lundi 31 août 2015

Islamophobie: après la plage, le maire de Wissous sévit à la cantine.

A Wissous (Essonne), l'été dernier , le maire Richard Trinquier ( Les Républicains) s'était illustré, à peine élu, par une offensive raciste virulente. Non content d'avoir tenté d'interdire "Wissous Plage" à des femmes portant un voile, l'élu avait ensuite diffusé sur des affiches le nom des courageuses qui avaient osé porter l'affaire en justice et gagné. Sur les murs Facebook des élus de la majorité municipale, les menaces et les insultes contre les habitants musulmans de la commune avaient atteint un niveau de violence extrêmement élevé, tandis que certains de ses habitantEs témoignaient aussi de prises à parti dans leur quotidien. 

A l'époque, l'UMP avait "suspendu" Trinquier, et l'exclusion était promise par certains responsables. Mais à la finale, Trinquier s'est contenté d'enlever une délégation à une de ses adjointes; il est toujours aux Républicains. Rien d'étonnant dans un contexte de course à l'échalote raciste entre ce parti et le FN: les positions islamophobes de Trinquier sont désormais tout à fait celles de Nicolas Sarkozy. D'ailleurs, dès l'été dernier l'initiative démagogue de Trinquier avait inspiré immédiatement Nadine Morano, qui s'était empressée de livrer à la vindicte publique une femme musulmane croisée sur une plage et photographiée par ses soins.

C'est donc très logiquement, qu'en cette rentrée, Trinquier, qui bon gré mal gré a du renoncer à la discrimination à la plage, se venge à la cantine scolaire. A son tour, il annonce en effet la "suppression de menus de substitution", comme l'ont fait avant lui, d'autres maires Les Républicains , comme celui de Châlons sur Saône. Trinquier traduit d'ailleurs très bien l'objectif de ces mesures, en évoquant dans la presse uniquement "les enfants qui ne mangent pas de porc". La consommation de cochon comme obligation laïque est évidemment parfaitement ridicule, mais cela témoigne d'un dévoiement très courant de la notion de laïcité, qui devient une simple défense des pires lubies identitaires. 

Traduites en actes concrets au quotidien, ces lubies identitaires n'ont pas comme seul effet la complication du quotidien pour les personnes discriminées: elles créent une inégalité profonde au sein de la population, faisant des gens concernés d'éternels étrangers de l'intérieur, surveillés, pointés du doigt, et humiliés en permanence. Des portions grandissantes de l'espace public sont désormais le lieu de la chasse et de l'exclusion dès le plus jeune âge : l'école, les sorties scolaires, les espaces de loisir, la cantine. Dans le même mouvement, les  victimes de ce racisme ordinaire et local se voient imposer une stigmatisation et règlementation de tous leurs comportements les plus banals, de l'habillement jusqu'à la nourriture

D'ailleurs à Wissous, Trinquier a fait un pas de plus dans la désignation raciste institutionnalisée de "l'ennemi intérieur"; en juillet dernier, il a créé une "commission extra-municipale des cultures et de la diversité." Dans la présentation de cette commission, il en évoque les cibles, en mélangeant volontairement et allègrement , origine, culture et religion. Dans le Parisien il évoque ainsi "des gens d'origine juive, musulmane et catholique", avant d'évoquer plus loin "l'étude de l'histoire de ces peuples afin de les aider à s'intégrer". De quels peuples s'agit-il dans son projet ? Les musulmans et les Roms, puisqu'il évoque immédiatement l'affaire de Wissous Plage, et les habitants Roms d'un bidonville de la commune. La création de la fameuse commission fait en effet suite à une autre initiative de Trinquier: en juin dernier, il a "accompagné" des "riverains " venus menacer les résidents du bidonville, et à a cette occasion, flirté avec la violence physique

La religion, comme la misère du bidonville créent donc des "peuples"  selon Trinquier , des "minorités " dont "il est hors de question qu'elles imposent à l'autre "leur point de vue". 

Wissous est une petite commune de quelques milliers d'habitants: le racisme municipal de Trinquier y a crée en miniature ce dont l'extrême-droite et la droite extrême rêvent au niveau national, une discrimination banalisée, prise au travers de mesures de proximité, étayées par une propagande excluante et anxiogène de tous les instants. 

Les laboratoires du racisme ne se cantonnent pas aux villes FN, et malheureusement, la création de ces petites féodalités discriminatoires n'est pour l'instant pas combattue de manière nationale. Certes certains ministres du gouvernement condamnent, par exemple, la suppression de menus de substitution. Mais il suffirait de rendre obligatoire l'alternative végétarienne pour stopper définitivement les initiatives locales. De même, la persécution contre les Roms ne risque pas de s'arrêter à droite si elle est pratiquée aussi à gauche, ce qui est le cas actuellement, comme vient de le montrer l'exemple de la Courneuve.

dimanche 30 août 2015

Syrie, réfugiés, crimes de guerre : quand les complotistes manipulent les images.



L'affiche ci-dessus est diffusée sur les réseaux sociaux par des sites conspirationnistes prétendument anti-impérialistes, comme celui de Michel Collon. Elle surfe, d'une manière grinçante d'ailleurs, sur l'émotion liée au drame des réfugiés, puisqu'elle censée s'adresser à ceux que les réfugiés "dérangent". 

 Mais  elle comprend surtout un message puissamment manipulateur en utilisant un cliché très connu qui représente une personne fuyant la Syrie (ci dessous). Il s'agit ainsi de présenter la guerre que mène Assad contre son peuple comme le résultat d' interventions extérieures, comme le soutient en permanence le régime syrien. Dans ce but, l'affiche aligne les portraits  de Bush (confusion volontaire avec la sale guerre d'Irak de 2003) mais aussi d' Obama, Hollande, Sarkozy et Bernard-Henry Lévy au centre, pour la touche antisémite. 

L'amalgame est pervers et vise à préserver les régimes dictatoriaux présents et passés dont celui d'Assad et celui de Khadafi qui avait mis en place  une défense des  accords avec l'Union européenne qui permettaient effectivement de maintenir les migrants à distance, avec une répression effroyable de ces derniers par le régime de Kadhafi 

Il y a donc d'une part Sarkozy qui avait invité Khadafi à Paris en 2007 et Assad le 14 juillet 2008  et dont des acolytes courtisent le bourreau de Damas  et  d'autre part Obama/Hollande à qui on doit  reprocher leur passivité face aux massacres, y compris lors de l'utilisation par Assad des armes chimiques sur la population civile de la Ghouta, en août 2013.


Surtout  il  manque pas mal de monde sur la photo,  notamment Poutine et  l’ayatollah Khamenei, soutiens inconditionnels et pourvoyeurs des outils de massacre du régime syrien d'Assad, bourreau de son peuple révolté depuis mars 2011. 

La répression et les massacres en Syrie ont débuté quand le peuple syrien s'est révolté en Mars 2011, suite aux Tunisiens et aux Égyptiens, dans le cadre de qu'on a appelé le "printemps arabe". Cet "oubli" calculé des principaux complices et fournisseurs d'armements de la dictature syrienne classe la manipulation du côté de l'extrême-droite, qui soutient partout le régime Assad

Cette opération sophistiquée de propagande nous rappelle la vigilance nécessaire face aux tentatives qui pullulent, notamment sur Internet,  dans le but  de jeter la confusion.


Pour nôtre part, nous appelons plus que jamais à soutenir les réfugiés , notamment dans nôtre pays qui accueille si peu de réfugiés syriens, mais aussi tous les peuples qui aspirent à se débarrasser des dictatures qui les oppriment. Le peuple syrien, qui subit à la fois  Assad et Daech a plus que jamais besoin de ce soutien.


 

samedi 29 août 2015

Génération identitaire: l'impunité de la troupe de choc islamophobe du FN

C'était le 20 octobre 2012: Génération Identitaire fait venir des militants de toute la France pour attaquer la mosquée de Poitiers . L'un de leurs porte-parole se rend même au commissariat local pour avertir de leur présence. Sur place, les militants braillent des slogans racistes pendant des heures, avant de sortir d'eux-même.

Quatre d'entre eux sont mis en examen pour incitation à la haine raciale, dégradation et vol en réunion. Deux autres le seront en juillet 2014, dont Damien Rieu, porte-parole , devenu depuis directeur de la communication de la ville de Beaucaire, promu par le maire Front National de cette commune. 

Trois ans plus tard, les mêmes font aujourd'hui leur action de rentrée avec une banderole raciste sur le toit de la gare d'Arras, récupérant, comme de bons vautours, l'émotion suscitée par la tentative d'attentat de la semaine dernière dans le Thalys. Pour l'affaire de Poitiers, toujours pas de procès: or, on voit mal ce qui pourrait nécessiter une si longue instruction. Les militants sont connus, et ont agi face caméra, que reste-t-il à chercher ? Rien, mais avec l'extrême-droite, la justice prend toujours ou presque le temps de ne rien faire, même dans les cas les plus graves.

Les jeunes fascistes profitent largement de cette impunité : le plan de la banderole la plus grande possible avec des slogans racistes ou homophobes dessus a été réitéré pendant les manifestations contre le mariage pour tous, contre les migrants et aujourd'hui sur le toit de la gare d'Arras. Depuis quelque temps d'ailleurs, le Bloc Identitaire est devenu un "Front National Jeunes" de choc, jouant systématiquement sur le terrain, la carte du happening raciste  en reprenant les thèmes développés par les caciques du FN quelques jours avant. Le mot d'ordre " Expulsion des islamistes " est très exactement celui de Marine Le Pen pour la rentrée. Évidemment, quand le Bloc Identitaire dit "islamistes", la base comprend "musulmans". 

Rien d'étonnant, puisqu'en PACA, Marion Maréchal Le Pen a officiellement intégré la mouvance identitaire sur sa liste aux régionales, et ce, alors que de nombreux cadres du mouvement travaillent déjà dans les mairies FN...tandis que d'autres mènent des opérations de propagande pour soutenir les initiatives de certains élus. C'est le cas à Mantes la Ville, où une "section" du Bloc Identitaire a surgi du néant pour diffuser des tracts contre la distribution d'une mosquée ...pile au moment où le maire était un peu en difficulté dans son offensive islamophobe.  Il serait d'ailleurs intéressant de connaître la source des financements de Génération Identitaire et du Bloc: rarement plus d'une vingtaine par actions, les jeunes fascistes disposent pourtant toujours d'un matériel de communication énorme, des banderoles pro, aux T-shirts en passant par les blousons et des sites internet impeccables. Évidemment, être salarié et bientôt peut-être élus du FN enlève déjà bien des problèmes matériels à ces militants...

D'aucuns contesteront la dangerosité du Bloc Identitaire, au motif que ses actions sont purement symboliques: après tout, personne n'a été tabassé lors de leurs patrouilles dans le métro, personne n'est obligé de manger leur soupe au cochon assortie d'un discours anti-réfugiés et anti-sans-papiers, et leurs actions islamophobes restent de l'ordre du jeu de rôle , même lorsqu'ils occupent une mosquée en construction en prétendant refaire la bataille de Poitiers.

Seulement en France, des bidonvilles Roms font l'objet d'incendies, des mosquées également, et des femmes voilées sont tabassées en pleine rue. Les jeunes bourgeois du Bloc Identitaire, persuadés qu'une grande carrière politique les attend avec la montée de l'extrême-droite parlementaire ne se salissent pas les mains. Ils savent que leur discours viriliste, paranoïaque et d'une violence symbolique énorme jouera son rôle et que d'autres passeront à l'acte à leur place. D'ailleurs la mosquée de Poitiers, cible du Bloc en 2012 a été incendiée en janvier 2015 , sans que cela incite la justice à accélérer pour juger l'action commise trois ans auparavant

La plupart des rares incendiaires ou agresseurs interpellés après un acte islamophobe recrachent tous la prose du Bloc sur le "Grand Remplacement" et l'islamisation de l'Europe. Et si le Bloc n'a jamais vraiment cherché à devenir une organisation de masse, c'est parce qu'il sait qu'il n'en a pas besoin pour que ses mots d'ordre soient suivis d'effet. 

Quant à ceux qui haussaient les épaules lorsque les suivistes se contentaient de jeter des morceaux de porc sur les mosquées, ils ne peuvent que constater aujourd'hui qu'aux morceaux de porc ont succédé les incendies comme à Mérignac ou à Auch cet été. 

Et tant que les petits chefs fascistes pourront hurler leurs appels à la haine en toute impunité judiciaire, les incendiaires répondront toujours plus nombreux à l'appel. 

A l'heure où, en Allemagne, on ose enfin interdire les manifestations néo-nazies, l'inaction en France devient de plus en plus criante.

Marion Maréchal Le Pen chez les catholiques: le retour de l' Action Française?

L'invitation de la députée du Front national  Marion Maréchal-Le Pen (MMLP)  à une université d'été catholique officielle  représente déjà un succès pour le parti frontiste. Elle doit participer samedi à Plan-d'Aups-Sainte-Baume à une table ronde sur le thème "Politique et médias".

Il ne s'agit pas d'un hasard ou d'une "recherche de pluralisme" mais bien de relations politiques entre un clergé local d'orientation fondamentaliste et une dirigeante frontiste qui se vante de sa proximité avec ce milieu. En effet MMLP  est proche des organisations intégristes, adepte du pèlerinage de Chartres avec le groupe Notre-Dame de Chrétienté, soutien des militants de la Manif pour tous et de son aile extrême des " Veilleurs", qu'elle avait rencontré officiellement à Versailles le 21 mai dernier pour «dénoncer le rôle de l'Union européenne dans la GPA ». Elle vient aussi de se livrer à une attaque contre la religion protestante, en déclarant:  « La Provence est une terre d’identité et de résistance. Résistance des princes provençaux face à l’invasion sarrasine, résistance face à la terreur révolutionnaire, face à la réforme protestante, face à l’occupant allemand, face au funeste projet de l’Union européenne en 2005. »

Cette université d'été a été initiée par l'évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey, figure très conservatrice et "identitaire " de l'épiscopat français, qui assume son choix d'inviter Marion Maréchal-Le Pen au motif que le Front national "fait partie du paysage politique français, surtout dans le sud de la France".  Le journal local Le Ravi  avait déjà décrit les inclinaisons intégristes et homophobes de cet évêque. Le site  Internet de l'évêché en question comportait d'ailleurs un texte particulièrement obscurantiste à propos des risques sataniques qui seraient transmis notamment par la participation à la franc-maçonnerie et l'homosexualité active mais aussi par la pratique du yoga; la médiatisation récente de la présence de MMLP a conduit a un retrait de ce texte.
   

Au delà de cet évêque, la hiérarchie catholique de cette région est marquée par l'influence de l'extrême-droite. L'évêque d'Avignon Mgr Cattenoz se répand en propos complotistes et antisémites codés dans la presse d'extrême-droite. Il y déclare: " je pense qu’il serait bon regarder de plus près les financeurs du PS. C’est-à-dire ? Je ne peux, hélas, pas me prononcer publiquement mais je pose la question et je me demande quels peuvent être les lobbies qui font pression sur le PS pour qu’une loi qui vient bouleverser l’équilibre de la société (concernant les écoles privées NDLR) soit votée aussi précipitamment..."
En juin dernier, comme le rapporte le Canard Enchainé il a fait venir le maire FN de Camaret-sur-Aigues ( Vaucluse) dans l’Église locale pour y placer la bourgade "sous la protection du Sacré-Coeur de Jésus en s'engageant à prendre des décisions conformes à l'enseignement de l’Église..." Cette violation flagrante de la laïcité a provoqué de nombreux remous et la révolte du mouvement "Chrétiens en Vaucluse" qui demandent son départ. Dans le même département se trouve l'abbaye du Barroux, dont le chef Dom Gérard Calvet soutient le FN.

Par delà  ce climat local dans une région de forte implantation FN, c'est l'influence de la fraction conservatrice de l’Église catholique qui se trouve mise en lumière. Pendant le pontificat de Benoît XVI (2005-2013) les intégristes catholiques ont été encouragés dans leur offensive réactionnaire.   

Symboliquement, lors de sa visite en France en 2009, ce pape avait exigé de porter  des vêtements et objets liturgiques provenant de l'abbaye du Barroux que nous avons mentionnée plus haut. Il était d'ailleurs prêt à réintégrer dans l’Église l’évêque négationniste Williamson. On a pu parler au sujet de Benoît XVI de pape "révisionniste".

Son retrait et l'arrivée de François a modifié la donne mais les forces réactionnaires et intégristes demeurent très puissantes. Elle le sont particulièrement dans l’Église de France, qui a été marquée dans le passé par l'antisémitisme anti-dreyfusard, l'influence des royalistes de l'Action française dirigée par Charles Maurras (dont MMLP est une bonne disciple) et la soumission au régime de Vichy. On a aussi pu le constater dans l'organisation de la mobilisation contre le droit au mariage pour tous; la hiérarchie catholique y a joué un rôle capital.

Mais une autre tradition  existe aussi au sein de l’Église, notamment dans le domaine de la lutte contre le racisme et pour l'accueil des migrants. Or MMLP mène une campagne particulièrement violente dans ce domaine en déclarant notamment: " "Nous ne voulons pas de la Paca black-blanc-beur, mais de la Paca bleu-blanc-rouge ... Il est hors de question que notre région passe de la Riviera à la favela... "

C'est ce qui a conduit le porte-parole de l'épiscopat, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, a préciser que "la ligne des évêques de France par rapport à la doctrine du FN n'a pas changé" depuis les condamnations fermes de ses thèses dans les années 80.
Le prélat a cité comme "premières", parmi les "valeurs de l’Évangile", "l'accueil de l'autre, le respect de l'étranger, la conception d'une société qui n'a pas peur". " Ces idées ne sont pas vraiment conformes à ce que prône aujourd'hui le Front national. Si le Front national pense qu'il a changé, il faut qu'il le montre", a-t-il estimé.
Les responsables du journal "catho de gauche", "Témoignage chrétien",  sont eux vent debout contre l'initiative de Mgr Rey.
"Nous appelons les responsables catholiques et les catholiques responsables qui aujourd'hui sont une majorité stupéfaite et muette à rompre le silence, et à s'élever contre cette banalisation dangereuse d'un parti qui fait de la haine de l'étranger son fonds de commerce", ont-ils écrit dans un communiqué.

Accompagner la progression du  FN ou la combattre, tel est en effet l'enjeu. 


 





vendredi 28 août 2015

Sciences Po Paris: du Front de Gauche au Front National, en passant par le nationalisme.

Le Front National exhibe à nouveau une prise de guerre venue du Parti de Gauche, un étudiant parisien, Davy Rodriguez. Comme souvent la gauche radicale observe un silence gêné sur ce transfuge, et sur le parcours politique qui a précédé ce ralliement. 

Pourtant, Davy Rodriguez n'est pas juste un sympathisant, ou un encarté distrait qui serait passé brièvement par la gauche sans vraiment y accorder d'importance. On trouve trace de son investissement dans la vie du Parti de Gauche dès 2011, où il publie notamment un article sur une réunion portant sur la convergence des luttes des salariés face aux licenciements.

Surtout en 2013, c'est bien en tant que militant du Parti de Gauche qu'il va participer à une convergence politique d'un tout autre genre: il fait en effet partie des fondateurs du "CRE Sciences PO". Critique de la Raison Européenne se présente comme une initiative " trans-courants", regroupant droite et gauche autour du patriotisme et de la lutte contre l'Europe actuelle. L'organisation se positionne bien entendu autour de la défense de l"Europe des Nations". 

Aux côtés de Davy Rodriguez, on trouve des chevènementistes, et également le responsable de Debout les Jeunes, l'organisation de jeunesse de "Debout la France',  le parti de Nicolas Dupont-Aignan. 

Les positions de ce parti contre les immigrés sont connues de tous: la ligne dure de Dupont-Aignan n'a absolument rien à envier à celle du FN, et ce n'est pas pour rien que Debout La France a tissé de alliances européennes avec l'UKIP anglaise, le parti d'extrême-droite de Nigel Farage. Dupont-Aignan déclarait encore récemment, comme Estrosi qu'il y "avait des terroristes parmi les migrants", contribuant ainsi à la déshumanisation de ceux qui meurent par milliers en mer et aux frontières. 

Le CRE Sciences Po se consacre essentiellement à l'organisation de conférences : on y verra Jean-Pierre Chevènement, Jacques Sapir, qui vient de faire un coming-out définitif sur son rêve d'alliance avec le FN.... mais également Henri Guaino, très proche de Nicolas Sarkozy.

Mais sa " convergence nationale" va bien plus loin: ainsi en avril dernier, c'est le CRE qui organise, à Sciences Po, un débat avec Gaetant Dussaussaye , directeur du Front National de la Jeunesse (FNJ). 

Passer de la collaboration avec Debout La France à l'adhésion au FN relève d'un parcours qui n'a absolument rien d'anormal ou d'exceptionnel, les deux partis étant très proches: Nicolas Dupont- Aignan a ainsi déclaré qu'il prendrait volontiers Marine Le Pen comme Premier Ministre. 

Par contre, collaborer avec Debout la France en tant que membre du Parti de Gauche pose une question simple: comment le Parti de Gauche et le Front de Gauche ont-il pu tolérer une telle initiative dans leurs rangs ? Comment a-t-il été possible qu'un regroupement public avec un parti qui défend des positions racistes et anti-immigrés comme Debout la France puisse se faire et perdurer pendant plusieurs années, sans qu'à aucun moment, aucun responsable , aucune instance n'ait réagi devant cette cohabitation d'un de leurs militants ? 

C'est bien cette complaisance et cette impasse totale sur la question antiraciste qui pose problème, une nouvelle fois: la cohérence politique et l'attachement aux valeurs antiracistes aurait du amener à l'exclusion immédiate du Parti de Gauche de Davy Rodriguez, dès lors qu'il décidait de s'allier à des membres de Debout la France, et évidemment d'autant plus lorsqu'il invitait le directeur du FNJ au FN. 

Cela n'a pas été fait et l'histoire se termine comme toutes les précédentes ayant impliqué des militants de gauche radicale  dont les positions racistes ou antisémites ont été tolérées dans leurs formations politiques. Davy Rodriguez est allé jusqu'au bout de sa pensée et a rejoint le FN. Il l'aurait sans doute fait, s'il avait exclu publiquement du Parti de Gauche auparavant, mais au moins, la honte eut-elle été évitée à son ancien parti et plus globalement à cette partie de la gauche radicale qui refuse de considérer la lutte antiraciste dans toutes ses composantes comme un combat essentiel, fondateur de son histoire et de son futur.

jeudi 27 août 2015

Contre l’expulsion des familles Roms : Je soutiens LE SAMARITAIN à La Courneuve



Ils ont donc osé ; 2 compagnies de CRS  ont détruit ce 27 août les habitations précaires et chassé les habitants du  Samaritain, bidonville de La Courneuve, où vivent, depuis 2008, 300 Roms. Leurs affaires ont été dispersées, sous la pluie battante. Initiée en 2013, la demande d’expulsion des 80 familles pour la plupart très actives au sein de la vie sociale de la ville avait été formulée par le maire PCF de La Courneuve, Gilles Poux. Son acharnement contre ces familles a d'ailleurs provoqué de nombreuses protestations au sein de son propre parti ainsi qu'une déclaration publique de condamnation des Jeunesses communistes du 93.  

 Un grand mouvement de soutien s’est mis en place et va se poursuivre.  Une pétition contre l’évacuation lancée il y a plus de deux semaines a recueilli près de 38.000 signatures ( il est encore plus important de continuer à la signer)  Depuis deux semaines sont apparues sur les réseaux sociaux des photos de personnes portant un panneau où après s’être rapidement présentées, elles affirment « Je soutiens Le SAMARITAIN ». Ce sont des habitants de La Courneuve, de la Seine Saint-Denis ou d’ailleurs, des enseignants, des médecins, des militants associatifs ou politiques, des jeunes, des vieux. Toutes sortes de gens qui n’acceptaient pas l’expulsion à venir de 80 familles roms de La Courneuve. 




Médecins du Monde  et d’autres associations ont fait une proposition alternative à celle de la mairie: nettoyer le bidonville, y installer l’eau courante et le sécuriser. Ainsi les enfants resteront scolarisés à La Courneuve, les adultes pourront chercher du travail, puis petit à petit quitter le bidonville. C’est une solution alternative tout à fait sérieuse à l’expulsion, mais que refusent la municipalité et l’État.

Dans un avis du 18 août, le défenseur des droits, Jacques Toubon, soulignait l’existence au Samaritain d’« un projet inédit de résorption progressive, mené par des militants, des associations et des chercheurs, ainsi que la participation des trois cents habitants ». Et prévenait que, « faute d’un accompagnement social, sanitaire et scolaire et de solutions pérennes d’hébergement », l’expulsion pouvait « caractériser un traitement inhumain et dégradant engageant la responsabilité de l’État ».

Comme l’analyse le sociologue Éric Fassin, « Il s’agit, d’une part, de rendre la vie invivable aux Roms, comme aux réfugiés de Calais ou de la Chapelle, pour qu’ils finissent par partir d’eux-mêmes. D’autre part, il convient de le mettre en scène, pour afficher la fermeté du gouvernement. Telle est, contre toute raison, la rationalité de cette politique estivale. » Et réaliser ce que Manuel Valls affirmait : "Les Roms n’ont pas vocation à s’intégrer en France".
La mobilisation se poursuit pour les familles du Samaritain.


Jean-François Le Goff. 

voir aussi dans ces colonnes

Aux côtés des migrants: nombreuses initiatives de solidarité en France et en Europe

2 Août : 71 ans après l’extermination des Roms à Auschwitz



mardi 25 août 2015

Aux côtés des migrants: nombreuses intiatives de solidarité en France et en Europe


Alors que les migrants sont l'objet de tractations entre les gouvernements et que certains régimes comme celui de Macédoine utilisent la violence et la répression contre ceux et celles qui tentent de trouver leur salut (et qu'aident des bénévoles locaux), on assiste heureusement à une importante vague d'actes de solidarité et de soutien en leur direction, dans différents domaines. Il ne s'agit nullement de teinter en rose une réalité très dure, dans laquelle politiques répressives des gouvernements et les courants xénophobes se nourrissent mutuellement et prospèrent, mais de montrer un autre aspect de la réalité, dans laquelle nous nous inscrivons pleinement.

Une petite partie de ces actions peu connues est répertoriée ci-dessous.    
Nous débutons en Autriche: une "minute de silence" (Schweigeminute en allemand)  mise en ligne par un artiste autrichien en signe de protestation contre la politique de traitement des réfugiés en Europe, est en tête des classements iTunes en Autriche. Le morceau commence même à être « diffusé » sur des radios nationales.
« Cette minute de silence, c’est une façon de pirater les médias, tout cela combiné avec une levée de fonds. On utilise les classements et les plateformes de téléchargement pour adresser un grand signe de solidarité et d’opposition », déclare Raoul Haspel, l’auteur de Schweigeminute, qui a annoncé vouloir reverser les gains à un camp de réfugiés nommé Traiskirchen, au sud de Vienne.

En Hongrie toute proche, les quelque 440 000 festivaliers qui ont participé au Sziget Festival ont été invités à donner leurs tentes et leurs sacs de couchages. Utilisés pour camper le temps du festival, ils sont, d’habitude, jetés à la fin de l‘évènement. Mais pas cette année : des centaines de dons ont ainsi pu être redistribués à des réfugiés.
Depuis le début de l’année, plus de 100 000 demandeurs d’asile sont arrivés en Hongrie, étape incontournable pour les Syriens et les Afghans qui traversent l’Europe direction la Scandinavie ou l’Allemagne. Beaucoup dorment dehors, dans les parcs ou les gares.
L’initiative du Sziget Festival constitue un pied-de-nez aux mesures anti-migrants du gouvernement de droite radicale de Viktor Orban, qui a notamment érigé une clôture de quatre mètres de haut à la frontière avec la Serbie pour empêcher les réfugiés de passer.

En Italie, on connait les arrivées d'immigrés en provenance d'Afrique sur les côtes italiennes de Lampedusa et les nombreux sauvetages par les ONG, les gardes-côtes, les pêcheurs, des marins de passage . Beaucoup de ces migrants vont ensuite demander l'asile politique en Italie. En Calabre, un petit village s'est fait une spécialité de l'accueil des immigrés : Riace. Son maire a même été désigné "troisième meilleur maire du monde" pour son sens de l'hospitalité. 

Dans le même esprit,  le 25 juin dernier, le conseil municipal du Vigan, petite ville des Cévennes gardoises de 4000 habitants qui a subi une grave crise suite à la fermeture des usines de textile,  a voté à l'unanimité l'accueil de trois familles réfugiées syriennes et irakiennes. Elles seront installées dans les logements communaux d'ici quelques mois
 "4 millions de personnes ont dû fuir à l'extérieur. Une partie a été accueillie au Liban, en Turquie, en Irak et en Jordanie, mais ça ne suffit pas", souligne Jacqueline Tardieu, secrétaire adjointe du groupe Amnesty International  Cévennes. Le Haut commissariat aux réfugiés a ainsi lancé un appel aux pays du monde entier. En France, 500 réfugiés syriens seulement ont été accueillis en 2014. A titre de comparaison, l'Allemagne a reçu 70 000 Syriens, et la Suède 30 000.
au Secours catholique qui met en œuvre un atelier vélos afin d' offrir aux migrants une possibilité d'autonomie dont rend compte la presse locale.

C'est une Europe de la solidarité qui se construit à travers de ces initiatives et nous soutenons pleinement cette émergence en les faisant connaître, en participant aux manifestations et aussi en aidant une famille Rom particulièrement en difficulté.   

jeudi 20 août 2015

Israël: vie sauve pour le prisonnier palestinien en grève de la faim ?

La Cour Suprême israélienne vient enfin de lever la détention administrative de Mohammed Allan, avocat palestinien détenu arbitrairement et en danger de mort suite à sa grève de la faim qui dure depuis le 18 juin.

Soupçonné par le Shabak (la Sûreté générale israélienne) d’appartenir aux «Brigades Al Quds», la branche armée du Jihad islamique, il a été placé en "détention administrative" en novembre 2014, sans avoir été jugé.

Cette mesure extra-légale, héritée du mandat britannique sur la Palestine d'avant 1948, permet en effet au pouvoir de maintenir un suspect en détention sans inculpation ni procès. Certes, le  mandat des détenus doit être renouvelé tous les six mois par un juge. Mais l’examen du dossier se déroule à huis clos et le Shabak peut transmettre au magistrat des informations «confidentielles» que les avocats du prisonnier n’ont pas le droit de connaître. C’est pour dénoncer cet arbitraire et parce qu’il exige d’être jugé publiquement ou libéré qu’Allan a, comme plusieurs autres avant lui, entamé une grève de la faim.

Le Parlement israélien, dominé par la droite, préparait alors le vote d’une loi autorisant l’alimentation forcée et médicalisée des détenus refusant de s’alimenter, adoptée le 30 juillet.

Mais la fédération des médecins israéliens, qu'il faut féliciter pour son courage et sa déontologie, s'est formellement opposée à l’alimentation forcée, qu’elle assimile à de la torture et a donc interdit à ses membres de prêter la main à l’administration pénitentiaire.
"Nous ne sommes pas payés pour faire le sale boulot de l’État, affirme le docteur Tami Karni, responsable de l’éthique au sein de l’association. Nôtre mission est de soigner et guérir nos patients, pas de forcer un détenu, fût-il terroriste, à faire ce qu’il ne veut pas.». Toutes les tentatives du gouvernement afin de trouver des médecins hospitaliers complaisants et obéissants à ses ordres ont échoué. Le ministre de la sureté intérieure, Guilad Erdan, membre du parti Likud de Netananyahu,  a d'ailleurs violemment mis en cause la fédération médicale et son président le Docteur Leonid Idelman. Il les accuse d'être responsables de la suspension de peine de Mohammed Allan.  

Entre-temps, l’état d’Allan est devenu critique. Après avoir perdu la vue, il est tombé dans le coma le  vendredi 14 aout et ne respire plus que grâce à une machine. L’avocat d’Allan a introduit devant la Cour suprême d’Israël un recours urgent en libération médicale. Cette instance, dont la droite et l'extrême-droite israélienne voudraient réduire le rôle, a donc décidé aujourd'hui de "suspendre" la détention administrative et de permettre ainsi que Mohammed Allan soit enfin soigné volontairement.

La  détention administrative est attentatoire aux droits fondamentaux. Elle constitue l’un des grands motifs de protestation palestiniens contre le régime d'exception qui s'applique à eux. Selon les services pénitentiaires israéliens, 340 Palestiniens sont actuellement en détention administrative. Quelques semaines après l’assassinat du petit Ali Saad Dawabshe à Douma, la cas dramatique de Mohammed Allan illustre à quel point la poursuite de l'occupation des territoires palestiniens mène inéluctablement à une spirale de violence et de mort. L'attitude ferme et digne des médecins israéliens montre aussi la voie d'une résistance humaine à cet engrenage destructeur.
Actualisation 20 aout: Mohammed Allan vient de suspendre sa grève de la faim, suite à la décision de la Cour Suprême. Il va donc pouvoir être soigné.

samedi 8 août 2015

Mosquée de Mérignac incendiée: un départ de feu parmi d'autres

Jeudi dernier 6 aout, vers 23H, alors que de nombreuses personnes sont à l'intérieur de la mosquée de Mérignac, un engin incendiaire est lancé. Il endommage la porte, mais heureusement  les présents gardent leur calme et maitrisent l'incendie qui aurait pu, sans cela, s'étendre très vite et faire des victimes.

Pour le moment les auteurs ne sont pas connus.

Mais à Mérignac, comme ailleurs en France, cet incendie volontaire ravive forcément les braises de la peur et de la tension. Car il ne s'agit pas d'un évènement isolé. 

En janvier 2015, lors de la vague d'attaques racistes post-attentats, devant la même mosquée, les musulmans présents sont victimes d'insultes et de menace de la part d'individus motorisés. Une forme de harcèlement facile et lâche qui incite les responsables de la mosquée à demander aux gens de ne pas tarder dehors après la sortie de la prière. A Mérignac et dans les environs , la présence de groupes racistes est attestée depuis longtemps: en mai 2014, une vague d'inscriptions racistes frappe à la fois des logements sociaux de la résidence Salengro et les murs de la commune voisine d'Eysines. Parmi les inscriptions, celle-ci " "Fuck ces arabes JNR FN bougnouls retour au bled". En 2012, c'était au Barpt, à une trentaine de kilomètres de là qu'une salle de prière était par trois fois dégradée à coups de croix gammées et de slogans xénophobes

Dans le département de la Gironde, les néo-nazis vont parfois beaucoup plus loin: en août 2013, la salle de prières de Lesparre Medoc, à soixante kilomètres de Mérignac fait l'objet d'une tentative d'incendie et une croix gammée apposée sur l'édifice. Là aussi, des personnes étaient à l'intérieur du bâtiment.  Les fascistes auteurs des faits sont arrêtés quelques jours plus tard après avoir également recouvert de croix gammées les voitures de responsables de la mosquée. A la barre, où ils seront condamnés à 6 mois de prison ferme, les deux néo-nazis assument leur discours raciste. L'un d'eux résume : " "J'aurais pu écrire +mort aux arabes+ mais c'était trop long et j'ai préféré dessiner une croix gammée".

Il n'y a donc pas une année en Gironde où au moins une mosquée ne fait pas l'objet d'une attaque néo-nazie, et comme ailleurs, croix gammées et inscriptions racistes ciblant directement une partie des habitants sont devenues plutôt banales.

Dans ces conditions, si d'aucuns, non concernés appellent souvent à la "prudence" avant de qualifier un acte d'islamophobe ou de raciste, en réalité, la prudence consisterait surtout à agir beaucoup plus vite et beaucoup plus fort contre des groupes d'extrême-droite dont on sait de toute façon qu'ils passent régulièrement à l'action.

vendredi 7 août 2015

Racisme structurel : négation de l'enfance et du genre envers les mineures roumaines

Racisme structurel : une enquête intitulée "Les jeunes Roumaines sont des garçons comme les autres" et parue dans la revue du GISTI, Plein Droit, éclaire les pratiques quotidiennes de la police, de la justice et du monde du travail social. Police et justice ne savent plus voir des enfants, des (toutes) jeunes filles, juste des "roumaines", à qui il semble normal de demander si elles ont des enfants ou se sont prostituées, que les peines de prison fermes attendent dans des proportions bien au-dessus de la moyenne...

« Plusieurs fois, par exemple, je suis intervenue pour des enfants roumains de moins de 13 ans qu’on mettait en cellule. Maintenant, les policiers font un peu plus attention, mais je leur rappelais que c’était pas avant 13 ans, les cellules. Et on me répondait, "bon, mais ça va, c’est des Roumains… ". Et même au niveau du tribunal il y a un traitement particulier […]. Dès le départ, on nous annonce qu’il y a des "Roumains", on sait que ça va être un circuit particulier, que systématiquement ça va être un jugement à délai rapproché… Et ça, ça me choquait beaucoup au début : j’avais l’impression qu’il y avait une justice pour tout le monde et une justice pour les Roumains"

Ces propos d'une éducatrice illustre une situation où le racisme entraîne la négation de l'enfance et de l'adolescence et des protections judiciaires qu'elles entraînent. Au point d'amener également à l'effacement du genre, les jeunes filles roumaines, au contraire des autres mineures, sont  envoyées très souvent directement en prison.


dimanche 2 août 2015

Les Roms victimes des nazis et de leurs héritiers

                                          Commémoration Rom à Auschwitz-Birkenau



Mise à jour du 8 décembre 2017 (autres mises à jour en fin d'article)

Le 8 décembre 1938, dans le décret sur « la lutte contre le fléau tsigane »  Henrich Himmler ordonne le recensement "intégral" des Tsiganes. A partir de 1940, ils furent déportés par milliers dans des camps de travail et des ghettos en Pologne, en application de l’ordonnance nazie du 27 avril 1940 dite de « transplantation » ( Umsiedlungserlass ) .



Dans l'affaire du responsable local du FN et conseiller municipal qui a proposer de financer des logements d'accueil pour les Roms en récupérant "leurs dents en or" (voir ci-dessous) , le tribunal a donc qualifié son qualifié son propos d'"incitation à la haine raciale"
Il a été condamné le 28 novembre à deux mois de prison avec sursis, 2.000 euros d'amende ainsi qu'une peine d'inéligibilité sur une période de quatre ans. Devant le tribunal, le prévenu avait prétendu qu'il s'agissait d'un trait d'humour. Et avait ajouté ne pas savoir "ce qui s'était passé pendant la Seconde Guerre mondiale avec les juifs".  Par ailleurs, il assurait ne rien avoir "contre les étrangers", étant lui-même "d'origine italienne".
Après la polémique, le FN a été contraint d’exclure Franck Sinisi . Celui-ci a immédiatement  rejoint le parti fasciste et intégriste-catholique Civitas.  Il est défendu par un avocat, Damien Viguier, intervenant régulier du site  de Soral. 

MEMORIAL 98


Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, 2897 Roms survivants dans le camp furent assassinés dans les chambres à gaz lors la liquidation du « Zigeunerlager » (« le camp des tsiganes ») d’Auschwitz-Birkenau. 

Le « Zigeunerlager » avait été établi par un décret de Himmler en décembre 1942.
Au total, 20.000 Roms sur les 23.000 détenus dans le "Zigeunerlager" à Auschwitz-Birkenau y ont trouvé la mort de 1941 à 1944. 13.000 d’entre eux étaient originaires d’Allemagne et d’Autriche, les autres venant de pays soumis au Troisième Reich ou collaborant avec lui.
Entre avril et juillet 1944, environ 3.500 Roms et Sinti ont été transférés vers d’autres camps. Certains d’entre eux ont survécu aux épreuves de la persécution, mais 85 % de ceux qui ont été transportés initialement  à Auschwitz Birkenau ont été exterminés.

Les historiens estiment que les nazis et leurs alliés auraient exterminé environ 25% des Tsiganes européens. Sur un peu moins d'un million de Roms vivant en Europe avant la guerre, jusqu'à 220 000 auraient ainsi été tués par le nazisme.

Pendant des décennies, les Roms et Sinti qui avaient survécu aux persécutions nazies ont été réduits au silence. Après 1945, de nombreux pays n’ont ni reconnu ni condamné leurs persécutions raciales, et ils ont en outre continué leurs pratiques discriminatoires à l’égard des Roms et des Sinti, y compris dans le processus de restitution des biens pillés par les nazis.  Du fait que la commémoration dépend  de la reconnaissance officielle ainsi que de la recherche et de l’historiographie, les souffrances des Roms et des Sinti ont très peu attiré l’attention.

Face à cette situation, les Roms et les Sinti ont lutté pour être reconnus et occuper la place qui est la leur parmi les victimes du régime nazi.

C'est en 1979 seulement que l’Allemagne a reconnu officiellement que l’extermination des Roms et des Sinti était fondée sur des raisons raciales, par décisions du Parlement de RFA.

C'est à partir de 1984 que les Roms et les Sinti eux-mêmes ont commencé à commémorer leur génocide à Auschwitz, le 2 août, date de la liquidation du  « Zigeunerlager », avec la participation des représentants des États et de la communauté internationale (voir la photo en Une de l'article).

 Ce n’est qu’en 2001, que le musée national d’Auschwitz a ouvert une exposition permanente sur le génocide des Roms et des Sinti.  Ce pavillon  représente maintenant un lieu de mémoire important qui documente l'ensemble du processus de persécution mis en œuvre par les nazis et leurs alliés, dont la France de Pétain


On connaît le sort de discrimination et de racisme qui continue à accompagner la vie des populations Roms en Europe.
Elles sont la cible de multiples attaques venant de tous les bords; certains responsables de l'UMP se sont spécialisés dans la dénonciation haineuse des Roms à la suite de Sarkozy et de Le Pen.

Mais à gauche aussi,  les propos et les actes discriminatoires à leur égard perpétuent l'oppression dont sont victimes ceux qui ont payé un si lourd tribut au nazisme. 


Mise à jour du 17 Mars 2017: un élu FN "veut arracher les dents en or" des Roms.


Horreur au conseil municipal de Fontaine (Isère) dans la banlieue résidentielle de Grenoble: un responsable local du FN, conseiller municipal, propose de "récupérer les dents en or" des Roms pour financer leur accueil . C’est un retour du refoulé génocidaire: les nazis "récupéraient les dents en or" de ceux qu'ils exterminaient, y compris les Roms:

« Au regard des difficultés liées à l’accueil des Roms sur l’agglomération, la Ville de Fontaine est favorable à l’implication de la Métropole aux côtés de l’Etat et du Département dans l’hébergement ». Lorsqu’il a prononcé ces mots, le maire Jean-Paul Trovero ne pouvait imaginer le commentaire qui suivrait de Franck Sinisi, élu d’opposition FN : « Pour loger les Roms, je pense qu’il pourrait y avoir un auto-financement. La Métropole devrait leur payer le dentiste… afin de récupérer leurs dents en or ». 
Cette déclaration a lieu au moment ou Jean-Marie le Pen, père de Marine, parraine et finance la campagne présidentielle de la cheffe du FN. Il a été condamné récemment pour ses propos de haine contre les Roms et sa menace d'une "fournée" contre les Juifs

MEMORIAL 98 


Actualisation du 25 juin 2016

Une première bienvenue en France: inauguration dans le Lot et Garonne d'un monument qui commémore le massacre de 14 tziganes le 23 juin 1944 par les Waffen SS; la même unité pendra 12 personnes dans le village voisin de Dunes.
Il aura fallu attendre 72 ans pour cette reconnaissance, qui doit maintenant être suivie d'autres initiatives de mémoire.





Jets d'acide sur un lieu de rencontres homosexuelles: un simple rappel à la loi !

Nantes: cinq jeunes gens sont interpellés sur un lieu de rencontres homosexuelles. Ils étaient occupés à jeter des bouteilles d'acide en direction des hommes et de leurs véhicules.

Dans un premier temps, le quotidien local Presse-Océan publie un article où il est notamment indiqué que les jeunes hommes auraient reconnu en garde à vue qu'ils savaient qu'il s'agissait d'un lieu de rencontres.

Mais l'article est dépublié ( version en cache visible ci-dessous): en effet, à l'issue de la garde à vue , le procureur décide qu'il n'y a pas de charges suffisantes pour poursuivre, dans la mesure où les jeunes expliquent avoir choisi l'endroit "au hasard" pour "tester" leurs bouteilles d'acide. Ils écopent d'un simple rappel à la loi. 



On a beau tourner l'affaire dans tous les sens, l'étrangeté de la décision demeure: depuis quand en effet, a-t-on le droit de "tester" des jets de bouteilles d'acide en les lançant dans un espace où véhicules et personnes stationnent ?

Depuis quand le simple fait de nier avoir agi par homophobie est-il un argument légal suffisant pour abandonner les charges ? Depuis quand le fait d'être pris en flagrant délit constitue-t-il une absence de charges ?

Si ces jeunes gens avaient jeté des bouteilles d'acide devant le Palais de Justice, à l'heure de la sortie des magistrats, le procureur aurait-il estimé que cela méritait un simple rappel à la loi ? 

C'est à ce genre d'affaires, traitées de manière lapidaire par la justice et par la presse, qu'on mesure le long combat qui reste encore à mener pour que les présomptions d'homophobie soient prises au sérieux, même lorsqu'elles sont évidentes.

samedi 1 août 2015

Manifestations en Israël: assez de violences et de crimes!

Actualisation du 2 août: la jeune lycéenne de 17 ans poignardée jeudi dernier lors de la Gay Pride, Shira Banki, vient de décéder à Jérusalem suite à ses blessures. Hommage à sa mémoire et condoléances à sa famille et à ses proches ainsi qu'à la famille d'Ali Saad Dawabshe, brûlé vif à Douma .

En ce moment-même (samedi 1er août au soir) des milliers de personnes sont rassemblées sur la place Rabin de Tel-Aviv, là où ce dernier fut assassiné par un terroriste d'extrême-droite le 4 novembre 1995, afin de protester contre le crime commis dans le village de Douma, près de Naplouse
(sur la pancarte en Une de l'article une citation du président de l’État Réouven Rivlin: "des membres de mon peuple ont choisi la voie de la terreur"). 

D'autres manifestations se déroulent dans les principales villes du pays et vont converger avec les cortèges prévus pour protester l'attaque de la Gay Pride de Jérusalem jeudi 30 juillet .
L'oncle du nourrisson assassiné (Ali Saad Dawabshe) qui se nomme Nasser Dawabshe, vient de déclarer devant la foule de la place Rabin: "... Netanyahu déclare participer à nôtre peine, mais nous demandons que le ministre de la Défense et l'armée garantissent nôtre sécurité dans le village de
Douma et dans tous les villages palestiniens (il faut  rappeler que l’État d'Israël occupant de fait la Cisjordanie depuis 48 ans est, selon les conventions internationales, responsable de la sécurité de ses habitants NDLR)... Nous souhaitons que ce qui vient de se passer marque la fin des souffrances de nôtre peuple. Avant Ali, il y a eu Mohammed Abu-Hadir (jeune palestinien de Jérusalem, enlevé et  brûlé vif par des terroristes d'extrême-droite le 2 juillet 2014) et nous ne savons pas qui sera le suivant. Nous voulons que ces crimes cessent..."  .

Le président de l’Etan Réouven Rivlin a d'ailleurs déclaré,  suite à l’incendie criminel dans la nuit de jeudi, qu’Israël n’avait pas fait assez pour sévir contre les terroristes juifs: «... A mon grand chagrin, jusqu’à présent, il semble que nous avons fait preuve de laxisme dans notre traitement des phénomènes du terrorisme juif. Peut-être que nous ne faisons pas assez pour intérioriser ce à quoi nous sommes confrontés, un groupe idéologique déterminé et dangereux, qui vise à détruire les ponts fragiles pour lesquels nous travaillons sans relâche afin de les bâtir », a-t-il estimé.


Les propos de Rivlin sont justes mais contrastent fortement avec la réalité des pratiques des forces de sécurité israéliennes, y compris depuis le crime de jeudi. Les manifestations de Palestiniens sont brutalement réprimées et 2 d'entre eux au moins sont morts suite aux tirs à balles réelles de soldats chargés de "maintenir l'ordre".

Au delà du crime de Douma, c'est l'ensemble de la politique suivie à l'égard du peuple palestinien et de ses territoires qui se trouve une fois de plus mise en question. L'extrême-droite se nourrit de la colonisation et de la domination sur la vie quotidienne d'un autre peuple. Seul le retrait d'Israël des territoires occupés tout à fait illégalement et la naissance d'un État palestinien souverain permettront d'en finir avec la violence qui gangrène ces deux peuples.