lundi 20 février 2017

Olivier Sauton : Dieudonné et lui, prochain "spectacle " à venir ?

Sur l'autobiographie qu'il expose sur son site, Olivier Sauton , interprète de la "pièce à succès" "Luchini et moi" est très bavard sur certains de ses  mentors, Fabrice Luchini ou Jean-Claude Brialy. Très bavard aussi sur les théâtres et les scènes où il a joué. 

Manque pourtant l'une d'entre elles, le théâtre de la Main d'Or, et un de ses mentors, celui qui sans doute a le plus fait pour lui, Dieudonné. 

Du coup, c'est toute une partie de sa carrière qu'Olivier Sauton passe aux oubliettes. Son rôle dans "l'Antisémite", où il côtoyait Alain Soral et Robert Faurisson : un "film" en forme de pamphlet négationniste, homophobe et raciste. Il écarte aussi "Métastases",  autre morceau de bravoure du 7ème art fasciste, où il incarne la victime du complot des médecins qui profitent ignominieusement de son cancer . Olivier Sauton zappe également le temps où Dieudonné l'accueillait pour son one-man show " Au pays de Sushi", qui fera certaines soirées de la Main d'Or, entre deux meetings d'extrême-droite avec toute la mouvance antisémite et raciste française. 

Quelques années plus tard, Olivier Sauton est donc devenu une des étoiles montantes du théâtre français, par le biais d'une pièce " Luchini et moi", jouée au Théâtre de la Bruyère dont la promotion est assurée jusque sur BFM TV, mais a aussi eu des critiques élogieuses du Monde et de Télérama, et le prix du public du Off à Avignon. 

Et alors diront les "larges d'esprit" ? Pourquoi pas, pourquoi stigmatiser le compagnon de route d'un antisémite notoire, un acteur qui a joué dans des films d'extrême-droite et après ? Après tout Marine Le Pen est donnée en tête de la présidentielle, va-t-on continuer à stigmatiser l'art fasciste quand il sera demain peut-être bien financé par le Ministère de la Culture ?

Et alors, diront les défenseurs de la "liberté d'expression" et des pauvres racistes "persécutés" ? Olivier Sauton doit-il porter le poids de ses péchés passés ?

Et alors diront les amoureux de l'art dégagé de toute contingence politique, de quoi nous mêlons-nous, le public n'est-il pas assez grand pour juger ? 

Soit, encore faudrait-il qu'on l'informe , le fameux public. Or, très étrangement, Olivier Sauton n'est pas le seul à éluder son passé, au moins sur son site officiel. C'est le cas de tous les articles, de tous les sujets qui lui sont consacrés pour sa nouvelle pièce. Du Monde à Télérama en passant par BFM, on évoque bien son parcours, son admiration pour Jean-Claude Brialy, le cours de théâtre qu'il a suivi, ses apparitions dans des Festivals mais absolument rien sur sa période dieudonniste . 

Il serait bien difficile pourtant de l'ignorer, pour les journalistes qui font les rubriques culture: sa filmographie sur Allociné propose bien Métastases, et il suffit de taper "Au pays de Sushi" son premier one man show sur Google pour tomber sur un lien datant de l'époque où il l'a joué à la Main d'Or, avant de le reprendre aux Blancs Manteaux, théâtre dont la direction ne pouvait rien ignorer de la scène précédente où jouait Sauton. 

Bref, tout le monde sait, mais personne ne dit rien. Un silence éloquent, celui de la gêne devant l'antisémitisme et le négationnisme , un détail qui n'empêche pas Sauton d'être salué par une partie du  monde de la culture, mais un détail que ce même monde n'a pas envie d'assumer ouvertement. Ce qu'on ne dit pas ne se voit pas, et personne ou presque ne verra donc le gros coup de Typex appliqué sur la biographie d'Olivier Sauton dans les articles de presse. 

Tout le monde n'a pas la chance d'Olivier Sauton, chez les soutiens de Dieudonné: pensons à tous ces inconnus, ces moins que rien pas du tout artistes qui à l'époque où Sauton déblatérait des saloperies antisémites dans les films de Dieudonné, se sont retrouvés eux au tribunal pour avoir défendu le fasciste, et reproduit son salut fasciste, la trop fameuse quenelle. Il ne s'agit pas de plaindre des soutiens de l'extrême-droite, mais juste de mesurer une nouvelle fois le traitement social différencié entre le jeune fasciste de banlieue , surtout issu de l'immigration , qui bien souvent n'avait même jamais rencontré Dieudonné,et le comédien qui fut l'un de ses proches, de ses élèves et de ses obligés. 

Lui, n'est même pas sommé de s'expliquer, sans parler  d'excuses. Non pas que l'homme n'assume pas lorqu'une blogueuse, une seule,  l'interroge sur ce sujet. Certes il affirme que l'engagement de Dieudonné n'était pas le sien, qu'il est "apolitique", mais dans le même temps il affirme que Dieudonné a été sa grande inspiration. Que le politicien fasciste est "réellement sympathique", "tellement drôle", "l'un des meilleurs". 
Que lui reproche-t-il alors, aujourd'hui ? De s'être engagé avec "Alain Soral". Pirouette éculée de tous les antisémites prétendûment repentis qui mettent sur le dos de Soral, ce qui a toujours été aussi assumé par Dieudonné, qui n'a eu besoin de personne pour construire ce qu'il appelle des spectacles, mais qui ne sont qu'un alignement d'ordureries racistes, antisémites et homophobes. Et la pirouette est particulièrement grotesque dans le cas d'Olivier Sauton: celui-ci n'avait en effet pas les grandes préventions qu'il affiche contre les "politiques" lorsqu'il jouait dans l'Antisémite, avec Soral et Faurisson. 

Mais enfin, plus c'est gros plus ça passe. Et au fond, Olivier Sauton, en rendant hommage à Luchini, lui même grand admirateur de l'antisémite Céline,  ne fait que boucler la boucle d'une histoire française sans fin. 

Celle du vieil antisémitisme qu'on tolère fort bien dans tous les milieux sociaux, quitte à mettre entre parenthèses les saillies un peu trop vives de nos "grands artistes". Puisque Bagatelle pour un Massacre n'a pas empêché Céline d'avoir sa Pléiade, pourquoi l'Antisémite devrait-il priver Sauton des pages de Télérama et d'un prix à Avignon. 

On est indulgent et raisonnable dans ce pays, et si l'on a un peu de mauvaise conscience, il suffira de pointer du doigt le "nouvel antisémitisme", celui qui est porté par des jeunes certes pas du tout de chez nous, pas du tout influencés par notre belle culture.

Ce n'est pas comme si ces jeunes là n'avaient pas été des fans de Dieudonné, des assidus de ses vidéos, baignés depuis quinze ans dans la propagande sordide de cette mouvance, dont Sauton fut l'un des acteurs, dans tous les sens du terme. Non, non, ça vient d'ailleurs l'antisémitisme, surtout pas d'Avignon . Ou de chez Ruquier, chez qui Sauton , un jour proche sans doute sera interviewé par Yann Moix, qui lui aussi a été le compagnon de route des antisémites, mais de manière apolitique , parce qu'il étaient "sympathiques", sûrement. N'en faisons pas tout une Histoire. 
Seuls les antifascistes obsessionnels verront dans la première phrase du spectacle " Luchini et moi" « Il était une fois une histoire vraie qui n'a jamais existé.", un petit salut à ses amis Dieudonné et Faurisson. Chez eux , ça s'appelle une quenelle.

Mise à jour du 25 février 2017:

Suite à la reprise de nos informations par le site Conspiracy Watch, Olivier Sauton s'est senti contraint de réagir dans une réponse reproduite sur ce site

Nous y apprenons donc que nous serions "des FFI (résistants des Forces Françaises de l'Intérieur) de la dernière heure". Evidemment, il ne nous viendrait pas à l'idée de nous comparer avec les Résistants, mais nous notons tout de même que Monsieur Sauton s'identifie spontanément au camp adverse, celui des fascistes et des collaborateurs. Rappelons que notre collectif se consacre à la lutte contre tous les racismes depuis 1998 et que nous combattons Dieudonné et sa mouvance depuis qu'elle sévit, et que les premières déclarations objectivement antisémites de Dieudonné datent du tout début des années 2000 . 

Nous n'avons donc pas attendu la dernière heure, ce qui évidemment, nous amène à dénoncer, celles et ceux qui ont travaillé avec lui jusqu'à une date très récente et prétendent désormais que c'était "apolitique". Pour le reste, la déclaration de Sauton est typique chez les dieudonnistes, il dit : " C'est une erreur de croire que tous ses suiveurs, ses admirateurs sont de méchants négationnistes. La plupart sont avant tout de grands fans de l'humour dieudonnesque. C'est toute l'éternelle contradiction entre l'œuvre et l'homme. »".

L'humour "dieudonnesque", ce sont les chansons négationnistes, les mises en scène où Dieudonné abat des journalistes désignés comme Juifs, ce sont des films où Robert Faurisson joue son propre rôle, et des sorties homophobes, racistes et antisémites qui font des spectacles entiers.

 L'humour d'Olivier Sauton, ce sont ces tweets abjects qui ressortent suite à notre article :




Il y a évidemment des grasses plaisanteries d' "humour" fasciste comme il y a des œuvres d’écrivains  fascistes. Et ceux qui apprécient ou participent le reprennent à leur compte, et deviennent  ainsi des militantEs comme les autres. En le niant, tout en portant aux nues l'humour de Dieudonné, Olivier Sauton démontre au fond mieux encore que nous ne l'avons fait qu'il n'a pas changé.

Les antiracistes conséquents n'ont pas non plus de raison de changer, surtout lorsque l'excuse de l'humour devient la règle générale pour justifier son racisme et son antisémitisme. Dieudonné "plaisante", Mehdi Meklat "plaisantait", lorsqu'il postait des tweets violemment antisémites et homophobes sous pseudo, avant d'entamer une carrière réussie comme écrivain et chroniqueur. Bref, ne faisons pas d'histoires, tout le monde s'amuse ? Pas les victimes d'antisémitisme, en tout cas, qu'on assassine et qu'on tabasse dans la France contemporaine.
Merci à celles et ceux qui ont relayé notre article, et qui  auront contribué à rétablir les faits, et à dénoncer le silence complice qui règne malheureusement très souvent dans ce domaine.


Ces remerciements ne s'adressent pas au site raciste JSS News, qui a manifestement autant de problèmes de mémoire que Olivier Sauton. Nous avions en effet choisi de ne pas réagir à l'attaque lancée contre Memorial 98 par ce même site le 1er novembre 2016, suite à  un de nos articles sur le dessinateur d'extrême-droite Marsault. Nous avons alors estimé que le degré de bassesse des insultes  proférées notamment contre le fondateur de notre association, Albert Herszkowicz,  n'appelait rien d'autre que le mépris le plus profond. 
Mais il y a décidément des gouffres dont on n'atteint jamais le fond, dans certaines mouvances politiques: voilà qu'aujourd'hui, JSS News nous cite en une de leur article, comme si de rien n'était. Nous voilà donc contraints de rappeler que nous combattons tous les racismes et que nous n'avons rien à voir avec aucun d'entre eux, alors qu'ils ont tout en commun. 

MEMORIAL 98