jeudi 18 février 2016

Simone Lagrange: victime du nazisme et combattante de la mémoire


                                      Hommage à Simone Lagrange,  décédée le 17 février


 Actualisation du 5 décembre 2016:

Nous associons à la mémoire de Simone Lagrange celle de Régine Skorka-Jacubert, déportée à Auschwitz à 24 ans et témoin-clé du procès Klaus Barbie, qui est décédée le 1er décembre, à l'âge de 96 ans. 

Née en 1920 dans une famille juive polonaise, Régine Skorka-Jacubert avait échappé à une rafle de Nancy en 1942. Elle entre en résistance à Lyon. Régine Skorka-Jacubert a été arrêtée par les nazis et déportée vers Auschwitz-Birkenau en même temps que son frère. 

Elle survivra aux camps, mais perdra 21 membres de sa famille pendant la guerre, seul l'un de ses frères survivra.

Elle sera ensuite un témoin-clé du procès du chef de la Gestapo à Lyon, Klaus Barbie


A partir des années 1980, elle a témoigné dans les établissements scolaires pour lutter contre l'oubli. 
 Elle a retracé son histoire dans un livre intitulé "Fringale de vie contre usine à mort" (éditions Le Manuscrit)

Hommage à sa mémoire et à ses combats.


MEMORIAL 98



Actualisation 5 mai: le témoignage particulièrement fort de Simone Lagrange, notamment lors du procès Barbie, à voir ici jusqu'au 10 mai : http://pluzz.francetv.fr/videos/infrarouge.html


 Le 19 juillet 1998, lors d'une cérémonie du souvenir  à Izieu (Ain), Simone Lagrange apostropha publiquement le président du conseil régional Rhône-Alpes de l'époque,  Charles Millon ( maintenant soutien de François Fillon) et lui ordonna de quitter la commémoration, en raison de son alliance avec un parti raciste et négationniste, le Front National. 
Simone Lagrange agissait en tant que présidente régionale de l'Amicale des déportés d'Auschwitz, mais aussi en tant que victime de Klaus Barbie, initiateur de la déportation des enfants réfugiés à Izieu  .
Ainsi devant la stèle qui commémore le sort  de 44 enfants et 7 adultes juifs raflés dans ce village et morts pour la plupart en 1944 à Auschwitz, Charles Millon fut mis en cause et  conspué.
Quelques mois plus tard  en novembre 1998, il fut  exclu de l'association du Mémorial des enfants d'Izieu alors qu'il était membre de droit de sa direction, en raison de ses fonctions électives.

Son allié et compère frontiste était le dirigeant du FN Bruno Gollnisch, déjà négationniste  et condamné plus tard à une peine de prison pour ses déclarations sur les chambres à gaz. Aujourd'hui Golnisch fait des conférences pour le compte du néo-nazi Soral. Un autre pilier de l'alliance était Pierre Vial, fasciste et antisémite avéré, animateur du courant dit « païen » du FN, qui fut nommé vice-président de la commission culture du conseil régional. On notera que Gilbert Collard, chantre du FN "dédiabolisé" continue à profaner la mémoire des enfants d'Izieu en prétendant être leur représentant. 

L'interpellation de Simone Lagrange s'inscrit dans le long combat de celle qui fut déportée à Auschwitz à l'âge de 13 ans. Cela inclut son témoignage lors du procès Barbie en 1987 et ses très nombreuses interventions auprès de jeunes:  elle ne cessa jamais de lutter pour la mémoire du génocide et contre ses négateurs. 
 
Née au sein d'une famille juive originaire du Maroc, Simone et sa famille s'étaient installées dans les années trente à Saint-Fons (métropole de Lyon). À l'âge de 13 ans, Simone a été arrêtée avec ses parents au domicile familial, sur dénonciation, le 6 juin 1944 jour du débarquement allié en Normandie.
Conduits dans les locaux de la Gestapo à Lyon, fille et parents furent  interrogés et torturés par son chef local Klaus Barbie, qui voulait la contraindre à révéler le lieu où étaient cachés les plus jeunes des enfants de la famille. Incarcérées  à la prison de  Montluc, Simone et sa mère seront transférées à Drancy le 23 juin, puis déportées sept jours plus tard vers Auschwitz-Birkenau par le convoi n° 76. Mère et fille avaient été sélectionnées à leur arrivée pour le travail dans le camp des femmes de Birkenau, mais la mère de Simone avait été gazée dès le 23 août. Son père avait été déporté par le convoi parti de Lyon le 11 août 1944, avec deux des enfants de sa fille aînée âgés de 5 et 7 ans.
Seule Simone avait survécu au travail forcé et aux "marches de la mort", au cours desquelles son père fut tué sous ses yeux le 19 janvier 1945. De retour en France fin mai 1945, elle retrouva ses jeunes frère et soeur qui avaient été cachés dans une institution religieuse. Simone Kadoshe, devenue ensuite Simone Lagrange, sera un des témoins-clés du procès de Klaus Barbie, tenu à Lyon en 1987. Tout au long de sa vie, elle fut aussi  une infatigable témoin de la Shoah auprès des jeunes, dans les classes. Elle avait relaté son parcours dans un livre, Coupable d'être née: honneur à sa mémoire






Nous associons à cet hommage la mémoire de deux autres rescapés de la Shoah qui n'ont cessé de lutter pour le châtiment des criminels.

Il s'agit d'une part de Mme Rosa-Ida Halaunbrenner (décédée en 1988) qui manifesta à la Paz avec Beate Klarsfeld en mars 1972 (ci-dessous), en pleine dictature militaire, pour exiger  que Klaus Barbie soit jugé. Il était directement responsable de la mort de son mari et de 3 de ses enfants. Ses deux filles Claudine, cinq ans, et Mina, neuf ans, faisaient partie des quarante-quatre enfants juifs raflés à Izieu le 6 avril 1944 par la Gestapo.

Elle témoigna également lors du procès Barbie, jugé  en 1987 après avoir été extradé en 1983, 11 ans après la manifestation de La Paz. Il faut rappeler que Klaus Barbie fut récupéré et protégé par l’armée américaine dès 1947 dans le cadre de la lutte contre le "communisme". Quand, à  partir de 1948, la France réclama l'extradition de Barbie, le Counter Intelligence Corps qui l’emploie refusa puis l’exfiltra vers l’Argentine avec le concours des réseaux d’évasion de l’Église catholique qui servirent à de très nombreux nazis.

                                          La Paz 1972: BK et IRH s’enchainent sur un banc



Et  d'autre part Michel Slitinsky décédé en 2012, symbole de l'affaire Papon dont il fut à l'origine. C’était aussi un ami de Memorial 98 dont il lisait les articles.

Le 19 octobre 1942  son père, Abraham Slitinsky, est raflé par les services de police de la préfecture de Gironde, puis déporté et gazé à Auschwitz. Sa mère restera cachée pendant trois ans dans une cave. Michel Slitinsky, âgé de 17 ans, aura juste le temps de s'enfuir par les toits lors de l'arrestation nocturne de sa famille.
                                          Michel Slitinsky durant le procès Papon

Il entre en clandestinité et intègre un réseau de résistance qui le mène dans les maquis d'Auvergne. Dès son retour à Bordeaux, à la Libération, il  porte plainte contre les policiers qui étaient venus l'arrêter. L'affaire est classée sous des prétextes fallacieux. Slitinsky poursuit ses recherches. Il reconstitue l'histoire de la Résistance en Gironde, collectant témoignages et documents consignés dans des livres parus en 1969 et 1972. 
Il fouille les archives, reconstitue les carrières et les organigrammes. Il réunit suffisamment de preuves pour démasquer des hauts fonctionnaires de Vichy responsables des déportations et des spoliations. En 1981 l’universitaire  Michel Bergès, qui effectue des recherches dans les archives de la préfecture de Gironde, retrouve le procès-verbal de police qui relate l'arrestation la famille Slitinsky.
D'autres documents portent le nom de Maurice Papon alors ministre du Budget et qui était, entre 1942 et 1944, secrétaire général de la préfecture de Gironde. La communication par Slitinsky de certaines de ces documents au Canard enchaîné, qui les publie, est à l'origine de l'« affaire Papon ». Celui-ci protégé par ses amis haut-placés ne sera jugé qu'en 1997. Condamné à 10 ans de réclusion, il fut  libéré de prison dès septembre 2002 sur la base d'une "expertise " de médecins complaisants. 
Ces experts l'avaient déclaré "grabataire". Cette expertise permit à Papon-le-grabataire de sortir seul et à pied de la prison, de rentrer sans encombre chez lui en septembre 2002, puis et d’y vivre tranquillement jusqu’en Février 2007. 

Le combat de Michel Slitinsky, se sera heurté à la solidarité des hautes sphères de l’État.

Leur combat  demeure d'une actualité brûlante  

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