jeudi 25 juin 2015

Négationnisme: liberté d'expression quotidienne et renouvelée pour Reynouard et les néo-nazis

Actualisation du 25 juin 2016:


Un an après le premier verdict, Reynouard, a été à nouveau et définitivement condamné à un an de prison ferme, le  21 juin 2016, par la cour de cassation de Paris devant laquelle il avait fait appel. Mais il ne purgera pas sa peine car il est toujours "à l'étranger". De plus sa chaîne You Tube est toujours active et déverse sa propagande négationniste et antisémite.

Memorial 98





A suivre les affaires de négationnisme de loin, on pourrait croire qu'en France, celui-ci est durement réprimé. Dans la presse, on apprend en effet le 17 juin que Vincent Reynouard, néo-nazi archi-récidiviste (qui figure sur la photo ci-contre) vient d'être condamné à une année de prison ferme. 

Seulement, Vincent Reynouard est libre et on ne sait où. Tout comme Boris Le Lay, autre néo-nazi condamné il y a quelques semaines, qui parait-il se serait exilé au Japon, d'où il insulte paisiblement et quotidiennement ses cibles par le biais de Twitter.

Surtout, le destin individuel de tel ou tel néo-nazi n'est pas la seule question, la principale étant tout de même la cessation de l'infraction, sans laquelle on voit mal à quoi sert un procès.
Or dés lendemain de l'audience, Reynouard publiait une nouvelle vidéo nommée " Fours crématoires à Auschwitz, la vérité" sur le compte You Tube à son nom. On y voit le négationniste se livrer à une sordide logorrhée filmée dans un four crématoire;  la logorrhée en question parle du "rendement" à Auschwitz qui ne pourrait pas correspondre à ce que les historiens en disent.

Le compte actuel de Reynouard est ouvert depuis depuis cinq mois. Le négationniste n'a même pas cherché à cacher son identité en l'ouvrant, et sur la douzaine de vidéos postées, la plupart des titres sont sans équivoque; ils tombent soit sous le coup de l'incitation à la haine raciale, soit sous le coup de la loi anti-négationnisme. Vincent Reynouard a plus de 4000 abonnés, et You Tube suggère même lorsqu'on va sur sa page, de s'abonner également à d'autres comptes dont celui de Boris Le Lay. La vidéo postée le 18 juin a été vue plus de 10000 fois. Elle est suivie de 496 commentaires dont l'immense majorité émane d'autres néo-nazis. 

Cette vidéo est notamment reprise, avec en exergue les mêmes phrases sur " le rendement à Auschwitz" par le site "La Flamme". Ce site est officiellement enregistré au nom d'Yvan Benedetti, dirigeant de deux organisations dissoutes, l'Oeuvre Française et les Jeunesses Nationalistes. Le site La Flamme est consacré à l'apologie détaillée du néo-nazisme et du fascisme, et l'on y trouve quasi-quotidiennement des récits hagiographiques sur tout ce que l'Europe a porté de militantEs connuEs d'extrême-droite, d'assassins SS ou de milices nazies. Il est enregistré sur Internet en .fr., signifiant ici sa localisation dans le pays.

Chacun sait que les responsables politiques ont les moyens de mettre fin çà tout cela. Ainsi,  ces derniers mois, au moins 36 sites cités comme appartenant à la mouvance terroriste se revendiquant du djihadisme ont été fermés d'office par le gouvernement, et cela sans même qu'il y ait eu comme dans le cas Reynouard, des condamnations judiciaires préalables. You Tube n'a aucun problème à se livrer à la fermeture en temps quasi-réel de toutes les vidéos liées à cette mouvance, diminuant ainsi considérablement leur audience, même si évidemment d'autres comptes sont ouverts. 

Mais concernant le négationnisme, c'est la passivité qui prévaut: elle est flagrante dans le cas de Reynouard. En effet, il ne s'agit pas d'un néo-nazi inconnu, mais d'un individu parfaitement identifié, condamné plusieurs fois. On ne nous fera pas croire que l'existence de son compte You Tube ait pu passer inaperçue , ni d'ailleurs qu'un site comme La Flamme, animé par le dirigeant d'organisations dissoutes, ne soit jamais visionné par les services du Ministère de l'Intérieur. 

Dans ce contexte d'impunité , les procès intentés au négationniste produisent même un effet négatif. Ils le font connaître et sa propagande avec lui sans que les condamnations soient appliquées. Plus grave encore, tout ceci démobilise en ce qui concerne la lutte contre l'antisémitisme. En effet,  beaucoup de personnes sont persuadées que l’État investit une énergie considérable dans cette lutte, que les négationnistes sont réprimés avec une grande vigueur et qu'il n'y a donc nul besoin de prendre les choses en main. 

En réalité, la libre expression de l'antisémitisme et du négationnisme, si elle est formellement punie par la loi est parfaitement possible et est en pleine extension, même lorsqu'il s'agit de propagandistes identifiés et condamnés. 

Faire du bruit sur cette impunité reste donc le seul moyen de construire un rapport de forces qui la fera cesser. Et personne ne le fera à notre place.C'est dans ce cadre que Memorial 98 a organisé une campagne en direction de la banque de Reynouard afin que celle-ci cesse de servir de collectrice de fonds permettant au négationniste de régler ses amendes.

Voir aussi sur Memorial 98, notre article: Faurisson, un procès de pure forme ?

vendredi 19 juin 2015

Sarkozy escalade et imite Jean-Marie Le Pen.


Sarkozy escalade sans cesse, à un rythme vertigineux.
Après avoir lancé les duettistes Estrosi et Ciotti, puis Hortefeux et Eric Woerth sur les terrains de l'islamophobie et du droit du sol, le chef des "Républicains" apparaît directement sur le devant de la scène.
D'emblée, il se porte sur le terrain du Front National, à la fois sur le fond mais aussi dans la forme,  brutale et haineuse. Son attaque à sur "la fuite d'eau", à laquelle sont assimilés les migrants, représente un décalque des expressions de Jean-Marie Le Pen. D'ailleurs ce dernier s'en prenait il y a 2 mois, le 7 avril, dans Rivarol, au "torrent de l'immigration", après avoir invoqué le virus Ebola comme "solution". 
Alors que des migrants se noient dans les eaux de la Méditerranée et d'autres mers, cette situation évoque chez Sarkozy et dans l'extrême-droite des métaphores aquatiques violentes et vulgaires. C'est le retour du refoulé, comme en son temps chez Hortefeux.

  Une fois de plus, en préparation des prochaines échéances électorales,  Sarkozy se jette  à corps perdu dans une tentative de récupération des électeurs et des thématiques du Front National. Il se sent conforté par les nouveaux succès des partis xénophobes dans d'autres pays d'Europe, comme lors des législatives au Danemark le 18 juin. Ainsi se met en place, une fois de plus, le cercle vicieux: les politiciens attisent la haine xénophobe puis se déclarent obligés d'y répondre favorablement. Le Conseil de l'Europe a plusieurs fois dénoncé cet engrenage. 
  
Les contorsions de Sarkozy sur le respect et la compréhension qu’il porterait aux électeurs FN sont parfaitement calculées et perverses.
Dans le document ci-dessous, on constate que depuis 2006 et sans doute même avant, sa tactique est identique : étaler sa compassion envers cet électorat frontiste et le flatter en approuvant ses choix.
C'est ce que montre cet extrait du livre « Les hommes d’Etat » de  Bruno Le Maire (alors ministre),  qui retrace le déroulement de la période 2006/2007, vue de l'intérieur du gouvernement : 
« …13 juin 2006, Villepin, alors premier ministre, reçoit à déjeuner Nicolas Sarkozy qui fait le point sur la situation politique ; ce dernier commente :
« Le Pen (alors JMLP) , en ce moment, il engrange. Il engrange un maximum. Moi, je dis jamais du mal des électeurs de Le Pen, jamais. Les électeurs de Le Pen, je dis toujours que c'est des victimes. Des victimes de quoi? J'en sais rien. Mais c'est des victimes. Pour nous, l'élection de 2007 se jouera sur les électeurs de Le Pen. On les prend, on gagne. On les prend pas, on perd...»

De 2007 à 2012 puis à 2017, la stratégie se répète et se recycle, dans une spirale sans cesse plus violente.
Dans ce but, Sarkozy n'hésite aucunement à contredire toutes ses déclarations précédentes sur le droit du sol qu'il disait vouloir préserver, voire sur la place de l'Islam.

 Les protestations indignées des porte-parole du PS contre Sarkozy  ne nous font pas oublier la manière dont sont actuellement traités les migrants et les Roms ainsi que le rejet par Hollande et Valls des "quotas" de réfugiés proposés par l'Union Européenne. Il s'agit en réalité d’équilibrer l'accueil des réfugiés et d'inciter certains pays dont la France à en prendre leur part. Ici aussi la gauche au pouvoir  devrait méditer l'échec des sociaux-démocrates danois qui ont couru après la droite radicale sur le terrain du durcissement du droit d'asile et ont perdu comme Jospin en son temps qui suivit la ligne de Chevènement  et fut éliminé de la présidentielle de 2001.

Plus que jamais les batailles contre le racisme, pour l’Égalité des Droits, pour la solidarité avec les réfugiés, demeurent d'une actualité brûlante.


mercredi 17 juin 2015

Solidarité avec les réfugiés, des milliers de manifestants à Paris (Vidéo)


FREEDOM !

Des milliers de personnes sont venues manifester mardi 15 juin,  avec les migrants pourchassés depuis l'évacuation policière du camp de la Chapelle.

Ensemble pour la liberté de circulation et d'installation, les manifestantEs ont été confrontés à un déploiement policier hallucinant

Mais la manifestation, applaudie par de nombreux passants et habitants solidaires, a continué jusque dans le métro et à l'arrivée sur le camp des jardins d’Éole, où la solidarité concrète s'organise de manière impressionnante.

DES PAPIERS POUR TOUS !
L'égalité ne se divise pas.

mardi 16 juin 2015

Reims: notables néo-nazis, champagne et trafic d'armes à l'ombre du FN

Lors des dernières élections municipales de 2014 à Reims, Thierry Maillard, candidat d'extrême-droite et libraire, proposait dans son programme de multiplier par cinq les effectifs de la police municipale locale et même de créer une brigade équestre contre l'"insécurité galopante".

Un an plus tard, c'est lui qui est interpellé pour trafic d'armes avec cinq de ses kamarades. Les dits camarades ne sont pas de jeunes chômeurs mais des notables de la région, vignerons et commerçants.

Thierry Maillard est en effet une figure assez intéressante du fascisme ordinaire, qui rompt avec les clichés médiatiques sur les néo-nazis qui ne seraient que de "jeunes paumés marginalisés". Certes il a sa petite troupe de jeunes nervis avec lesquels il défile parfois dans les rues de Reims, avec des drapeaux à l'effigie de la croix celtique. Certes, c'est un proche de Serge Ayoub, comme lui pro-Poutine. 

Mais c'est aussi un homme très bien intégré dans le tissu de la bourgeoisie locale. A l'aune des révélations faites aujourd'hui sur le trafic d'armes, on relira avec intérêt un article de Libération daté de 2010, à une époque où le FN se préparait à élire Marine Le Pen comme présidente. Les médias présentaient alors cette élection comme une profonde mutation. Dans la brasserie où il est interrogé par le journal, Maillard est mis en scène avec toutes sortes de rémois respectables: négociants en vins, pimpants représentants de divers commerces de bouche, patrons de PME locales, la plupart se présentant comme d'ex-sarkozystes. Aux cantonales suivantes de 2011, porté par son réseau de la bourgeoisie locale, Maillard arrive en tête au 1er tour et fait 45% au second tour.

La presse le présente aujourd'hui comme "exclu" du FN pour avoir en 2011 toujours, pour avoir publié une affiche reprenant de la propagande visuelle des Jeunesses Hitlériennes. Mais la réalité est un peu plus complexe que cela.

En effet, à la suite de la polémique suscitée par cette affiche, Maillard a bien été exclu du Front National... mais pour quatre mois seulement, comme le rappelle un article de 2012 de la presse locale. Cette exclusion minimale éclaire la stratégie de prétendue dédiabolisation de l'époque: dans ces années là, à chaque fois qu'un membre du FN est mis en cause pour ses sympathies néo-nazies, Marine Le Pen condamne et gesticule devant les médias ravis, qui constatent que le FN "rompt avec ses vieux démons". En réalité les exclusions sont temporaires, mais suffisantes médiatiquement, puisque l'immédiateté de l'actualité l'emporte sur le suivi et les enquêtes de fond.

En réalité, Maillard a quitté le FN de son propre chef et dans des circonstances qui démontrent qu'il n'y a pas les vilains néo-nazis d'un côté et le respectable FN de l'autre. En effet, c'est avant les législatives de 2012, que Maillard et ses amis officialisent la rupture. Ils estiment alors  que les investitures locales sont tronquées, et qu'il est suicidaire pour le FN de présenter Pascal Erre, dont le fils a fait les gros titres de la presse locale.....pour ses tatouages à la gloire du national-socialisme. Ce sont donc des affrontements de pouvoir qui opposent Maillard, longtemps membre de l'Oeuvre Française et la famille Erre et son rejeton néo-nazi, pas des questions de fond. 

 C'est à la suite de cet affrontement que Maillard, n'ayant pas obtenu l'investiture aux législatives, quitte le FN de son propre chef pour monter son propre groupe "Reims fait Front". 

Il n'en reste pas moins un représentant assez typique de l'extrême-droite française avec son réseau de commerçants et de chefs d'entreprise, et sa violence assumée. Au fil des dépêches de presse locales, on entend parler de Maillard lorsqu'il met son poing dans la figure d'un élu PS en le traitant de "sale PD", ou lorsqu'il comparaît pour outrage après avoir traité une fonctionnaire de la sous-préfecture de "grosse pute". 

Après l'interpellation et l'incarcération dans le Nord de Claude Hermant, ancien membre du DPS ( le service d'ordre du FN) et probable indicateur de police, les arrestations de Maillard et de ses amis , de nouveau pour trafic d'armes dessinent  l'ombre inquiétante d'une active mouvance néo-nazie. Celle-ci, loin de la marginalité souvent mise en avant est plutôt bien intégrée, non seulement dans la sphère de l'extrême-droite parlementaire, mais également dans la société.

Car Thierry Maillard n'était pas un marginal conspué et ostracisé, mais un homme qui il y a à peine cinq ans a manqué de 5% la victoire à une élection locale, en tant que  candidat d'un parti (le FN) désormais intégré dans le jeu démocratique.

lundi 15 juin 2015

Madrid: un élu de la nouvelle municipalité a tenu des propos antisémites. Dehors!

Guillermo Zapata, élu à la municipalité de Madrid avec Manuela Carmena, tête de liste de la coalition citoyenne soutenue par Podemos, doit être mis à l'écart après ses messages antisémites postés sur son compte Twitter en 2011 et 2014.

Parmi ses messages polémiques, un tweet diffusé le 31 janvier 2011 et qui reprend un grand classique négationniste et antisémite : "Comment mettre cinq millions de juifs dans une Fiat 600 ? Dans le cendrier" ainsi que d'autres "plaisanteries" abjectes visant notamment une victime de l'ETA. Il n'y a aucune justification à laisser en place un tel individu qui salit l'espoir né de la victoire contre la vieille droite post-franquiste.

 Le conseiller municipal rattaché à la culture et aux sports de la ville de Madrid a présenté ses excuses avant de fermer son compte Twitter, explique la radio Cadena SER. Il se défend d'être antisémite mais se positionne comme un "humoriste" : "J'ai toujours aimé l'humour noir et cruel", car "je considère comme une expression saine de se moquer des horreurs commises par nous, les êtres humains", a-t-il expliqué.
Il prétend maintenant qu'il avait mis en ligne ces propos il y a quatre ans "entre guillemets parce qu'ils entraient dans le cadre d'une discussion sur les 'limites de l'humour'", qui avaient été vivement débattues en janvier et février 2011 en Espagne.
Le débat était à l'époque né du limogeage par le journal El Pais d'un réalisateur, Nacho Vigalondo, après plusieurs tweets négationnistes et antisémites, eux aussi présentés comme "humoristiques".  Guillermo Zapata entendait ainsi défendre son ami Vigalondo.
"A présent, certains de ces tweets écrits dans ce contexte, celui d'une conversation sur l'humour noir, ont été récupérés dans le but d'être présentés comme si ces idées étaient les miennes, alors que je ne les défends absolument pas", écrit Guillermo Zapata. Et de plus, pour rajouter encore aux stéréotypes des antisémites pris en flagrant délit, il dit avoir toujours été "intéressé par la culture juive". Quatre ans après ses propos et à veille d'être nommé adjoint à la Culture, il s'excuse opportunément:
"Je condamne fermement tout type de racisme et évidemment également l'antisémitisme. J'estime que de l'Holocauste juif découle une leçon que l'humanité ne devrait jamais oublier, pour que cela ne se reproduise jamais".

Manuela Carmena semble hésiter  La maire n’exclut pas de destituer Zapata, mais elle ne s’est pas encore prononcée de manière définitive. Elle a ainsi déclaré fort justement que " l'humour noir ne peut pas être cruel selon moi ni faire du mal,  se disant inquiète de l'attitude que peut avoir face à "l'humour noir", une personne en qui j'avais confiance..." . Mais elle a toutefois précisé n'avoir pas encore pris sa décision, après un bref entretien téléphonique avec l'intéressé dimanche 14 juin. Je dois parler avec Guillermo demain et réfléchir à ce que je dois faire (...) savoir ce qu'il pense vraiment..."
Certains de ses proches ont quant à eux dénoncé “une campagne féroce pour délégitimer une équipe disposant d’un fort soutien populaire”. Ceux-là préparent sans doute déjà une mise en cause d'un "lobby juif", suite à la demande légitime de la communauté juive espagnole adressée à la maire pour exiger la démission de Zapata ou le limoger immédiatement.

Pour nous il est clair que des racistes, des antisémites, des islamophobes, des "humoristes cruels" n'ont pas leur place dans des responsabilités publiques, particulièrement dans une équipe issue du mouvement social et qui veut rénover la gauche.

Post-scriptum: Manuela Carmena a tranché et dans le bons sens, Guillermo Zapata ne sera pas adjoint à la Culture dans son équipe municipale.   
  

Sous le règne Front National à Mantes-la -ville: le maire organise la délation.

Voisins vigilants et chemises jaunes...

M. Cyril Nauth, maire Front National de Mantes-la-Ville (78) semble vouloir mettre en place un nouveau dispositif dénommé " Voisins Vigilants". Une réunion publique est prévue à son initiative dans la salle du Conseil Municipal vendredi 19 juin à 19h (voir affiche ci-dessous).
Penchons nous de plus près sur ce projet:
I. Qu'est ce que "Voisins Vigilants"?
Voici le site internet des Voisins Vigilants [1] tel qu'il se présente:
Sécurité par des "étiquettes dissuasives": on a la solution miracle, des étiquettes jaunes empêchent les cambriolages, une vraie révolution scientifique! Je vais leur demander de créer des étiquettes à coller sur le front de mes élèves pour qu'ils apprennent tout direct, sur ma banque pour ne plus être à découvert. Bref les étiquettes révolutionnent la société, que n'y avons-nous pas pensé avant ?
Convivialité et entraide: on n'a pas attendu ce dispositif pour se parler entre voisins, s'entraider, faire la fête.
Mais allons regarder les mentions légales du site:
VoisinsVigilants.org est édité par l'entreprise Voisins Vigilants.
Voisins Vigilants
45 Rue Joliot Curie, Hôtel Technologique
13382 MARSEILLE CEDEX 13
France
support@voisinsvigilants.org
04 91 11 88 52
SARL au capital de 10 000 €
Identifiant SIREN : 801 922 980 R.C.S MARSEILLE
n° de TVA intracommunautaire FR75801922980
Le directeur de la publication est Thierry Chicha
Il s'agit donc d'une entreprise. Je n'ai pas fait éco au lycée, mais il me semble qu'une entreprise est là pour faire des bénéfices.
 Le site Rue 89 a fait quelques recherches [2] :
A. Les dispositifs mis en place dans différentes prennent la forme d'une association entre habitants et mairie mais sans association de l’État, sans la Police Nationale ou la Gendarmerie. Il s'agit donc d' un dispositif très flou guidé par les volontés de la mairie. Quand on habite une ville FN ça pose déjà l'idée. Les chemises brunes risquent vite de virer au jaune pisseux..
B. Voisins Vigilants est une marque déposée, les affiches, autocollants, panneaux sont donc bien payants, le kit de démarrage est gratuit, système marketing qui n'est pas nouveau. Le FN l'a d'ailleurs particulièrement utilisé en l'imposant à ses candidats à des élections locales, ce qui lui vaut actuellement plusieurs procédures judiciaires.  L'entreprise fait donc des bénéfices, mais dans la solidarité, l'entraide et tout hein! N'allez pas vous méprendre.
20 475 euros en 2013 , soit 10 fois plus que l'année précédente.  Le panneau moche, la peur irrationnelle des gens semblent vraiment faire recette....
C. "Voisins Vigilants" utilise sur sa page des chiffres du Ministère de l'Intérieur mais d'une manière qui entretient le flou. On finit par ne plus savoir qui travaille avec qui et même la Gendarmerie a reconnu s' être fait  manipuler en relayant une fausse info de Voisins Vigilants qui prétendait que les cambrioleurs tracent des signes à la craie pour repérer leurs proies [3] Le site Hoaxbuster a démonté rapidement cette vieille rumeur à visées racistes, mais les hoax du net ont la vie dure.
II. Comment sont nés les dispositifs de "Voisins vigilants/ citoyens attentifs" et autres jolis noms?
En France, le dispositif de participation citoyenne est issu d'une circulaire de 2011 de Claude Guéant [4] , alors Ministre de l'Intérieur sous Sarkozy, et s'inspire du concept de "Neighborhood watch" (en anglais surveillance du voisinage ). La circulaire a été critiquée par la juriste Geneviève Kouby qui compare ce dispositif à la délation, et qui écrit :
« La circulaire du 22 juin 2011 commande le développement des « actions partenariales » dans le but de faire entrer la « population » dans les mécanismes des politiques de sécurité — et sans doute ainsi pallier aux dysfonctionnements d’un service public atteint par la réduction des effectifs. En matière de sécurité et de lutte contre la délinquance, la participation sollicitée revêt un caractère spécifique qui confine à l’appel à la délation, à la culture de la dénonciation — plutôt qu’à celle du témoignage…
(...)
De fait, cette circulaire signe l’échec des politiques de sécurité menées depuis quelques années ; elle est un des indices des revers de la « guerre » engagée contre les délinquants par les pouvoirs publics . En quelque sorte, après en avoir appelé à une implication plus intensive de la part des collectivités territoriales, le ministre de l’intérieur se trouve ici contraint de se référer à la population…
(...)
Ces personnes volontaires seront les « citoyens vigilants » qui, en voisins, joueront les rôle de gardiens d’immeuble, de veilleur, d’agent de sécurité, etc. Mais aussi, elles seront amenées à signaler les comportements « suspects », les faits « anomaux1 », les hiatus dans l’ordinaire qui assure de la norme »
 On est donc bien loin de l'aspect de convivialité et d'entraide dont veut nous faire rêver l'entreprise Voisins Vigilants...
 La Ligue des Droits de l'Homme s'inquiète rapidement [5] :
« Nous connaissons bien les exemples anglo-saxons. Et nous en connaissons les dérives. Le risque, c’est de voir des personnes, même bien intentionnées au départ, commencer à faire régner leur loi dans leur quartier. Le chevalier blanc peut très bien se muer en chevalier noir et devenir un problème. De tels comités, en outre, vont attirer les Zorros et les va-t-en-guerre, ainsi que des membres de groupes d’extrême droite.» " ( Patrick Lecoq)
 L’extrême-droite est à la mairie, il est prévu d'installer des caméras de vidéo-surveillance ( notons que presque tous les candidats de la dernière municipale les annonçaient , d'étendre la Police municipale. Effectivement, il ne manque plus qu'une milice à Mantes-la-Ville...
III. Actions et premiers bilans de Voisins Vigilants:
A Nogent-sur-Seine (94) [6] , où ce dispositif est en place, les riverains s'étonnent que le système ne fonctionne pas, que tout le monde ne tienne pas son rôle, bref, la milice ne s'organise pas comme dans leur rêve. Et un habitant du quartier pavillonnaire local craint que sa ville ne ressemble à Chicago. Oui, il a des volets à changer après un cambriolage,  quelle horreur....
Ne cherchez pas le rapport avec le Chicago d'une certaine époque, je ne l'ai pas trouvé non plus. Il y a  ainsi des gens qui aiment se faire peur mais qui manquent d'un certain sens de la réalité.
L'article concernant Nogent  nous explique aussi que les riverains s'engagent à prévenir lorsqu'une "voiture suspecte" passe dans le quartier.. Une voiture suspecte qui se définirait de quelle manière? Plaque d'immatriculation inconnue dans la rue? Couleur moche? Enfant non attaché? Ah non pardon, "suspecte" veut sans doute dire "bande de jeunes à l'air patibulaire" Ça va être sympa la délation dans la convivialité avec Voisins Vigilants et une mairie FN!

A Lompret [7], près de Lille, policiers et gendarmes s'inquiètent des dérives et se méfient  car les habitants se sentent investis d'une mission, ne voyant pas toujours la différence entre vigilance et atteinte à la vie privée.
Ailleurs, on s'interroge aussi [8] sur les tenants et les aboutissants de la mise en place des Voisins Vigilants. Ce ne sont que quelques exemples parmi d'autres. Internet fourmille d'articles de blogs et de journaux sur ce système qui laisse craindre des dérives, isolées parfois, mais aussi entretenues par le flou de l'entreprise Voisins Vigilants et par les mairies qui jouent de la peur des citoyens qui au lieu d'aller vers les personnes se renferment derrière leurs volets et une surveillance basée sur le mot "suspect".

Citons pour conclure le commentaire d'un internaute favorable à ce système: :
" [....] pour moi les dérives ce sont tous ces délinquants qui se promènent librement, tous ces jeunes qui deviennent des voyous, ceux qui se font arrêter des dizaines de fois et sont libres!!!!!! Tout cela au nom de la liberté!!!!!!Ceux qui n'ont rien a se reprocher ne craignent rien!!!!" [9]

Et oui, on parle pour ceux qui n'ont rien à se reprocher. L'argument est tellement grossier qu'il fait mouche et la boucle est bouclée. Après les caméras de surveillance qu'on appelle de "tranquillité" pour faire bien, après la loi sur le renseignement du "tous fichés mais c'est pour notre bien" [10] , voici que les citoyens sont heureux d'aider à se surveiller et à se dénoncer les uns les autres.
Au milieu de tout cela on oublie un anniversaire de taille: le superbe roman "1984"  de Georges Orwell, anticipation d'un monde sous surveillance généralisée,  est paru il y a pile 66 ans.

Le 15 juin 2015 par Aude Schneider; voir le groupe Facebook Anti-FN Mantes-la-Ville Vigie Solidarité https://www.facebook.com/groups/1380452855573881/?__mref=message_bubble

Sources:
1. Le site Voisins Vigilants:
http://www.voisinsvigilants.org/
2. Rue 89 et l'entreprise "Voisins vigilants":
http://rue89.nouvelobs.com/…/saviez-voisins-vigilants-est-e…
Ainsi que la circulaire en PDF:
http://rue89.nouvelobs.com/…/voisins-vigilants-gueant-veut-…
3. Voisins Vigilants, les rumeurs et la Gendarmerie:
http://www.metronews.fr/…/a-partager-ca…/mndC!t1vXRncw47azE/
4. La circulaire de Claude Guéant:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Surveillance_de_voisinage
5. la Ligue des Droits de l'Homme s'inquiète:
http://cqfd-journal.org/Voisins-vigilants-mais-qu-est-ce
6. A Nogent-sur-Seine:
http://www.lest-eclair.fr/…/apres-deux-cambriolages-les-voi…
7. A Lompret:
http://www.lavoixdunord.fr/…/citoyens-ou-voisins-vigilants-…
8. A Marseillan on se pose aussi des questions:
http://marseillanthau.canalblog.com/…/2…/07/25/24770877.html
9. La justification de l'internaute:
http://www.lejsl.com/…/voisins-vigilants-laisse-la-porte-ou…
10. Loi sur le renseignement:
http://mobile.lemonde.fr/…/la-loi-sur-le-renseignement-expl…

dimanche 14 juin 2015

Irlande du Nord: grande mobilisation en faveur du mariage pour tous.

Mariage pour tous: l' exemple de la République d'Irlande encourage la mobilisation en Irlande du Nord.
20000 personnes, soit dix fois plus de manifestants qu'attendu,  ont défilé à Belfast, le samedi 13 juin 2015. L'association "Rainbow Fund, qui défend les droits des LGBT nord-irlandais,  se félicite de ce succès dans un pays qui compte moins de 2 millions d'habitants et dans lequel les différentes Églises disposent encore d'un poids considérable. Un rapide calcul montre que la manifestation de Belfast correspondrait à 600 000 personnes en France.
Trois semaines jour pour jour après le « oui » massif des Irlandais au référendum sur le mariage homosexuel, leurs voisins nord-irlandais ont manifesté en nombre, à Belfast. Le Parlement d’Irlande du Nord a déjà pourtant rejeté à quatre reprises la légalisation du mariage gay.
Le mariage pour tous… dès maintenant,  réclamaient les manifestantEs!. Il s'agit  d'une mobilisation exceptionnelle et inattendue, directement encouragée par la grande victoire populaire dans la République d'Irlande voisine. L'homophobie et la discrimination ont subi une défaite conséquente. 

Ainsi une manifestante déclarait aux reporters  ne pas comprendre pourquoi les homosexuel(le)s de son pays ne sont pas logé(e)s à la même enseigne que ceux d’Angleterre, d’Écosse ou du pays de Galles : « En Irlande du Nord, on est en arrière des autres pays. Ça a changé en Irlande du Sud, c’était fantastique. Alors j’espère que nous aussi on peut avoir ce droit, pour tout le monde."
La pression est maintenant forte sur le Parlement d'Irlande du Nord. De plus, un couple du même sexe,  marié en Angleterre a récemment demandé à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) que son union soit légalement reconnue en Irlande du Nord. La décision devrait être connue dans les prochaines semaines. 
Au lendemain de cette mobilisation nord-irlandaise qui  représente un coup d éclat, on ne peut oublier à quel point la hiérarchie catholique française ainsi que les intégristes et toute la droite et l'extrême-droite ont réussi ici à instrumentaliser cette question. On pense aussi aux engagements de Sarkozy envers les groupes issus de cette radicalisation réactionnaire consistant, s'il revient au pouvoir en 2017,  à annuler le mariage pour tous.     

 

samedi 6 juin 2015

Le centenaire du génocide des Arméniens et les élections en Turquie

Les yeux sont tournés ces jours-ci vers la Turquie. 
Les élections législatives de ce dimanche 7 juin détermineront l’avenir du président turc Recep Tayyip Erdogan, élu à ce poste le 10 août 2014, après avoir été Premier ministre pendant 12 ans. Son régime avait débuté sous des apparences « réformatrices »; il s’agissait alors de chasser de sa place la vieille élite kémaliste (du nom du fondateur de l’État turc moderne Kemal Atatürk), nationaliste et se réclamant d’une laïcité d’État autoritaire. Il a à son tour adopté une orientation de plus en plus autoritaire et idéologique, au cours des dernières années. La question est de savoir si son parti, AKP (« le Parti de la justice et du développement ») disposera ou non d’une majorité en sièges, voire d’une majorité des deux tiers qui lui permettrait de modifier la Constitution à sa guise et notamment d'instaurer un régime présidentiel. Ce résultat  décidera des marges de manœuvre du « Sultan » Erdogan.
La fin de la campagne électorale est particulièrement  tendue et le pouvoir est sans doute à l’origine de  l’attentat qui a fait plusieurs morts lors du dernier meeting de la coalition HDP dans la grande ville kurde de Dyiarbakir, le vendredi 5 juin. 
"Nettoyer le campement c'est être complice du génocide"
Un point sur lequel la conduite des pouvoirs publics turcs est attentivement observée concerne en cette année du centenaire des débuts du génocide arménien, ses rapports avec ce « passé qui ne passe pas », expression forgée en Allemagne en 1986 dans le débat relatif au passé nazi du pays. Le génocide des Arméniens a débuté, le 24 avril 1915, par la rafle, la déportation et l’assassinat de plusieurs centaines d’intellectuels arméniens à Istanbul (alors Constantinople et capitale de l’Empire ottoman), prélude à l’adoption officielle d’une "Loi de déportation" des Arméniens en date du 27 mai 1915.
Cette année, le 24 avril 2015 marquait donc une date de commémoration extrêmement importante. En toute logique, elle a été marquée par un grand rassemblement commémoratif à Erevan, capitale de la République d’Arménie (ex-république soviétique), auquel ont assisté entre autres les présidents français et russe.
Or, Erdogan a choisi cette même date pour organiser un autre événement, cherchant ainsi à allumer un contre-feu. Il convia des chefs d’État et de gouvernement de la planète entière à Gallipoli (Gelibolu), une petite ville située sur le détroit des Dardanelles, passage maritime entre la mer de Marmara et la Méditerranée. C’est là que s’est déroulée, entre février 1915 et janvier 1916, la « bataille des Dardanelles », opposant les troupes de l’Empire ottoman membre de la Triple Alliance, à celles de l’Entente. Il n’y avait pas de raison précise de fixer cette commémoration à la date précise du 24 avril car la bataille s’est déroulée sur plusieurs mois. Mais il s’agissait bien de chasser de l’agenda officiel turc, et dans la mesure possible de celui d’autres pays, la date rappelant le début du génocide arménien. Seul le prince Charles (GB) et les chefs des gouvernements d’Australie et de Nouvelle-Zélande – pays qui avaient participé à l’effort de guerre britannique de l’époque – ont répondu positivement à l’invitation de la présidence turque. A cette même date, Erdogan a officiellement déclaré qu’il « partage(ait) la douleur des Arméniens », tout en restant fidèle à la thèse officielle de l’État turc qui veut, tout au plus, reconnaître des « tueries mutuelles » , mais en aucun cas un massacre planifié et visant à éliminer un groupe humain entier, femmes, enfants et vieillards compris. Son chef de gouvernement, Ahmet Davutoglu, se plaignait d’une prétendue campagne contre la Turquie, émanant de tous ceux et toutes celles qui continuent à évoquer un génocide programmé. En même temps, pour la première fois, un ministre turc, Volkan Bozkir, participa à une messe commémorative organisée dans l’Église du Patriarcat arménien, à Istanbul, en parlant d’ « événements graves », mais pas directement de génocide. Cent ans après, le négationnisme de l’État turc persiste donc.
"Le génocide dure !"
Des intellectuels turcs ont tenu des manifestations commémoratives, le 24 avril dernier, notamment devant la gare de Haydarpsa à Istanbul, d’où partaient les victimes des premières déportations. Mais des nationalistes turcs déposèrent, à la même date, des gerbes noires devant les lieux de rédaction du journal arménien « Agos », à Istanbul, en prévenant par Facebook : « Une nuit, nous serons chez Agos’ ». Une menace ouverte, s’agissant du lieu où fut assassiné en janvier 2007 le journaliste Arménien Hrant Dink (voir plus loin à son propos)  .
Un autre événement, qui dure encore au moment où nous bouclons ces lignes et attendons les résultats des élections législatives turques, permet de mesurer le rapport de la Turquie actuelle – pouvoirs publics et société – à son passé et au génocide des Arméniens.
Depuis plus d’un mois dure à Tuzla, quartier asiatique d’Istanbul situé au sud-est de la métropole, l’occupation d’un lieu symbolique cher à la population Arménienne vivant actuellement en Turquie. Un lieu promis à la destruction par les pouvoirs publics et qu’il s’agit de sauver.
En 1962, l’Église arménienne avait acquis, sur ses fonds propres, un terrain dans ce lieu alors situé en extrême périphérie de la ville. Il s’agissait pour elle de disposer d’un endroit pour proposer un lieu de villégiature, mais aussi d’enseignement et d’éducation à des enfants arméniens, vivant dans la cour – étroite – d’une église arménienne dans le centre d’Istanbul. Ces enfants étaient des orphelins, confiés aux institutions ecclésiastiques arméniennes. Ils ne disposaient d’aucun lieu pour sortir des locaux exigus pendant l’été ou d’autres périodes de vacances. Les familles de ces enfants (en dehors de leur parents décédés ou dans l’impossibilité de s’occuper d’eux) étaient soit inexistantes, soit dispersées à travers le monde. C’était une conséquence directe du génocide, qui avait éliminé des familles entières et poussé les survivantEs à l’exil. Quand des familles survivantes vivaient encore sur la territoire turc, leurs membres craignaient d’afficher un lien avec la culture arménienne et dissimulaient leur appartenance à cette origine.
La seule possibilité , pour ces enfants, consistait à passer leurs périodes de vacances toujours dans les mêmes locaux réduits où ils séjournaient déjà toute l’année, ou à rejoindre des membres de leurs familles vivant dans l’exil ou cachant leur appartenance culturelle. La communauté arménienne, craignant que cela ne conduise à une rupture des liens de ces enfants avec leur culture d’origine soient définitivement décida ainsi de construire un lieu de repos et d’éducation spécifique.
"Que le campement arménien soit rendu aux arméniens !"
Sur le terrain, alors situé au milieu de nulle part en bordure de la ville, tout le travail de construction d’un foyer et d’une école reposait sur les enfants eux-mêmes et les quelques adultes qui les encadraient. Pendant des mois, des dizaines et des centaines d’enfants ont ainsi porté des outils, coupé du bois, creusé la terre, emporté du sable. Tout en faisant du sport et allant nager, s’amusant comme ils pouvaient.
Pendant une vingtaine d’année, le lieu a ainsi servi de centre d’éducation de foyer et d’école par lequel des milliers d’enfants arméniens sont passés. L’une des particularités de cette école est que le journaliste Arménien de Turquie Hrant Dink, dont l’assassinat en janvier 2007 à Istanbul a constitué un tournant politique important, a été l’un des élèves. Suite à son assassinat par un nationaliste turc, 100.000 à 200.000 personnes sont sorties dans les rues, à Istanbul, sous les slogans « Nous sommes tous Hrant ! » et « Nous sommes tous des Arméniens ! ».  Ce qui a contribué, de manière importante, a briser le tabou de la « question arménienne », et du génocide, au moins dans une partie de la société turque.
Mais l’école de Tuzla a cessé d’exister, en tant que lieu géré par la communauté arménienne, après une vingtaine d’années d’existence. En 1979, les pouvoirs publics s’étaient ravisés et avaient entamé un procès contre la communauté, propriétaire des lieux : ils exhibaient alors une loi datant de 1936, de la période du parti unique kémaliste. Ce dernier, représentant du nationalisme autoritaire et officiellement laïc, avait alors interdit aux institutions des minorités nationales et religieuses reconnues (arménienne, grecque et juive) de signer des contrats et des transactions sans posséder un agrément officiel. Agrément que, bien entendu, les autorités ne leur donnaient pas : la laïcité alors officiellement proclamée reposait, en même temps, sur la définition d’un peuple turc « normal » (correspondant à la majorité turque et sunnite), à l’exclusion de toutes les minorités.
Après quelques années de procès, en 1983 – la Turquie vivait depuis le 12 septembre 1980 sous une dictature militaire, la justice étatique trancha ainsi contre la communauté arménienne. Les tribunaux ordonnèrent la restitution des lieux au propriétaire initial, au même prix de transaction qu’en 1962, alors que le terrain était non bâti à l’époque. Entre-temps, une école de deux étages, un foyer d’habitation, un grand jardin arboré y avaient été créés.
Pendant une trentaine d’années, le terrain avait été laissé en friche. L’école et le foyer ne furent pas détruits, mais non entretenus, les locaux se dégradaient, et ils risquent aujourd’hui l’effondrement.
Au printemps 2015, apprenant que la destruction des lieux était désormais programmée car le quartier de Tuzla est entre-temps devenu chic et cher, des membres de la communauté arménienne ont investi les lieux. Courant mai, l’occupation des lieux a été organisée, réunissant une cinquantaine de personnes en semaine, mais attirant plusieurs centaines de personnes solidaires le week-end. L’auteur de ces lignes a eu l’occasion de se rendre sur les lieux, pendant le deuxième week-end de mai (voir photos). Plusieurs centaines de personnes avaient alors afflué vers l’école de Tuzla, rebaptisée « Camp (ou campement) arménien ». Les occupantEs et leurs soutiens avaient élaboré tout un programme : cours de langue arménienne, pièce de théâtre militante, concert le soir. Il y eut aussi un rassemblement avec de prises de parole, dont celles d’anciens élèves de l’école. La veuve de Hrant Dink était présente.
"Nous sommes tous des arméniens, nous sommes tous Hrant"
Les jeunes membres de la communauté arménienne membres du mouvement Nor Zartonk y étaient particulièrement actifs. En effet ces jeunes osent sortir désormais au grand jour et porter des revendications ce que ne pouvaient pas faire leurs aînés, traumatisés par le génocide et le climat nationaliste en Turquie. Ils y côtoyaient des intellectuelLEs turcs et turques, des militantEs politiques et des Kurdes. Certaines jeunes femmes dans l’assistance arboraient un foulard musulman, alors que d’autres participantEs étaient vêtus de T-Shirts portant des slogans de la gauche radicale. Le HDP (« Parti démocratique des peuples »), à l’origine  représentant les intérêts de la population kurde, a élargi son combat à la défense des minorités et des revendications démocratiques était aussi discrètement présent. Il est à noter que le HDP présente un candidat Arménien dans la région d’Istanbul et distribue des tracts en arménien.
Des slogans sur les murs proclamant (voir photos): « Nous sommes tous des Arméniens, nous sommes tous Hrant (Dink) » ornaient les lieux, aux côtés d’autres slogans militants, dont certains anticapitalistes. « Le génocide dure encore » était l’inscription d’une grande banderole au-dessus de l’entrée de l’école, une autre proclamant que « le Camp(ement) arménien doit être rendu au peuple arménien ».
Aux dernières nouvelles, le propriétaire actuel des lieux aurait formellement accepté, le 23 mai dernier, de les rendre aux institutions de la communauté arménienne. Mais la transaction n’a pas eu lieu jusqu’ici.
 Voir aussi la page Facebook des occupant-e-s et des personnes solidaires :

Bernard Schmid


jeudi 4 juin 2015

Squat à Rennes : coup médiatique et manifestations d'extrême-droite

Le blog Big Browser de la plateforme du journal Le Monde.fr offre avec l'article "Maryvonne contre les squatteurs : émoi et intox" un très bon résumé d'une des plus grosses réussites médiatiques de l'extrême-droite de l'année: ou comment une propriétaire qui laissait une maison vide depuis douze ans et n'avait même pas entamé de procédure contre des jeunes qui l'avaient occupé depuis deux ans est devenue une victime sans défense et abandonnée de tous dans la presse et à la télé.

Beaucoup de choses sont exemplaires dans cette affaire: la reprise pure et simple de la presse d'extrême-droite par les médias ordinaires, la droite qui relaie la campagne de l'extrême-droite et ses mensonges absurdes sur la possibilité légale de squatter le domicile de personnes parties en week end. Mais aussi le droit de manifester devant la maison laissé à des milices fascistes, dont les fameux Bonnets Rouges. Jusqu'ici l'extrême-droite avait réservé ces pratiques d'attaques directes aux immeubles réputés être occupés uniquement par des migrants ou des personnes d'origine Rom, elle a cette fois franchi un pas qui se reproduira.

Dans ce contexte, les peintures inventives, colorées et poétiques laissées dans la maison par les jeunes expulsés sont une réaction mesurée et même très gentille au regard de l'acharnement dont ont fait preuve le propriétaire et ses soutiens néo-nazis pour certains.
De toute façon, la propriétaire souhaite en réalité vendre et la maison sera finalement sans doute démolie dans le cadre du rachat.

lundi 1 juin 2015

Le néo-nazi Boris Le Lay enfin condamné à la prison ferme.

Actualisation du 22 avril 2016:

Le tribunal correctionnel de Brest a condamné le 21 avril Boris Le Lay à deux ans de prison ferme pour incitation à la haine raciale. En septembre 2015, il s'en était pris à une procureure du tribunal de grande instance de Quimper, dont il avait mis en cause l'origine africaine. Ce sera le troisième mandat d'arrêt lancé à l'encontre de Boris Le Lay. Sa précédente condamnation à 6 mois de prison ferme pour des motifs identiques, avait précisément été prononcée par le tribunal correctionnel de Quimper, en mai 2015 pour sa diatribe raciste contre le sonneur bigouden Yannick Martin mais n'a pas été exécutée, pas plus que les autres. Boris Le Lay est supposé vivre au Japon et échappe donc à ses peines.



Memorial 98
   


Bonne nouvelle: le "blogueur" raciste, antisémite et islamophobe Boris Le Lay a été condamné à une peine de prison ferme pour des injures à l'égard d'un musicien noir. Sa condamnation est intervenue le jeudi 28 mai devant le tribunal correctionnel de Quimper, qui l’a reconnu coupable de "provocation à la discrimination raciale" et lui a infligé six mois de prison ferme. Il était poursuivi pour avoir attaqué un musicien d'un orchestre traditionnel breton en raison de la couleur de sa peau, dans une vidéo mise en ligne sur son blog en juin 2013.
Ce multi-récidiviste à déjà été condamné à de très nombreuses reprises pour ses diatribes mais il a toujours échappé à une peine ferme, comme le montrent quelques exemples que nous décrivons ci-dessous. Il relevait jusqu'ici du régime de tolérance dont jouissent aussi Soral et Dieudonné,  également habitués  aux amendes et autres peines avec sursis, ainsi que ceux qui commettent des crimes relevant de l'extrême-droite. Le Lay bénéficie évidemment du soutien constant de Soral et Dieudonné, notamment pour ses publications antisémites. A titre d'exemple de celles-ci, un texte publié en 2010 sur son sit,  présentait les Juifs comme étant "surreprésentés chez les violeurs et autres désaxés mentaux" et ayant une "nature exclusivement parasitaire et improductive". Ceci lui a valu uniquement une peine d'amende, en octobre 2014.

En mars 2014 La cour d'appel de Rennes avait  condamné Le Lay, à 16 mois avec sursis, pour incitation à la haine raciale, après des propos visant un militant du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et une candidate PS, noire.



Boris Le Lay

Le parquet avait requis un total de 16 mois de prison ferme et 20.000 euros d'amende contre lui, lors de l'audience en février de la même année pour cette affaire. 

En mars 2011, Le Lay s'était réjoui sur l'un de ses blogs de la mort accidentelle du président de la section du MRAP de Saintes (Charente-Maritime), Serge Goldberg. Ce dernier avait été happé par un train; Le Lay réclamait du "champagne" et la "Croix de fer" (décoration nazie) pour le conducteur du train. Il avait été condamné en juin 2014 à 12 mois de prison avec sursis.
Dans cette affaire, l'avocat général de la Cour d'appel avait requis huit mois de prison ferme et 10.000 euros d'amende, estimant nécessaire, à juste titre "d'en finir avec les peines d'avertissement, sans quoi il est à craindre que Boris Le Lay ne continue longtemps ses méfaits".
Mais la cour avait choisi de confirmer le jugement de première instance, l'assortissant simplement d'une condamnation à payer 1.000 euros à plusieurs associations comme le MRAP et la Ligue des droits de l'homme.

Dans une seconde affaire, pour laquelle il avait également fait appel, le néo-nazi avait été condamné en septembre 2014 à quatre mois avec sursis et 10.000 euros d'amende pour s'en être pris, toujours en mars 2011, à une candidate socialiste d'origine africaine aux cantonales, dénonçant les "souilleurs de notre peuple". Là encore, faisant valoir "le contexte, la gravité des faits et le comportement" du prévenu, le ministère public avait requis huit mois ferme et 10.000 euros d'amende, mais la cour d'appel avait confirmé le premier jugement, avec une condamnation à verser 700 euros à la victime.

Le "blogueur"  qui dit partager son temps entre la Bretagne et le Japon, ne s'est jamais présenté à une audience de justice. Ses sites, hébergés aux États-Unis, restent actifs en permanence. Au lendemain de sa condamnation de Quimper, il a publié une vidéo maintenant l'intégralité de ses propos et appelant une nouvelle fois à "résister à l'envahissement musulman"

La nouvelle décision de justice concernant Le Lay doit être appliquée et doit constituer un exemple et une jurisprudence à l'égard de ses acolytes, semeurs de haine et de violence.

MEMORIAL 98