jeudi 20 octobre 2016

Le crachat antisémite du candidat Poisson





Actualisation du 22 novembre

Après l'élimination de Sarkozy, le candidat antisémite, facho et anti-IVG Poisson se rallie évidemment à Fillon. Ce dernier avait d'ailleurs soutenu Poisson en déclarant que les prétendues "excuses"  de ce dernier étaient suffisantes pour qu'il puisse poursuivre sa participation à la primaire  (ci-dessous).
Poisson retrouvera ainsi Thierry Mariani, soutien de longue date de Fillon, pro-Assad et affairiste pro-Poutine, profondément raciste et n'hésitant pas à défendre les antisémites ( voir ici) . Rappelons que Poisson était soutenu par les intégristes négationnistes de Civitas, par Robert Ménard et par le journal antisémite Minute ( ci-dessous) 


Actualisation du 17 novembre

Sarkozy espère récupérer les voix de Poisson lors du deuxième tour de la primaire de la droite car ce dernier appellerait à voter pour lui en échange de la promesse d'un ministère, révèle le Canard enchainé du 9 novembre.
Le candidat facho et antisémite est soutenu publiquement par Civitas, Minute et Robert Ménard. 

Memorial 98

Actualisation du 26 octobre

Sans surprise, Poisson est maintenu dans la primaire de la droite par une décision unanime de la commission d'organisation ainsi par la "Haute autorité" qui la supervise. Fillon et Le Maire avaient déjà par avance annoncé cette décision (ci-dessous).

On peut donc comme lui proférer des diatribes antisémites et complotistes suivies d'excuses bidon, être soutenu par Marion Maréchal Le Pen, combattre les droits des femmes dont l'IVG, soutenir Assad, Trump et Poutine, appeler à des accords avec le FN et néanmoins faire partie du débat de la droite. 

Il suffit juste de s’engager à voter pour le vainqueur qui sortira de cette consultation, comme vient de le faire Poisson. On comprend dès lors pourquoi les intégristes fascisants de Civitas ainsi que le parti SIEL associé au FN appellent à aller voter pour lui.

Cela rappelle le cas de Nadine Morano, porte-parole de la "France blanche", elle aussi supportrice de Poutine, à peine sanctionnée puis réintégrée par Sarkozy

Ceux qui ont blanchi Poisson sont complices de ses abjections.

Actualisation du 25 octobre


Marion Maréchal Le Pen se porte au secours de Poisson et déclare sur RTL: ‘ ... Si votre question c’est de savoir si je pense que Jean-Frédéric Poisson est antisémite, je vous dis non. Je ne crois pas une demi-seconde qu’il soit antisémite’’, Marion Maréchal-Le Pen n’exclut pas de pouvoir ‘’discuter’’ avec lui s'il se retrouve hors du processus de la primaire. 
Celle qui est proche de son grand père, Jean-Marie Le Pen, dont le Parlement vient de suspendre l'immunité parlementaire et qui se réclame des idées de l’antisémite historique Charles Maurras, apporte ainsi son expertise en la matière, avec le soutien et les félicitations de toute la fachosphère.

Memorial 98 
                                    
Actualisation du 24 octobre

Poisson a donc demandé "pardon" à sa manière.
Il s'adresse exclusivement aux "personnes membres de la communauté juive", comme si il s'agissait d'un conflit privé et personnel entre sa parole antisémite et les Juifs. Cet allié de Robert Ménard et Marion Maréchal Le Pen ne peut évidemment pas concevoir que son antisémitisme représente un problème beaucoup plus fondamental. Il précise d'ailleurs que ses collègues de droite connaissent fort bien ses positions qui sont de notoriété publique.
La question est donc à nouveau posée au parti LR et à son groupe parlementaire: vont-ils continuer à cohabiter avec un antisémite déclaré ?
Actualisation du 23 octobre:


 Bruno Le Maire ne veut pas sanctionner Poisson et Fillon considère que ses prétendues "excuses"  sont suffisantes pour qu'il puisse poursuivre sa participation. La complaisance à l'égard de la diatribe antisémite et complotiste de Poisson se confirme donc. Fillon qui cultive l'amitié avec Poutine, se sent solidaire de son acolyte Poisson qui cultive la même orientation.


Actualisation du 22 octobre 2017
: de manière très prévisible, Jean Frédéric Poisson utilise la méthode du retournement victimaire pour se défendre: dans un entretien accordé au Point, le candidat à la primaire se présente comme "celui qui dérange" et qui paie sa franchise.

Face à NKM qui proteste contre ses propos, il se décrit aussi comme le "cousin de province " qui "mange avec les doigts": la rhétorique est là encore empruntée à l'imaginaire antisémite classique de l'extrême-droite française, qui présente la société comme opposant des "élites urbanisées et mondialistes" , et le "pays réel" des "enracinés". 

On remarquera enfin que l'homme prend soin de rappeler l'une des fonctions de son discours antisémite contre Hilary Clinton: défendre Assad, Poutine et Trump. 

Quelles que soient les suites données à ses propos par les responsables des Républicains, les faits sont accablants pour le parti de droite: Jean-Frédéric Poisson n'a pas brusquement "viré de bord", ses positions de fond sont les mêmes depuis des années, et son appartenance aux cercles qui réunissent droite et extrême-droite est connue de tous. Comme l'était sa collègue, Christine Boutin, qui a été Ministre de Sarkozy pendant des années.  

Memorial 98


Jean-Frédéric Poisson, candidat du Parti chrétien démocrate de Christine Boutin à la primaire de la droite et « révélation » médiatique de sa première émission de télévision, a affirmé le 20 octobre que "la proximité de madame Clinton avec les super-financiers de Wall Street et sa soumission aux lobbies sionistes sont dangereuses pour l'Europe et la France".

Le terme de « lobby sioniste » est un terme codé bien connu qui stigmatise les Juifs et leur prétendue domination du pouvoir, surtout quand il est accolé comme ici à « Wall Street ».

De plus, il s’agit de la reprise des thèses de l’extrême-droite américaine. En effet  celle-ci utilise couramment le terme  ZOG, acronyme de Zionist Occupation Government (Gouvernement d'occupation sioniste) ou de Zionist Occupied Government (Gouvernement occupé par les sionistes). Elle exprime ainsi la théorie antisémite selon laquelle un ou plusieurs gouvernements, notamment celui des USA, seraient en fait contrôlés par les Juifs.  
Cette accusation, qui revient à reprendre les thèmes du faux historique « Protocoles des Sages de Sion », est apparue dans les milieux d'extrême droite aux États-Unis (Néonazis, Ku Klux Klan) dans les années 1970, et s' y est répandue dans les années 1980. Dans les années 1990, le terme s'est répandu dans les divers milieux néonazis et antisémites à travers le monde.

La campagne de Trump, massivement soutenue par les néo-nazis,  a aussi recours à ces thèmes antisémites, comme le montre notamment le montage accusant sa rivale démocrate Hillary Clinton d'être corrompue et comportant une étoile juive  publié sur son compte Twitter officiel publie ( ci-dessous)


L'étoile, superposée à un tas de billets de 100 dollars, porte l'inscription "Most Corrupt Candidate Ever !" ("La candidate la plus corrompue de tous les temps !").

Le tweet a été ensuite supprimé et remplacé par une nouvelle image où le slogan contre Hillary Clinton figure sur un rond rouge et non plus sur l'étoile controversée. Ce montage antisémite de Trump est issu d'un site néo-nazi et suprémaciste blanc; il y a été produit le 22 juin dernier. 
















 Dans ce contexte on constate que le président de l’instance organisatrice de la primaire le député des Hauts-de-Seine Thierry Solère minimise la gravité des propos de Poisson et lui offre déjà une porte de sortie  Certes il condamne et annonce que ces propos et la suite qui leur sera donnée seront examinés lors de la prochaine réunion, prévue le 26 octobre.  Mais il ajoute "Le terme 'lobby sioniste' n'a pas du tout la même signification en France qu'aux Etats-Unis. Cette déclaration alimente, en effet, des thèses conspirationnistes mâtinées d'antisémitisme", poursuit-il. Il suffirait donc à Poisson de plaider la confusion linguistique ou la « spécificité américaine » pour se justifier.   


Poisson assume la propos, mais il n’y voit "aucune espèce de thèse conspirationniste", car "il existe bien des groupes de pression sionistes( et non pas favorables aux pouvoir israélien)  qui agissent aux Etats-Unis". 
Placer dans la même phrase "les super financiers de Wall Street" et "les lobbies sionistes" ne pose pas de problème au député des Yvelines. Interrogé sur la radio RCJ, Jean-Frédéric Poisson a reconnu que ses propos aient "pu provoquer une sorte d'émotion au sein du Crif". "J'en suis désolé, parce que ce n'était évidemment pas mon intention, et je veux redire ici toute l'amitié que j'ai pour l'Etat d'Israël et pour le peuple juif dans son ensemble."

On reconnaît ici l’excuse très classique de ceux qui tiennent des propos antisémites et se justifient par leur « amitié » avec les Juifs et /ou Israël. Ce fut le cas de Goasguen maire du 16e arrondissement de Paris et ancien du groupe fasciste Occident , mais aussi avant lui  du maire fascisant de Nice, Jacques Médecin. De plus le propos est absurde et mensonger car si Poisson a de « l’amitié «  pour Israël, pourquoi attaque-t-il Hilary Clinton précisément sur ce point ?

Poisson, président du Parti chrétien-démocrate fondé par Christine Boutin, a récemment annoncé qu'il tiendrait en décembre un meeting commun avec le maire fasciste de Béziers, Robert Ménard. Leur intégrisme réactionnaire les rapproche, notamment dans leur croisade contre les droits à l’IVG et au mariage pour tous.

En mai dernier, Poisson avait déclaré être "plus proche de Marion Maréchal-Le Pen que de Nathalie Kosciusko-Morizet". Or, la dirigeante du FN qu’il nomme mène une campagne inspirée par les thèses antisémites de Charles Maurras et de l’Action française. De son côté Marion MLP a déclaré:  « J’ai une sympathie humaine et politique pour Jean-Frédéric Poisson. Sur le plan de l’identité, de la souveraineté, de la politique étrangère, il est sur une ligne largement compatible »

La permanence antisémite dans la droite française, en passerelle avec les thèses de l'extrême-droite  bénéficie une fois de plus d'une complaisance scandaleuse.
Les nazis comme Soral s'en réjouissent bruyamment.

Memorial 98  





                                 





 
 






mardi 18 octobre 2016

Lampedusa: récits d'une île d'accueil




Mis à jour du 27 mai 2017



Méditerranée: des milliers de migrants en difficulté au large de l'Italie. Le sommet du G7 en parle à peine, alors que sa tenue bloque les secours.

Des milliers de migrants étaient encore en détresse vendredi 26 mai au large de la Libye, alors que les quelque 6.400 secourus ces derniers jours arrivaient en Italie ou étaient encore en route, dans des conditions souvent difficiles.

En raison du sommet du sommet du G7 qui se déroule en Sicile, les débarquements y sont interdits cette semaine, ce qui rallonge considérablement le trajet des navires de secours.

"Heures d'angoisse avec des milliers de personnes à la dérive en Méditerranée. Les secouristes demandent des renforts, où il y aura encore des tragédies", a commenté Carlotta Sami, porte-parole en Italie du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), alors que plusieurs ONG s'interrogeaient: "Où sont les navires européens ? Où est Frontex ?".

- Ni eau, ni vivres -
Dans le même temps, plus de 6.400 personnes secourues cette semaine au large de la Libye ont pris la direction des côtes sud de l'Italie, dont environ les deux-tiers vendredi.
La Croix-Rouge italienne a annoncé que 250 bénévoles étaient mobilisés depuis l'aube dans les ports concernés, en particulier pour aider au regroupement des familles dont les membres ont été séparés au moment de l'embarquement ou du secours.
La tâche est délicate, d'autant que les migrants sont souvent répartis dès l'arrivée au port vers les innombrables centres d'accueil qui hébergent déjà quelque 175.000 personnes à travers toute l'Italie.
Pour les migrants déjà secourus mais encore en mer, la situation était souvent difficile: les navires commerciaux n'ont ni eau, ni vivres, ni couvertures à leur fournir, alors que les côtes sud de l'Italie sont à 48 heures de navigation, contre 24 heures pour la Sicile.

Le Prudence, affrété par Médecins sans frontières (MSF), a lancé un appel à l'aide vendredi, alors qu'il faisait route vers Naples, avec plus de 1.400 personnes à bord, le double de sa capacité.
Depuis le début de l'année, l'Italie a vu débarquer plus de 50.000 migrants sur ses côtes, sans compter ceux secourus ces derniers jours, tandis qu'au moins 1.442 autres sont morts ou disparus en mer, selon l'ONU.

L'actuel afflux n'a rien d'exceptionnel. Il y a exactement un an, plus de 13.000 personnes avaient été secourues en 5 jours fin mai 2016, tandis que plus d'un millier d'autres avaient trouvé la mort.

Et ainsi, les "grands de ce monde" devisent et organisent la traque aux migrants pendant que ceux-ci se noient ou sont sauvés par les bateaux des associations ou des garde-côtes.




MEMORIAL 98




Actualisation du 12 décembre 

« Fuocoammare » récompensé comme meilleur documentaire de l'année, lors de la 29e cérémonie de remise des prix du cinéma européen, le 10 décembre, à Wroclaw, capitale européenne la Culture 2016. 

C'est une bonne occasion de faire connaître cette oeuvre.

Memorial 98

Le documentaire italien Fuocoammare-Par-delà Lampedusa, de Gianfranco Rosi, sorti en février 2016, a obtenu un Ours d'or au festival du film de Berlin.

Fuo… mare… On bafouille quand il faut annoncer le titre à la caissière du cinéma.
 Mais heureusement Lampedusa figure aussi dans le titre enregistré dans notre mémoire, tel un message subliminal.
Combien de fois a-t-on entendu ou vu le nom de cette île sicilienne, à la radio, à la télévision, à la Une des journaux ? 
Des migrants qui accostent ou meurent en route sur le point d'atteindre leur objectif : rejoindre l'Europe afin de fuir la guerre et la famine, quel qu'en soit le prix à payer. 

Les premières images se fixent sur la mer d'huile, un ciel bleu intense, une île parsemée de vert, un nom poétique qui chante le soleil et la lumière. Fuocoammare signifie : ˝mer en feu˝. Pourtant l'eau et le feu ne font pas bon ménage !

Immédiatement, les gyrophares tournent, avant le drame. Ils bleuissent le ciel d'encre. Des hommes s'affairent, enserrés d'une combinaison blanche qui les protège des pieds à la tête.  
Ces silhouettes immaculées n'ont pas de visage. Leur corps s'agite sur un bateau militaire de sauvetage.
Blancheur d'une trêve pour les hommes, les femmes et les enfants en détresse, qui appellent au secours. Un porte-voix s'égosille afin d'obtenir la position de ce ˝rafiot˝ à la dérive où des êtres humains sont amassés. Ils abordent enfin. Les plus vaillants, ceux qui étaient en haut ou sur le pont, débarquent les premiers. Les plus faibles, ceux qui étaient dans la cale, dégagent une odeur de pétrole : ˝Ils pourraient s'enflammer˝ lance un sauveteur ...

Le coût de la traversée n'est pas le même qu'on soit en haut, sur le pont ou dans la cale : une hiérarchie dans l'échelle sociale, pour atteindre dans des conditions déplorables une terre promise.

Une étincelle dans la nuit : chaque naufragé est enveloppé dans une couverture de survie. 
Un sauveteur prend une photo tandis qu'un autre tient un petit carton à la droite des visages hagards. Une date et un numéro y sont inscrits. On les décompte, on les ˝nomme˝ : Lybie, Érythrée, Syrie, Somalie…
Épuisés, ils se meuvent comme des automates, les femmes pleurent; la caméra n'expose pas les enfants. Tous sont transis. 
C'est l'hiver à Lampedusa, la végétation est aride, l'île pelée. Un choix du réalisateur de filmer pendant cette saison.
Des images en filigrane : des corps inertes en hypothermie, gonflés d'eau et morts. La caméra, discrète, ne s'attarde pas.
Le réalisateur dresse le portrait le quelques autochtones de l'île : un médecin, l’animateur d'une radio locale, un enfant d'une douzaine d'années et sa grand-mère.
Un récit s'élabore, aller retour, entre la vie quotidienne des habitants et la radio qui parle de naufragés. Deux mondes se côtoient sans jamais se croiser. C'est le parti pris du réalisateur de ce documentaire subtil et singulier.

Les gyrophares illuminent inlassablement les nuits.
Les sauveteurs ont des gestes automatiques, presque rituels. Ils exécutent leur travail consciencieusement. Le médecin se penche vers ces êtres anéantis, grelottants de froid et leur prodigue des paroles réconfortantes.

Il fait jour, une mélodie s'égrène à la radio. L'enfant court dans la forêt. Sa grand-mère fait son lit, méthodiquement. Les draps immaculés n'ont pas un pli.

Demain on entendra qu'un bateau s'est renversé non loin des côtes faisant tant de morts.
Comme cette habitante, en train de plumer un poulet dans sa cuisine, commentera-t-on « pauvres gens » avant de partir faire le marché ?

Point de passage sur la route maritime entre l'Afrique et l'Europe, cette ile minuscule de vingt kilomètres carrés a vu passer depuis vingt ans quelque 400 000 migrants. Depuis 2010, la vague migratoire s'est accentuée. Le nombre de morts est saisissant : 15000 depuis 2010, 33000 depuis 2002, à la mesure du traitement dégradant imposé par l'Union européenne.

L'exploitation par les passeurs est scandaleuse: 1500 euros pour traverser en haut du navire, 1000 euros sur le pont, 800 euros dans la cale. 

Il faut aller voir ce film avant qu'il ne disparaisse des écrans, ou se procurer le DVD. Le sujet est impitoyable. Il ne s'agit pas d'une randonnée sur l'ile de Lampedusa telle qu'elle est décrite sur les dépliants destinés aux touristes.

Lampedusa, signifie ˝torche˝. Ce nom musical et lumineux n'évoque plus que des naufragés. Il y en a eu des centaines et puis des milliers.

Laurent Gaudé (écrivain français), dans son roman ˝Eldorado˝ paru en 2006, décrivait ces ˝voyages˝ avec un réalisme poignant. Personnage principal : un commandant, gardien de la citadelle Europe, chargé d'intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Des histoires de vie de tous ces hommes et femmes en quête de liberté. Ils ont rêvé le paradis Europe. 

L'arrivée est fracassante de ces êtres harassés. Un roman d'une actualité brûlante.

EL