jeudi 1 octobre 2015

Morano: petites sanctions de Sarkozy, complaisant et menacé de révélations.



Actualisation du 11 aout

Un secrétaire départemental Les Républicains (ex-UMP) de Meurthe-et-Moselle, soutien affiché de Nadine Morano, a suggéré sur les réseaux sociaux de "déporter" une femme voilée, en utilisant une référence au vocabulaire nazi. 
Ce responsable LR, nommé Jean-Pierre Arbey, a posté un commentaire sous une photo représentant une femme en bikini bronzant au premier plan et une femme voilée au second plan.
"Nacht und Nebel" ( Nuit et brouillard en français) était le nom de code des "directives sur la poursuite pour infractions contre le Reich ou contre les forces d’occupation dans les territoires occupés" lors de l'occupation nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale. En application d'un décret, il était possible de déporter en Allemagne toute personne "représentant un danger pour la sécurité de l'armée allemande". 
Ce terme est devenu un symbole des déportations sans retour mises en œuvre par les nazis, incluant l'extermination des Juifs. 
Le recours au vocabulaire nazi dans un contexte islamophobe mériterait à tout le moins une condamnation et une exclusion immédiates.
En son absence, c'est l'ensemble de la direction du parti LR qui est compromise.
Sans surprise, Morano  soutient et justifie la déclaration de son collaborateur et en rajoute à propos de la femme voilée: " Nuit et brouillard parce qu’elle est dans le noir, dans le brouillard. Ils se comportent comme des nazis. Elle, elle s’exhibe en colportant une idéologie terroriste..." 

Actualisation du 2 août

Dans la marée de déclarations racistes et islamophobe à droite, Morano s'est à nouveau distinguée par la violence de ses propos
Elle a notamment déclaré que la France était l’objet d’une « invasion massive arabo-musulmane ». « Je ne veux pas que la France devienne musulmane », a-t-elle ajouté, reprenant ouvertement une rhétorique lepéniste.

Memorial 98


Actualisation 27 avril 2016

Fin de la brouille et  réconciliation générale entre Sarkozy et Morano.
Selon le compte-rendu paru dans la presse Nicolas Sarkozy se justifie. Il explique à Morano qu'il n'avait pas d’autre choix que de lui retirer l'investiture. Il lui dit : Crois-moi sur parole, je ne pouvais pas faire autrement. Désormais, Nadine Morano relativise. Pour elle, sa relation avec Nicolas Sarkozy se résume en fait à une histoire de famille. Elle explique :
Avec Nicolas, je peux me brouiller, me réconcilier, me brouiller encore... C'est la famille..." 
En fait les intérêts communs de ces deux tenants d'une politique identitaire et xénophobe vont vers les thèmes du FN et vers la collaboration avec Poutine, comme le montre leur parcours commun analysé ci-dessous. 
Memorial 98

Actualisation du 1er octobre: Morano qui a créé au Parlement européen un lobby de soutien à Poutine officialise sa collaboration avec le régime russe et soutient évidemment Bachar El Assad (voir ajout dans l'article)

Actualisation du 5 octobre: Morano revendique maintenant le soutien de Brigitte Bardot! Entre racistes, on se comprend , voir nôtre article récent concernant Bardot

Actualisation du 10 octobre: une cartographie de ceux qui au sein de LR ont soutenu Morano (dont Copé, Alliot-Marie, Estrosi...)   ou se sont prononcés clairement contre elle.

A noter également le soutien de l'académicien et porte-parole réactionnaire et xénophobe Alain Finkielkraut qui déclare à son propos:" La chasse aux racistes est ouverte, il y a un raciste qui est dénoncé par semaine aujourd’hui... je constate que l’antiracisme est assoiffé toujours d’un nouveau gibier... "


Face au scandale grandissant, Sarkozy est contraint de faire mine de sanctionner Nadine Morano, après être resté silencieux pendant plusieurs jours. Mais la punition est en réalité fort légère: son retrait de la tête de liste des régionales à un niveau départemental n'empêchera nullement Morano de demeurer députée européenne. Surtout, cette mesure  évacue la vraie sanction à la hauteur de la gravité de ses propos télévisés et qui aurait consisté à exclure du parti Les Républicains, celle qui persiste et signe dans ses déclarations racistes et  anti-laïques.

En riposte et malgré la légèreté de la sanction, Morano menace de "dézinguer " Sarkozy si celui-ci se présente à la présidentielle.

De quelles éléments de pression dispose donc l'ancienne ministre et  porte-parole de l'UMP, nommée à tous ces postes par Sarkozy, justement pour adresser des signes au Front National,  alors même qu'elle avait déjà largement défrayé  la chronique par ses débordements provocateurs ?

Le domaine qui permet le chantage de Morano est en rapport avec les missions dont celle-ci a été chargée par Sarkozy en direction du Front National. Il ne s'agit pas seulement des différentes déclarations xénophobes dont elle est coutumière depuis longtemps, mais d'actions concrètes et documentées à l'égard du parti frontiste.

La première mission s'est déroulée lors de la présidentielle de 2007. Alors  que Jean-Marie Le Pen semblait rencontrer des difficultés pour obtenir les 500 parrainages d'élus nécessaires afin de pouvoir se présenter, Sarkozy a chargé certains de ses plus proches de lui  procurer ces parrainages venant de maires de son propre parti.  Il s'agissait pour le candidat UMP de manifester ainsi sa bonne volonté à l’égard du dirigeant du FN et de ses électeurs. Morano a participé  à cette collecte et s'est fait prendre la main dans le sac. Le Canard enchaîné, jamais démenti depuis, l’indiquait dans son édition du 11 Avril 2007 (voir fac similé ici) : "En Meurthe-et-Moselle, par exemple, Nadine Morano, en bon petit soldat, réunit des maires ruraux début mars (2007); “Nous étions cinq ou six à être désignés pour signer en faveur de Le Pen. Nadine nous a demandé d’envoyer nos parrainages non pas directement au Conseil constitutionnel, mais au siège du comité de soutien départemental de l’UMP. C’est elle, ensuite, qui les a emmenés à Paris raconte l’un d’eux"… » 
Morano n'a jamais assigné le Canard pour diffamation alors que les accusations du journal sont précises et graves.

Nous reposons donc la question: Nadine Morano a-t-elle été chargée par la direction de l'UMP et par Sarkozy de récolter des parrainages d'élus en faveur de Le Pen en 2007 et s'est elle acquittée de cette tâche, comme l'affirme le Canard Enchaîné ?  

Lors de l'élection présidentielle de 2012 Nadine Morano a été à nouveau chargée par Sarkozy de démarcher directement  les dirigeants et les électeurs du Front National. Dans ce but, elle a d'abord  donné une interview à la Une de Minute,  journal d'extrême-droite, antisémite et négationniste.
Elle n'était pas la seule dans ce cas: le distingué ministre Gérard Longuet fut aussi envoyé  faire la tournée des médias d’extrême-droite pour afin de proposer des accords électoraux avec le Front National.
Mais elle était de plus chargé de la partie télévisuelle; le 23 avril 2012 sur Canal Plus elle a, devant des millions de spectateurs, fait preuve d'une très intense complaisance à l'égard de Louis Aliot, numéro 2 du Front, au point de le solliciter et de le flatter.
Quelques jours plus tard,  à la veille des élections législatives  qui ont suivi la présidentielle, Morano été "piégée" par l'humoriste Gérard Dahan, se présentant comme Louis Aliot. Croyant parler au n° 2 du FN, elle avait affirmé sa disponibilité pour des magouilles de maintien ou retrait de candidats et manifesté toute sa sympathie pour Marine Le Pen. 

Ce sont là les éléments dont nous disposons et qui retracent les tâches confiées par Sarkozy  à Morano dans le domaine des relations avec le FN; on peut raisonnablement penser qu'il y a eu d'autres missions qui sont restées confidentielles et dont l'éventuelle révélation peut être utilisée  par Morano  comme une arme de dissuasion contre son donneur d'ordre.

Il peut aussi s'agir des relations avec Poutine puisque Morano a initié en juin dernier, au Parlement européen, un lobby de soutien au pouvoir russe nommé " Pour un nouveau dialogue avec la Russie". Elle vient d'ailleurs de déclarer aujourd'hui (1er octobre) à Moscou où elle participe, avec Marion Maréchal Le Pen, à une conférence de propagande poutinienne baptisée "Forum parlementaire international ", qu'elle invitait Poutine à intervenir devant le Parlement européen.
L'ancienne ministre déléguée a également salué les bombardements russes  en Syrie ((qui comme on le sait touchent l'opposition et des civils mais pas Daech)  en les liant à la question des réfugiés: "La première étape est de ramener la stabilité en Syrie pour que les populations déplacés puissent rentrer chez elles. On ne peut pas ramener cette stabilité sans avoir la Russie avec nous", a-t-elle déclaré, ne voyant pas d'autre "interlocuteur crédible en Syrie" que son président Bachar al-Assad. Morano  officialise ainsi son entrée dans le club des relais de Poutine, comme  le Front National, le député Les Républicains et raciste enragé Thierry Mariani et l'ex premier  ministre  Fillion, dont on a d'ailleurs pu noter qu'il avait été particulièrement modéré dans sa critique des propos racistes de l'eurodéputée.

Les déclarations racistes de Morano sont l'émanation de ce que son parti et les chef de celui-ci produisent au quotidien. Il est trop facile et faux de lui attribuer une forme de grossièreté particulière qui expliquerait la violence de ses propos télévisés. Le florilège ci-dessous le démontre amplement:

C'est Sarkozy qui s'est prononcé dès 1998 en faveur de la "préférence nationale", cœur de l'idéologie frontiste.

C'est Sarkozy qui a mené deux campagnes présidentielles dominées par les thèmes et les idées du Front National en 2007 et 2012 et qui en prépare une troisième encore plus sale en 2017 remettant notamment en cause le droit du sol.

C'est Sarkozy qui, au nom du refus de la "repentance", a boycotté des commémorations concernant le rôle de Vichy dans la déportation et l'entrée de résistantEs au Panthéon

C'est Sarkozy qui a créé un ministère de l"Identité nationale" et lancé un "débat" sur ce thème, avec d'ailleurs la participation enthousiaste de Morano, se réclamant alors  de l'écrivain nationaliste Maurice Barrès

C'est Sarkozy qui a stigmatisé les Africains "pas assez entrés dans l'Histoire"  

C'est Sarkozy qui a prononcé en juillet 2010 l'infâme discours de Grenoble, rempli de haine raciste à l'égard des Roms et brandissant la menace de déchéances massives de nationalité  

C'est Sarkozy qui a traité les réfugiés de "fuite d'eau" au moment même où des centaines d'entre eux se noyaient dans la Méditerranée

C'est Sarkozy qui s'est porté à la tête d'une campagne mensongère selon laquelle les musulmans menaceraient les Églises françaises 

C'est Hortefeux, proche conseiller de Sarkozy, qui a prononcé ces paroles immondes à propos des personnes d'origine arabe: "Quand il y a en a un, ça va... C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes!"

C'est Fillon qui a insulté la candidate à la présidentielle Eva Joly en mettant en cause sa nationalité française.

C'est Copé qui, parmi d’autres campagnes de haine, a mis en scène une histoire abjecte de "pain au chocolat

C'est Devedjian qui a tout récemment injurié à la fois les Arabes, les Juifs et l'Allemagne qui accueille des réfugiés.  

C'est Juppé qui a fait défoncer à coup de hache les portes de l'église Saint Bernard dans laquelle se trouvaient les sans-papiers grévistes de la faim de 1996.

Morano, particulièrement fautive, exprime au fond le message d'une droite qui court derrière le FN, valide ses thèses et le précède de plus en plus souvent.


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