquelle nous honorons la mémoire des victimes.

Lors de cette journée nous rappelons aussi les autres victimes de génocides plus récents ou plus anciens   afin que justice leur soit rendue et pour éviter de nouveaux crimes du même type.

En effet, l'impunité des auteurs de génocides et massacres représente un facteur évident de récidive et de perpétuation de ces actes criminels. C'est pourquoi, plus que jamais et en permanence,  la mémoire des génocides nourrit nos combats. 

AH

MEMORIAL 98

 






samedi 24 juin 2017

En même temps, les crimes contre l'humanité , ces encombrants préalables.

«  Un crime contre l'humanité peut indigner. C'est pourquoi il est préférable de les multiplier si l'on veut être reconnu comme incontournable ».

Le précepte n'était pas dans la version originelle de Machiavel , mais nul doute qu'il figurerait dans une mise à jour contemporaine.

Celle qui pourrait être faite en se fondant sur la position d'Emmanuel Macron concernant Bachar El Assad, à qui « il ne voit pas de remplaçants ».
Il est bien certain, factuellement, que beaucoup de révolutionnaires ne sont plus là pour incarner l'avenir : après six ans d'exécutions de masse, de bombardements ininterrompus jusque sur les écoles et les hôpitaux, de disparitions forcées, d'exils imposés, de torture sans nom, le constat d'Emmanuel Macron résonne comme l'expression du cynisme le plus impitoyable.

Assad et Poutine ont massacré à tour de bras, ont décapité toute une génération , brisé l'avenir des enfants, et éradiqué une bonne partie des générations précédentes. Et la politique d'Assad s'est résumée pendant six ans à une seule doctrine : qu'il n'en reste qu'un au milieu des ruines, je serai ce dernier.

Il ne l'est pas encore, et ce seul constat traduit l'extraordinaire résistance des Syriens face à la dictature : si, justement, c'est encore la guerre, et pas seulement contre Daech, c'est bien que la force de la révolution syrienne est immense , car elle n'est pas morte même après mille crimes plus féroces les uns que les autres.

Mais ces gens là sont un peu trop fatigués, un peu trop faibles au goût de notre Président, qui se targue de pouvoir juger qui est légitime et qui ne l'est pas, lui qui n'a pris le pouvoir que par effet repoussoir face à l'extrême-droite et aux fascistes. Il ne les a pas combattus, nous l'avons fait pour lui, mais imbu d'un sentiment de supériorité qui serait ridicule, s'il n'était pas tragique, le Jupiter de papier se permet de juger que des révolutionnaires qui tiennent bon, seuls au monde face au fascisme le plus brutal, ne sont pas « crédibles ».

Mais  ça passe, en France du moins, dans une grande partie du champ politique : la Syrie et Poutine font partie de ces sujets où entre les partisans à peine masqués de ces deux régimes , les partisans du laissez-faire, et puis les indifférents, les lassés, les soutiens de la révolution syrienne sont bien seuls.
En dehors des moments où chacun juge convenable de s'indigner face à un massacre médiatisé, ou une image choc, finalement, l'opinion générale dans le champ politique est bien qu'il n'y a pas de remplaçant à Assad, surtout face à Daech. Parce qu'une révolution, n'est ce pas, ce n'est pas une remplaçante réaliste, il faut des hommes forts pour remplacer les hommes forts, dans ces pays lointains, sans quoi, qui va tenir la bride à ces populations peu dignes de confiance, qui va faire en sorte que le sang reste sur place et ne vienne pas nous éclabousser par l'entremise de Daech ?


Et comme le dit, Emmanuel Macron , le seul sujet qui vaille , finalement, n'est-il pas le « terrorisme » ou plus exactement le terrorisme qui nous frappe. Parce que les crimes contre l'humanité commis par Assad et Poutine sont bien la terreur totale érigée au rang d'unique stratégie.

Mais enfin, admettons que Daech soit le seul problème. Et bien, en guise de solution, Emmanuel Macron leur offre le plus bel avenir qu'ils puissent espérer. Car s'il n'y a pas de remplaçant à Bachar, il n'y en pas à Daech non plus.

On peut refaire l'Histoire comme on veut, on ne pourra nier que l'émergence de l'Etat Islamique comme force capable de peser dans le monde entier n'aurait pu arriver sans Assad. Sans le choix délibéré de détruire dans le sang toute la Syrie en révolte pour la liberté, l'Etat Islamique serait resté Daech, un groupe terrifiant mais régional . C'est en portant comme étendard de sa légitimité, les crimes d'Assad et la volonté de les combattre, dans un monde qui ne les combattait pas que Daech a pu s'imposer idéologiquement. Bien évidemment, la construction de l'organisation ne s'est pas fondée uniquement sur ce discours, mais sans ce discours, Daech n'avait pas grand-chose qui le distingue de cent autres groupes. Sa force particulière n'est pas venue de sa dynamique interne, mais bien de la capacité de ses chefs à comprendre l'effet levier du relativisme mondial sur les crimes contre l'humanité commis par une dictature impitoyable dont certains formateurs furent des nazis accueillis à bras ouverts : dès lors que le monde qui se disait libre acceptait de porter le joug sanglant des horreurs commises en Syrie, dès lors qu'il était indifférent au combat à portée universelle des révolutionnaires syriens pour la démocratie, toute injonction morale concernant Daech pouvait être balayée très facilement.


Dès lors qu'Assad est reconnu comme légitime par des acteurs internationaux, alors Daech a gagné. Sa structure actuelle, ses dirigeants encore vivants peuvent bien disparaître et périr militairement, l'organisation terroriste aura imposé son récit pour l'avenir.
Celui-ci est simple : les crimes contre l'humanité sont la chose la plus banale et la plus acceptée du monde entier, la seule question est de choisir un camp parmi ceux qui les commettent, nous en proposons un, ceux qui auront laissé Assad rester ne font qu'en proposer un autre, tout aussi monstrueux. Chacun pour soi, mais Dieu est avec nous. Ce sera ça , le discours de la prochaine génération djihadiste, qui se construit déjà, dans les revers militaires subis par Daech. Ce discours là se fondera sur le rappel permanent des atrocités du régime syrien, et de sa persistance, malgré les crimes contre l'humanité.


Si Emmanuel Macron et les siens ne voient personne pour remplacer Assad, toute personne douée d'un minimum de raison ne peut voir personne d'autre que les révolutionnaires syriens pour lutter contre Daech et son monde, à terme.
Depuis six ans, ils sont en effet ceux qui ont donné et donnent leur vie pour combattre des crimes contre l'humanité. Ils sont la réponse la plus forte et la plus belle donnée à Daech, celle qui ne raisonne pas en termes de protection unilatérale de sa propre vie, mais la sacrifie pour la liberté, l'égalité et la fraternité.


Ces termes sont inscrits au fronton d'une République dont le président Emmanuel Macron déclare en grande pompe que les crimes contre l'humanité ne sont pas un préalable à la reconnaissance internationale d'un dictateur.
C'est à peu près le slogan de conquête idéale qu'Abou Bakr al-Baghdadi aurait aimé trouver tout seul. Nul doute qu'il sera repris, par lui ou ses successeurs.
Quant à nous , nous n'avons qu'une seule alternative : croire que nous pouvons sauver nos vies en répétant à l'unisson de notre gouvernement «  Je suis TOUT, sauf Alep, sauf Idleb » ou nous mettre en actes du côté de la lutte contre tous les terrorismes, et en finir avec les criminels contre l'humanité et leur monde, au côté des révolutionnaires syriens, dont l'exploit aura été de de ne remplacer personne dans le cynisme pieds et poings liés, mais de construire la seule politique réaliste qui soit, celle de la liberté.

Nad Iam

MEMORIAL 98




mercredi 14 juin 2017

Après le barrage, tarir les sources du fascisme.

Finalement on a très peu parlé de l'extrême-droite pendant la campagne présidentielle.

Pendant des mois, la certitude que le Front National serait au deuxième tour, bien qu'étant la donnée principale du scrutin à venir a été à ce point banalisée qu'elle n'a jamais vraiment fait la une. Pourtant vivre une époque où la seule question est «  Qui rivalisera avec les fascistes au second tour de l'élection présidentielle ? » n'a rien d'anodin. Rien d'anodin non plus à ce que les principaux partis politiques aient choisi , non seulement de « faire avec » , mais aussi bien souvent de faire comme si l'extrême-droite ne pouvait pas l'emporter du tout.

Le FN a perdu la présidentielle, et à l'heure où nous écrivons, son score au premier tour des élections législatives ne lui permettra probablement pas d'avoir un groupe parlementaire. Seules quelques tête d'affiche, dont Marine Le Pen ont une chance de l'emporter, même si de nombreux duels de second tour sont programmés.

On pourrait avoir la tentation de ne pas se pencher sur moment politique qui vient de s'écouler. Pourtant, même au second tour de la présidentielle, la droite autrefois républicaine ainsi que la  France Insoumise se sont divisées , une partie de leurs chefs et de leurs bases envisageant finalement qu'une victoire du Front National ne serait pas la pire chose qui pourrait arriver.

Et si le FN, non seulement n'a pas gagné , mais n'a pas réussi à atteindre le seuil des 40 %, c'est bien qu'il y a eu une mobilisation antifasciste d'ampleur, notamment là où on ne l'attendait pas forcément : une partie des classes populaires a choisi, en toute conscience de voter pour un candidat qui pourtant ne s'adressait à elles que pour leur promettre de nouveaux projets de lois anti-sociaux et qui à aucun moment n'a infléchi son discours, même formellement, pour tenter de les gagner à sa cause.

Ce vote n'a rien à voir avec celui de 2002 opposant Chirac à Jean-Marie Le Pen, une époque où l'antifascisme au moins formel semblant une évidence. En 2017, le scrutin est survenu après des années de relativisme et de banalisation de l'extrême-droite, mais aussi des raisons du vote d'extrême-droite. Depuis des années, le vote FN est présenté globalement comme un vote fondé sur une sorte de colère sociale, de désespoir, ou de « mauvaise «  réaction par rapports à des problèmes prétendûment réels , comme l'immigration . Les électeurs FN sont sans nul doute parmi les moins stigmatisés du champ politique, la plupart des élus et des candidats n'osant plus même les qualifier de racistes, se contentant d'attaquer leurs dirigeants. Lorsque le vote fasciste n'est plus source de stigmatisation, forcément le vote antifasciste apparaît secondaire, par rapport à d'autres préoccupations. Secondaire mais aussi honteux.

De fait, cette situation est due aussi au « choix alternatif » : en vingt ans , le discours fasciste mais aussi les choix politiques concrets correspondant aux thèmes de l'extrême-droite et à leur analyse du monde se sont banalisés , notamment en ce qui concerne les politiques d'immigration, mais aussi les offensives sociétales contre les minorités . Ainsi, malgré l'avancée que représente le mariage pour tous, les forces intégristes et homophobes ont pu constituer un des principaux soutiens du candidat François Fillon. Emmanuel Macron lui même  leur a ouvertement donné des gages et des signes d'apaisement pendant la campagne . Dans le même temps, la seule chose qui ait été analysée avant le premier tour de la présidentielle comme un problème pour le candidat Macron a été sa position, très temporaire, sur la colonisation et les crimes contre l'humanité. Comme si tout propos antiraciste un peu offensif constituait un boulet pour gagner une élection. Un autre signe de la banalisation immense de l'obscurantisme le plus délétère aura été la course à l'icône Pierre Rabhi menée par de nombreux candidats alors que nul n'ignore, dans les sphères politiques , ni ses positions homophobes, ni les liens entre son mouvement et les dérives sectaires et d'extrême-droite.

Dans ce contexte, l'impression de ne voter jamais « totalement » contre l'extrême-droite est parfaitement rationnelle. D'ailleurs à peine élu, Emmanuel Macron aura choisi sans vergogne un Ministre comme Gérald Darmanin, dont l'investissement homophobe comme l'orientation sarkozyste et donc très proche des idées du FN n'a jamais été un secret. Son début de mandat aura également été marqué par une sortie d'un racisme extrêmement violent: un rire ignoble sur les Comoriens qui se noient par milliers pour tenter de venir à Mayotte.

Cette impression, légitime expliquait donc  aussi la tentation du laisser-passer face au FN.

Ce qui n'était pas légitime et  a eu aussi une force immense dans les derniers moments de la campagne a été la position du « Ni, ni.... ». Celle-ci n'était pas, dans la majorité de son expression politique une position abstentionniste et rupturiste  classique à l'extrême-gauche : elle était en effet portée principalement par la direction de la France Insoumise, dont le programme soutenait l'imposition du vote obligatoire. Le candidat  de la FI, en 2012, n'avait pas hésité à présenter l'antifascisme électoral comme le combat principal du moment, celui qu'il était à même d'incarner au mieux, face à Marine Le Pen, aux élections législatives d'Hénin Beaumont. La position de la France Insoumise entre les deux tours n'était donc pas une critique du fonctionnement politique global, mais un choix délibéré de minimiser le danger d'extrême-droite, en faisant comme si donner ou pas une consigne de vote n'avait rien d'essentiel.

Un autre mouvement a porté ce prétendu « Ni, ni.... » : l'antisémitisme et le nationalisme étaient au cœur de nombreux discours contre Macron et pas seulement ceux de l'extrême-droite. La focalisation sur la banque Rothschild, mais aussi la dénonciation du candiadat « mondialiste » ont été au cœur de bien des rhétoriques soit-disant socialisantes.

Malgré ce contexte très défavorable, le barrage antifasciste s'est fait. Il n'était absolument pas le discours dominant mais il s'est fait. Il est important de le souligner, car c'est aussi la différence avec 2002 qui saute aux yeux : après 2002, toute une génération politique, avec ou plus ou moins d'opportunisme, se revendiquait de cette filiation là. Aujourd'hui , quelques semaines après les élections, tout le monde a juste envie d'oublier qu'il a voté Macron.

Les fascistes eux ne risquent pas d'oublier ce qui a bien été une défaite relative. Ils n'avaient aucune raison de la penser inévitable. Pas après la victoire de Donald Trump, qui était inenvisageable lorsqu'il a émergé comme candidat improbable dans une primaire. Pas après la victoire d'extrême-droite et de droites extrêmes dans de nombreux pays d'Europe ces dix dernières années. Pas dans un contexte marqué la puissance ascendante de ces mouvements, dans les urnes mais aussi dans la rue sur une assez longue période. Pas après des succès électoraux à divers scrutins en France ces dernières années. Pas après des années d'hégémonie dans le débat public , où quasiment chaque semaine, une polémique islamophobe , entre autres, leur donnait l'occasion de s'exprimer même quand ils ne la lançaient, tandis que l'antisémitisme le plus violent connaissait un succès immense au travers de la mouvance dieudonniste et soralienne.  De plus, si la victoire totale pouvait tout de même apparaître très incertaine, l'arrivée en tête du premier tour a longtemps été présentée comme quasi-sûre, et laissant augurer un second tour beaucoup plus serré.

Contrairement à ce que martelait le Front National, il n'est d'ailleurs pas sûr que le face à face avec Macron était la chose la meilleure du point de vue du triomphe de leurs idées. L'échec de François Fillon, dont la rhétorique extrêmement violente dans ses dimensions racistes , homophobes et « anti-système » a été un marqueur très important de la décomposition de la droite et de son alignement sur l'extrême-droite a eu des conséquences : quelques mois auparavant, on pouvait de manière très réaliste imaginer un second tour, où l'extrême-droite n'aurait eu qu'à montrer qu'elle était l'original par rapport à la copie. Et envisager une campagne d'entre deux tours qui en grande partie aurait été une surenchère permanente sur les promesses de racisme d'Etat , d'autoritatisme sécuritaire, et d'envolées nationalistes agressives. Le nombre de points d'accord des deux candidats était énorme, qu'il s'agisse de la soumission à Poutine et à Trump, de l'attaque frontale contre la révolution syrienne. Mais aussi de la rhétorique anti-mondialiste à relents antisémites : on se souviendra que lors de cette campagne, le parti LR a notamment diffusé une caricature de Macron en «  judéo-bolchevik » sur son compte Twitter, ce qui constituait tout de même un événement idéologique dans le caractère assumé de la reprise de l'analyse fasciste du monde.

Ce second tour là n'a pas eu lieu, et c'est une mauvaise nouvelle pour toutes les forces racistes, antisémites , homophobes et fascistes qui n'ont pas pu se targuer d'une hégémonie totale de leurs idées dans le débat politique officiel.

Marine Le Pen n'aura pas réussi non plus à maintenir son image de candidate ordinaire entre les deux tours : beaucoup de commentateurs du débat avec Emmanuel Macron ont affirmé qu'elle avait été  « mauvaise » ou que Macron avait été « très bon ». En réalité Marine Le Pen a simplement été fasciste dans la forme et dans le fond . Beaucoup ont pointé la ressemblance avec son père, mais elle ressemblait aussi beaucoup à Alain Soral, ce soir là, dans l'agressivité, le non-sens violent et hurlé, l'alignement de mensonges sans discontinuer. Elle ressemblait aussi beaucoup à elle même, dans ses discours de meeting que peu de gens regardent en entier. Mais elle ne ressemblait effectivement plus au portrait flatteur et dédiabolisé qu'on nous sert depuis des années, à grands coups d'entretiens complaisants, ou de brèves interventions télévisées sur des sujets qui l'arrangent.
Si elle a fait peur ce soir là, ce n'est donc pas parce qu'elle a été différente mais parce qu'elle n'a pas été coupée au montage. C'est elle, et elle seule qui , dans sa brutale franchise a montré ce qu'était l'extrême-droite depuis toujours.

Le Front National ne ressort donc pas aussi renforcé qu'il l'avait espéré. Et comme dans tout camp politique, un espoir déçu , même partiellement, est parfois aussi dévastateur qu'une véritable défaite. Pour toute l'extrême-droite, pour tous les fascistes, au sommet comme à la base, psychologiquement, la perspective de la prise du pouvoir national n'est plus une option à court terme. Ce qui pouvait provisoirement juguler les concurrences en interne , mais aussi en externe disparaît. L'enthousiasme militant d'une partie de la base et leur fidélité aux chefs s'amenuise.Les divergences réelles s'aiguisent: ce ne sont pas comme on nous les présente des divergences sur le fond de la politique à appliquer, mais sur la propagande à mettre en oeuvre avant la prise du pouvoir: très classiquement, une partie des frontistes estime nécessaire de cibler les classes populaires avec une démagogie protectionniste très forte, tandis qu'une autre considère que le secret de la victoire réside dans les signes donnés à la partie de l'électorat plus favorisée, qui tient à un discours économique de droite dure contre les droits sociaux.

Pour autant, encore une fois, la situation n'est pas celle de 2002. La banalisation du Front National n'est pas seulement une offensive idéologique, c'est une réalité concrète. Les moyens matériels alloués par la démocratie aux fascistes ont augmenté avec leurs succès électoraux, aux élections municipales et régionales. Ils augmenteront encore avec les législatives. L'enjeu de tous ces scrutins n'est pas seulement la conquête du pouvoir effectif au niveau politique mais aussi l'argent. Le nerf de la guerre, celui qui permet de financer des salariés à temps plein mais aussi les opérations de propagande. Et l'on voit avec les affaires d'emplois fictifs pléthoriques, que le Front National utilise tous les moyens pour décupler son accès à la manne de l'argent public sans trop se préoccuper d'une justice qui mettra de toute façon des années et des années à sévir.

L'extrême-droite, quels que soient ses conflits internes est installée pour très longtemps dans le paysage politique. Et il ne s'agit pas seulement de sa "face légale", le Front National. A mesure que celui-ci montait, c'est toute la mouvance fasciste qui est montée en puissance. Les groupes néo-nazis ou identitaires violents sont eux aussi très bien installés dans le paysage public. Ils sont à la fois un aiguillon pour le Front, une école de formation pour ses cadres ( comme l'illustre par exemple le parcours de Philippe Vardon) et une sphère activiste qui décuple et amplifie les thématiques du parti dans la société.

La stagnation apparente du FN dans le champ du pouvoir politique légal leur donne la possibilité d'attirer toutes celles et ceux qui voudront de l'action et des résultats de suite : d'ailleurs le second tour a été suivi de violences immédiates contre des militants antifascistes dans plusieurs villes de France. Un bidonville a été attaqué deux fois de suite par des néo-nazis à Valmy, en marge d'une réunion électorale de Civitas et du Parti de la France. Les campagnes de harcèlement et de menaces contre celles et ceux qui osent s'exprimer contre la violence fasciste se développent depuis des années, de manière croissante, en témoigne l'affaire Marsault , et elles deviennent systématiques : ainsi la protestation de quelques lycéens de Calais contre une professeure candidate pour Civitas entraîne-elle immédiatement leur mise en danger.

Il ne faut pas compter sur une réaction d'ampleur des pouvoirs publics français : face au terrorisme néo-nazi, nous sommes sans doute , en Europe l'un des pays où son existence est niée avec le plus de force. En témoignent deux affaires récentes : l'implication d'un réseau néo-nazi, celui de Claude Hermant dans la vente d'armes au meurtrier de l'attentat de l'Hypercacher, et le fait que ce réseau était parfaitement connu et depuis longtemps des autorités, puisque nombre de ses membres étaient indicateurs de police. Malgré le travail d'investigation très fouillé de certains journalistes, la chose n'émerge toujours pas comme « scandale public », même si elle rappelle pourtant l'affaire allemande de la NSU.
De la même manière , il aura fallu plusieurs années pour qu'une affaire pour le moins suspecte dès le départ, celle de la noyade à Lille du militant antifasciste Hervé Rybarczyk  et de plusieurs autres personnes fasse l'objet d'une enquête....suite aux confidences à d'autres prisonniers d'un jeune néo-nazi, Jérémy Mourain, chef d'un groupe violent et armé, sur sa responsabilité dans ce qui s'avère être un meurtre. Cette affaire là ne fait pas la une non plus et ne déclenche aucune réaction publique des responsables politiques nationaux : pourtant, elle est liée à la précédente puisque Jérémy Mourain avait pour leader un acolyte de longue date de Claude Hermant, Serge Ayoub, qui fut également le mentor des assassins de Clément Méric.

La terreur fasciste est donc durablement installée, et elle s'accompagne de violences allant jusqu'au meurtre. Dans le contexte d'impunité qu'on vient de définir, elle ne peut que se renforcer, et pèsera énormément ces prochaines années.

Comme pèsera sans nul doute, la pression quotidienne sur toutes les cibles de l'antisémitisme, du racisme, de l'islamophobie ou de l'homophobie.

D'une part, le nouveau pouvoir a fait le choix de donner des signes très forts de complaisance et de tolérance : en témoigne la nomination à un poste ministériel très important de Gérald Darmanin, un des sarkozystes les plus représentatifs de la politique d'alignement sur les thématiques de l'extrême-droite, qu'il s'agisse de ses sorties racistes ou homophobes. De plus, le nouveau Ministre de l'Intérieur Gérard Collomb s'est illustré comme maire de Lyon par son indifférence vis à vis des agissements de l'extrême-droite ultra-violente : il persiste et signe en permanence, obsédé par la prétendue résurgence d'un « terrorisme d'extrême-gauche", mais refusant de se positionner clairement sur l'importance des violences fascistes.Surtout, l'objectif d'Emmanuel Macron et des siens est d'inscrire l'état d'urgence dans la normalité : au delà même de la rupture de régime que  même des juristes très modérés dénoncent comme une atteinte à l'essence même de la démocratie telle qu'elle existe, le simple fait de vouloir inscrire une loi coloniale aussi symbolique dans le quotidien en dit très, très long sur le rapport de forces qui s'est installé dans ce pays, en faveur des idées de l'extrême-droite.

Des caisses de résonance pour l'essor des idées fascistes existent au sein même d'autres forces politiques : La France Insoumise, par exemple, assume son parti pris pro-Poutine, comme ses clins d'oeil appuyés aux électeurs "souverainistes et patriotes". Dans le même temps, toute une mouvance nostalgique de Manuel Valls a recommencé à agiter les campagnes islamophobes anti-réfugiés, et anti-quartiers populaires dès la fin de la campagne présidentielle, qu'il s'agisse de l'offensive contre le quartier La Chapelle, ou de la reprise des sempiternelles accusations de « racisme anti-blancs » contre toute initiative d'auto-défense entre concernés par le racisme.

On ne peut donc pas dire que les forces fascistes sortent totalement affaiblies de cette présidentielle : simplement, et ce n'est pas rien, elles ont perdu une occasion de se renforcer de manière exponentielle et c'est sans doute la première fois depuis de longues années, qu'en France, elles n'apparaissent pas en ascension fulgurante.

Par ailleurs, les échecs cuisants de Nicolas Sarkozy, comme de Manuel Valls ont tout de même marqué l'affaiblissement politique de deux figures historiques de la reprise sans vergogne des thématiques de l'extrême-droite, sur le plan raciste et sécuritaire.

Un moment de flottement s'ouvre donc malgré tout : un moment qui ouvre la possibilité d'un antifascisme véritablement offensif, qui exigerait l'égalité plutôt que se contenter de combattre les inégalités au coup par coup. Ce mouvement là ne se décrète pas : il ne peut pas reposer uniquement sur les collectifs antiracistes, quels qu'ils soient, il ne peut pas se contenter de mobilisations spécifiques entre antiracistes, même si celles-ci sont vitales et nécessaires. Dans chaque lieu de travail , dans chaque lieu de vie, la pression raciste , antisémite et homophobe est désormais présente et la réaction se doit d'être intégrée à toutes les luttes.

Et très clairement, ces prochaines années, il faudra aussi se battre pour imposer une grille d'analyse et d'action avec des objectifs ambitieux : le mouvement de solidarité avec les réfugiés, la persistances des luttes des travailleurs sans papiers, l'émergence d'un antifascisme internationaliste qui se manifeste dans la solidarité avec les victimes de Poutine ou avec la révolution syrienne sont des pistes. Des pistes qui ne pourront être explorées massivement que si nous sommes capables d'être intransigeants avec les tares qui ont grandi dans nos propres rangs : il faut d'abord être conscient des dégâts occasionnés par l'antisémitisme et la complaisance avec l'antisémitisme « de gauche » : les dégâts occasionnés par les compromissions avec les négationnistes comme Pierre Guillaume, puis Faurisson, puis Garaudy dans les années 80 et 90 ont généré les dégâts occasionnés par Dieudonné, qui a longtemps été considéré comme un compagnon de route dans une certaine gauche avant de passer, de lui même , à l'extrême-droite.

Et c'est bien aussi l'influence sociale massive de sa mouvance qui a créé une grille de lecture démente du monde, pour le plus grand bien de Poutine, de Trump ou de Le Pen même en France. Toute une génération a grandi et s'est socialisée politiquement par les délires conspirationnistes, antisémites ou islamophobe.

Toute une génération a grandi dans le relativisme sordide et triomphant, celui sur lequel s'appuient Daech, comme Poutine, Trump ou Assad , pour trouver des relais de propagande en France. Toute une génération  a aussi grandi avec le nationalisme le plus chauvin comme cadre de luttes censées être progressistes et offensives: à ce titre, l'exemple de la lutte des Whirlpool est très symbolique. On peut toujours se rassurer en parlant d'"une récupération" par le FN, mais la réalité, c'est que les ouvriers, les ouvrières et les délégués syndicaux qui ont choisi pour certains d'accueillir à bras ouverts Marine Le Pen, et même pour l'un d'entre eux d'appeler à voter FN sont sont responsables de leur soutien assumé à un parti raciste d'essence fasciste.

L'avenir exigera de chacun d'entre nous d'être également conscients , et d'assumer nos idées même lorsqu'elles nous condamnent provisoirement à être minoritaires au quotidien dans nos espaces de luttes.