lundi 20 mars 2017

Conférence avec Mourad Benchellali et Marie Peltier: « Le 11 septembre 2001, porte d'entrée dans le monde de la post-vérité ? »



 
Conférence avec Mourad Benchellali et Marie Peltier

« Le 11 septembre 2001, porte d'entrée dans le monde de la post-vérité ? »
Quinze ans après le 11 septembre, nous vivons toujours dans l'ère ouverte par les attentats mais aussi par les idéologies dévastatrices qui mêlent finalement les thèmes antisémites et islamophobes de la conspiration et celles de « la guerre des civilisations ».

L’élection de Donald Trump à la présidence a été soutenue dans le monde entier par les médias conspirationnistes les plus importants. Le directeur d’un de ces médias, Steve Bannon, joue un rôle crucial au cœur du pouvoir US.

Un nouveau vocabulaire se fait jour, porté par ceux qui ont fait métier de la dénonciation d'un prétendu « Système », terme nébuleux propre à toutes les théories conspirationnistes et stigmatisantes Ceux là sont désormais au pouvoir et propagent les mensonges qu'ils nomment  « « faits alternatifs », fake-news, post-vérité…
Les mensonges et manipulations complotistes sont émis en direct de la Maison-Blanche et du Kremlin, mais aussi par des candidat.e.s à la présidentielle en France

Le rôle de toutes celles et ceux qui veulent un autre monde que celui de Trump, Assad, Daech,  Poutine et Le Pen est de réapprendre à poser les bonnes questions et à chercher à y répondre. Pas seulement en paroles mais aussi en actes de solidarité.

Mourad Benchellali est aujourd'hui formateur en insertion professionnelle. Il fut, entre autres, détenu à Guantanamo après le 11 septembre. Il s’exprime là où on veut bien l'écouter et parle de son expérience qui n'entre pas dans les cases des récits tout faits, du repenti ou de l'ex-djihadiste. Un parcours qui aboutit aujourd'hui à une démarche de dialogue et de paix , une voix qui ne prétend pas imposer une seule voie. 
Le Piège de l'Aventure, Robert Laffont 

Marie Peltier est historienne et enseignante, auteure d'un ouvrage sur le complotisme
Elle travaille à déconstruire deux visions conspirationnistes et racistes jumelles: celle qui prétend que l’histoire du  monde est uniquement l'oeuvre de complots ourdis par des forces puissantes et obscures, qui finalement sont toujours les Juifs, et celle qui prétend qu'il y a bien un complot, le conspirationnisme lui-même. Celui-ci serait le symptôme de la « guerre des civilisations » en cours, l'arme des ennemis intérieurs de nos sociétés, les Musulmans, en dernier ressort. 

L’ère du complotisme, maladie d'une société fracturée



Conférence organisée par Memorial 98 : l'association MEMORIAL 98, qui combat contre le racisme, l'antisémitisme et le négationnisme, a été créée en janvier 1998, dans le cadre du centenaire de l'affaire Dreyfus. 
Son nom fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l'affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s'opposant à la propagande nationaliste et antisémite de l'époque.

Le 8 avril à 19h 
Salle Jean Dame
8, Rue Léopold Bellan
75002 Paris
Métro Sentier  ( L3)

Inscription obligatoire par mail: 98memorial@gmail.com


lundi 6 mars 2017

Pourquoi les super-héros n'ont il pas libéré Auschwitz ? Les comics et la Shoah


Depuis "Maus", l'idée que la Shoah puisse être évoquée et même être le sujet principal d'une bande dessinée n'a plus rien d'étonnant. Dans le même temps, à part Maus, aucun autre nom d’œuvre ne vient spontanément à l'esprit lorsqu'on cherche des BD évoquant le génocide commis par les nazis. 

Or l'extermination planifiée des Juifs par les nazis a marqué les esprits des artistes qui avaient choisi le mode d'expression de la BD tout autant que celui de ceux d'autres disciplines. Mais la BD reste un art de seconde zone au yeux de beaucoup et même si aujourd'hui on veut bien élever quelques auteurs au rang des écrivains ou des cinéastes, le reste de la production, tout comme c'est le cas pour la science-fiction, reste souvent ignoré des critiques, surtout en France. 

Ignoré des criques mais massivement apprécié par la population: et l'image de la Shoah retransmise par les auteurs de bande dessinée a joué  un rôle dans la construction de la mémoire collective. C'est donc à très juste titre que le Memorial de la Shoah a choisi d'organiser une exposition qui durera jusqu'au mois d'octobre "Shoah et bande dessinée" : elle explore des dizaines d'années de productions artistiques aux Etats Unis , en Europe mais aussi au Japon. 

L'exposition a notamment permis un évènement assez inédit: la présence pour une conférence de Chris Claremont, scénariste des X-Men. Il a choisi de faire d'un des héros les plus complexes et les plus appréciés de la série, Magneto, un survivant de la Shoah, mais aussi  un mutant confronté au racisme d'une société américaine dont une partie veut envoyer dans des camps ou tuer ces êtres différents, craints et haïs pour leur pouvoir. La conférence au titre bien choisi " Pourquoi les super héros n'ont-ils pas libéré Auschwitz ?  a réuni un public assez particulier, dont une grande partie connaissait par cœur l'histoire des X-Men, pour avoir grandi avec , et dont la réflexion sur un génocide réellement survenu s'est aussi fondée, dans l'adolescence, par la lecture d'une fiction populaire. 

Tal Bruttman, historien et chercheur sur le génocide mais aussi sur l'antisémitisme français des années 30, auteur notamment du Que Sais Je , Les 100 mots de la Shoah, mais aussi fan des X-Men  a participé à l'organisation de l'exposition . Il a bien voulu répondre à nos questions.



D'abord pour nos lecteurs et lectrices qui ne connaissent pas grand chose à l'univers des comics, peux-tu nous faire un (bref) panorama des séries du genre où l'évocation de la Shoah et du nazisme joue un rôle marquant ? Les nazis présentés en « super-vilains » combattus par les super-héros sont un thème important et récurrent pendant la deuxième guerre mondiale mais aussi dans les années 50. L'évocation de l'antisémitisme est-elle contemporaine de cette trame là où va-t-elle seulement apparaître plus tard, notamment avec les X-Men ? 
 

Le premier Captain America, qui date de mars 1941, a pour couverture un Captain America s’attaquant à Hitler. Or ce comics paraît alors que non seulement les États-Unis ne sont pas encore entrés dans la guerre (il faudra attendre la fin de l’année 1941 et Pearl Harbor) mais l’isolationnisme est encore prédominant, sans même parler des courants favorables au nazisme qui pèsent d’un point important – à l’image d’America First et de Charles Lindbergh. Les deux auteurs, Jack Kirby et Joe Simon seront régulièrement menacés d’ailleurs à la suite de cette publication.

Puis avec l’entrée en guerre des Etats-Unis, un grand nombre de comics mettent en scène les super-héros combattants tant contre le IIIe Reich que contre le Japon impérial. Si on prend Captain America, l’un des super-vilains les plus importants (jusqu’à aujourd’hui) est Crâne rouge, agent du 3e Reich. En revanche la question de l’antisémitisme est très largement absente, même si, sur quelques couvertures (notamment à nouveau Captain America) figurent des Juifs persécutés par les Nazis.







Chris Claremont, l'un des scénaristes les plus connus des X-Men a lui même séjourné dans un kibboutz. Penses-tu que l'évocation historique du génocide a lieu dans les comics à cause de dessinateurs et scénaristes eux même personnellement ou culturellement touchés , ou est-ce que c'est un phénomène plus large, qui se retrouve d'ailleurs aussi dans la science-fiction américaine des années 60 ou 70 ? 
 

On peut y voir plusieurs raisons. D’une part, un nombre important de créateurs de Comics books étaient juifs, des années 1930 aux années 1970, pour une raison historique, liée au racisme aux Etats-Unis : le métier prestigieux d’illustrateur dans les revues était fermé à ceux qui n’était pas WASP. Pour les enfants d’immigrés – Juifs mais aussi minorités catholiques comme les Italiens ou les Polonais –, le principal débouché artistique a été la création du Comics dans les années 30, et particulièrement les super-héros (ce que montre très bien le roman de Michale Chabon, couronné d’un Pulitzer, Les Aventures extraordinaires de Kavalier et Clay).

 Si on relève des références liées aux origines de ces créateurs, elles sont cependant loin d’être centrales, et l’évocation de l’antisémitisme est absente de la production. Sans doute faut-il y voir un choix volontaire des auteurs, mais il ne faut pas négliger le poids du "Comics code authority" durant les années 1950, qui instaure un carcan des plus pesants sur les comics, et interdit quasiment toute forme d’allusion politique. Des petites touches, ici ou là, montrent cependant des messages « politiques » : ainsi des personnages noirs « normaux » (ni caricaturaux, ni délinquants, juste des individus comme les autres) régulièrement dessinés dans différentes séries dans les années 1960, alors que le ségrégation est encore à l’ordre du jour et que la lutte pour les Droits civiques bat son plein. Reste que dans la floraison de super-héros qui sont créés avec le Silver Age (au début des années 1960), une série se distingue, en raison de sa trame, les X-Men : des individus rejetés par la majorité de l’humanité en raison de leur différence. On ne peut s’empêcher de voir là une allégorie de l’antisémitisme, même si initialement rien n’est explicite à ce sujet. L’allégorie est d’ailleurs assez vide pour pouvoir incarner toutes formes de racisme ou de discriminations.

En fait il faut attendre les années 1970 pour voir apparaître l’évocation explicite de « thèmes adultes », de plus en plus d’auteurs remettant en cause le comics code. Et avec l’émergence de la prise de conscience autour de la Shoah durant la même période (diffusion de la série Holocaust à la télé par exemple), on assiste à l’apparition de ce thème dans la production de la fin des années 1970, le point d’orgue étant incarné par le choix de Claremont de faire de Magneto un rescapé d’Auschwitz.



Comment cette irruption de la Shoah dans l'univers très « divertissement » a-t-il été perçu socialement au fil du temps ? Est-ce qu'il y a eu des gens choqués, des débats sur le sujet, comme il y a pu en avoir sur certains films ou sur certains romans qui « scénarisaient » le génocide ou des survivantEs au génocide ? Et ce d'autant que le grand méchant des X-Men par exemple, c'est Magneto, lui même survivant du génocide et obsédé par la vengeance.

Il ne me semble pas que, initialement, l’introduction de la Shoah ait attiré des critiques. On peut sans doute y voir, entre autres raisons, le fait que les Comics étaient encore à cette période (comme la BD en général) un genre considéré comme, au mieux, « mineur », pour ne pas dire méprisé. Et donc peu regardé ou scruté. En outre, il s’agit de références à la Shoah, et non de représentations de celle-ci à proprement parler, ce qui fait une différence fondamentale. En outre, la figure de Magneto, de Super-vilain, archi-ennemi des X-Men initialement, est peu à peu devenue celle d’un individu bien plus complexe, et donc moins archétypal que la plupart des personnages de cet univers incarnant le « bien » ou le « mal ». L’introduction de la Shoah dans ses origines ajoute une dimension, et fournit une explication sur la position qu’il adopte, se défier des « autres », auxquels il n’accorde aucune confiance, pour défendre les « siens ».



Peut-on avoir aussi une lecture antisémite des X-Men au moins dans les premières séries, puisqu’ensuite, Magnéto évolue beaucoup et sauve les X Men à de nombreuses reprises ? En tant qu'historien, est-ce que tu vois un lien entre la manière dont les travaux historiques sur la Shoah vont permettre une prise de conscience sur la spécificité du génocide commis contre les Juifs et les Roms, et la manière dont la représentation de la seconde Guerre Mondiale évolue dans l'univers des comics ? 
 

Magneto est sans doute, et depuis longtemps, l’un des personnages préférés des lecteurs – probablement au même niveau que Wolverine. Il me paraît donc difficile de porter une lecture antisémite à son sujet. Quant aux travaux des historiens, il est difficile d’en mesurer l’impact direct. Maus par exemple, à sans doute joué un rôle bien plus important que tous les travaux scientifiques, ne s’adressant tout simplement pas à un même public. Il ne fait cependant guère de doute que les travaux historiques perfusent lentement et influencent (un peu) la production : si on reprend Maus, Spiegelman s’est énormément documenté et appuyé son récit sur les travaux des historiens concernant Auschwitz par exemple. On peut voir aussi cela dans les X-Men, comme par exemple dans le Magneto : testament, qui revient justement sur les origines de Magneto et la Shoah. 



Est-ce que la BD a joué un rôle dans l'engagement qui est aujourd'hui le tien, c'est à dire la mémoire et l'histoire du génocide ? 
 

Difficile à répondre, mais sans nulle doute cela a joué un rôle dans ma « formation » et participé à un degré ou un autre à cela. Outre les X-Men, un de mes premiers souvenirs de lecture de BD est la Bête est morte, petit bijou réalisé en France durant l’occupation et publié à la Libération.

Plus globalement quel est ton regard d'historien sur l'apport de la BD à une certaine conscience antiraciste populaire alors qu'elle est quand même avant tout produite pour être vendue, dans une époque où notamment tout ce qui relève de ce domaine est dénoncé par les antisémites comme de la « propagande mondialiste et impérialiste" ?

Chez certains lecteurs il a une bonne part de schizophrénie : les mêmes qui lisent cela, vont voir les X-Men au cinéma etc peuvent en même temps tenir ces propos. Tous ne portent pas le même regard sur cette production, et n’y voient pas, ou ne veulent pas voir, les différents messages véhiculés, se contentant du « premier degré ».



Et la dernière question, fondamentale pour tous les fans des X-Men devenus antiracistes par la suite. Étais-tu de ceux qui trouvaient que Magneto avait quand même un peu raison, et que face aux nazis en train de prendre le pouvoir, les mutants devaient prendre l'offensive ?



On peut voir dans Magneto l’incarnation de pas mal de figures historiques : Malcom X, contre le professeur Xavier qui serait Martin Luther King par exemple. Claremont dit avoir pensé à Menachem Begin, incarnant la droite dure du sionisme à la création d’Israël et capable de faire la paix avec Sadate. De fait, Magneto ne manque pas d’arguments face à l’histoire, et n’a pas forcément, ou totalement, tort.

MEMORIAL 98

Pour aller plus loin: 

Memorial de la Shoah ; Shoah et bande dessinée
Entrée libre – 1er étage
Pour suivre l’exposition sur les réseaux sociaux : #ExpoShoahBD
Visites guidées gratuites de l’exposition pour les individuels les jeudis 13 et 27 avril, 11 et 25 mai, 8 et 22 juin, 27 juillet 2017 de 19h30 à 21h. Sans réservation préalable. 


lundi 20 février 2017

Olivier Sauton : Dieudonné et lui, prochain "spectacle " à venir ?

Sur l'autobiographie qu'il expose sur son site, Olivier Sauton , interprète de la "pièce à succès" "Luchini et moi" est très bavard sur certains de ses  mentors, Fabrice Luchini ou Jean-Claude Brialy. Très bavard aussi sur les théâtres et les scènes où il a joué. 

Manque pourtant l'une d'entre elles, le théâtre de la Main d'Or, et un de ses mentors, celui qui sans doute a le plus fait pour lui, Dieudonné. 

Du coup, c'est toute une partie de sa carrière qu'Olivier Sauton passe aux oubliettes. Son rôle dans "l'Antisémite", où il côtoyait Alain Soral et Robert Faurisson : un "film" en forme de pamphlet négationniste, homophobe et raciste. Il écarte aussi "Métastases",  autre morceau de bravoure du 7ème art fasciste, où il incarne la victime du complot des médecins qui profitent ignominieusement de son cancer . Olivier Sauton zappe également le temps où Dieudonné l'accueillait pour son one-man show " Au pays de Sushi", qui fera certaines soirées de la Main d'Or, entre deux meetings d'extrême-droite avec toute la mouvance antisémite et raciste française. 

Quelques années plus tard, Olivier Sauton est donc devenu une des étoiles montantes du théâtre français, par le biais d'une pièce " Luchini et moi", jouée au Théâtre de la Bruyère dont la promotion est assurée jusque sur BFM TV, mais qui a aussi bénéficié de critiques élogieuses du Monde et de Télérama, et le prix du public du Off à Avignon. 

Et alors diront les "larges d'esprit" ? Pourquoi pas, pourquoi stigmatiser le compagnon de route d'un antisémite notoire, un acteur qui a joué dans des films d'extrême-droite et après ? Après tout Marine Le Pen est donnée en tête de la présidentielle, va-t-on continuer à stigmatiser l'art fasciste quand il sera demain peut-être bien financé par le Ministère de la Culture ?

Et alors, diront les défenseurs de la "liberté d'expression" et des pauvres racistes "persécutés" ? Olivier Sauton doit-il porter le poids de ses péchés passés ?

Et alors diront les amoureux de l'art dégagé de toute contingence politique, de quoi nous mêlons-nous, le public n'est-il pas assez grand pour juger ? 

Soit, encore faudrait-il qu'on l'informe , le fameux public. Or, très étrangement, Olivier Sauton n'est pas le seul à éluder son passé, au moins sur son site officiel. C'est le cas de tous les articles, de tous les sujets qui lui sont consacrés pour sa nouvelle pièce. Du Monde à Télérama en passant par BFM, on évoque bien son parcours, son admiration pour Jean-Claude Brialy, le cours de théâtre qu'il a suivi, ses apparitions dans des Festivals mais absolument rien sur sa période dieudonniste . 

Il serait bien difficile pourtant de l'ignorer, pour les journalistes qui font les rubriques culture: sa filmographie sur Allociné propose bien "Métastases", et il suffit de taper "Au pays de Sushi" son premier one man show sur Google pour tomber sur un lien datant de l'époque où il l'a joué à la Main d'Or, avant de le reprendre aux Blancs Manteaux, théâtre dont la direction ne pouvait rien ignorer de la scène précédente où jouait Sauton. 

Bref, tout le monde sait, mais personne ne dit rien. Un silence éloquent, celui de la gêne devant l'antisémitisme et le négationnisme , un détail qui n'empêche pas Sauton d'être salué par une partie du  monde de la culture, mais un détail que ce même monde n'a pas envie d'assumer ouvertement. Ce qu'on ne dit pas ne se voit pas, et personne ou presque ne verra donc le gros coup de Tippex appliqué sur la biographie d'Olivier Sauton dans les articles de presse. 

Tout le monde n'a pas la chance d'Olivier Sauton, chez les soutiens de Dieudonné: pensons à tous ces inconnus, ces moins que rien pas du tout artistes qui à l'époque où Sauton déblatérait des saloperies antisémites dans les films de Dieudonné, se sont retrouvés eux au tribunal pour avoir défendu le fasciste, et reproduit son salut fasciste, la trop fameuse quenelle. Il ne s'agit pas de plaindre des soutiens de l'extrême-droite, mais juste de mesurer une nouvelle fois le traitement social différencié entre le jeune fasciste de banlieue , surtout issu de l'immigration , qui bien souvent n'avait même jamais rencontré Dieudonné, et le comédien qui fut l'un de ses proches, de ses élèves et de ses obligés. 

Lui, n'est même pas sommé de s'expliquer, sans parler  d'excuses. Non pas que l'homme n'assume pas lorsqu’une blogueuse, une seule,  l'interroge sur ce sujet. Certes il affirme que l'engagement de Dieudonné n'était pas le sien, qu'il est "apolitique", mais dans le même temps il affirme que Dieudonné a été sa grande inspiration. Que le politicien fasciste est "réellement sympathique", "tellement drôle", "l'un des meilleurs". 
Que lui reproche-t-il alors, aujourd'hui ? De s'être engagé avec "Alain Soral". Pirouette éculée de tous les antisémites prétendûment repentis qui mettent sur le dos de Soral, ce qui a toujours été aussi assumé par Dieudonné, qui n'a eu besoin de personne pour construire ce qu'il appelle des spectacles, mais qui ne sont qu'un alignement d'ordureries racistes, antisémites et homophobes. Et la pirouette est particulièrement grotesque dans le cas d'Olivier Sauton: celui-ci n'avait en effet pas les grandes préventions qu'il affiche contre les "politiques" lorsqu'il jouait dans "l'Antisémite", avec Soral et Faurisson. 

Mais enfin, plus c'est gros plus ça passe. Et au fond, Olivier Sauton, en rendant hommage à Luchini, lui même grand admirateur de l'antisémite Céline,  ne fait que boucler la boucle d'une histoire française sans fin. 

Celle du vieil antisémitisme qu'on tolère fort bien dans tous les milieux sociaux, quitte à mettre entre parenthèses les saillies un peu trop vives de nos "grands artistes". Puisque Bagatelle pour un Massacre n'a pas empêché Céline d'avoir sa Pléiade, pourquoi l'Antisémite devrait-il priver Sauton des pages de Télérama et d'un prix à Avignon. 

On est indulgent et raisonnable dans ce pays, et si l'on a un peu de mauvaise conscience, il suffira de pointer du doigt le "nouvel antisémitisme", celui qui est porté par des jeunes certes pas du tout de chez nous, pas du tout influencés par notre belle culture.

Ce n'est pas comme si ces jeunes là n'avaient pas été des fans de Dieudonné, des assidus de ses vidéos, baignés depuis quinze ans dans la propagande sordide de cette mouvance, dont Sauton fut l'un des acteurs, dans tous les sens du terme. Non, non, ça vient d'ailleurs l'antisémitisme, surtout pas d'Avignon .
Ou de chez Ruquier, chez qui Sauton , un jour proche sans doute sera interviewé par Yann Moix, qui lui aussi a été le compagnon de route des antisémites, mais de manière apolitique , parce qu'il étaient "sympathiques", sûrement. N'en faisons pas tout une Histoire. 
Seuls les antifascistes obsessionnels verront dans la première phrase du spectacle " Luchini et moi" « Il était une fois une histoire vraie qui n'a jamais existé.", un petit salut à ses amis Dieudonné et Faurisson. Chez eux , ça s'appelle une quenelle.

Mise à jour du 25 février 2017:

Suite à la reprise de nos informations par le site Conspiracy Watch, Olivier Sauton s'est senti contraint de réagir dans une réponse reproduite sur ce site

Nous y apprenons donc que nous serions "des FFI (résistants des Forces Françaises de l'Intérieur) de la dernière heure". Évidemment, il ne nous viendrait pas à l'idée de nous comparer avec les Résistants, mais nous notons tout de même que Monsieur Sauton s'identifie spontanément au camp adverse, celui des fascistes et des collaborateurs. Rappelons que notre collectif se consacre à la lutte contre tous les racismes depuis 1998 et que nous combattons Dieudonné et sa mouvance depuis qu'elle sévit, et que les premières déclarations objectivement antisémites de Dieudonné datent du tout début des années 2000 . 

Nous n'avons donc pas attendu la dernière heure, ce qui évidemment, nous amène à dénoncer, celles et ceux qui ont travaillé avec lui jusqu'à une date très récente et prétendent désormais que c'était "apolitique". Pour le reste, la déclaration de Sauton est typique chez les dieudonnistes, il dit : " C'est une erreur de croire que tous ses suiveurs, ses admirateurs sont de méchants négationnistes. La plupart sont avant tout de grands fans de l'humour dieudonnesque. C'est toute l'éternelle contradiction entre l'œuvre et l'homme. »".

L'humour "dieudonnesque", ce sont les chansons négationnistes, les mises en scène où Dieudonné abat des journalistes désignés comme Juifs, ce sont des films où Robert Faurisson joue son propre rôle, et des sorties homophobes, racistes et antisémites qui font des spectacles entiers.

 L'humour d'Olivier Sauton, ce sont ces tweets abjects qui ressortent suite à notre article :




Il y a évidemment des grasses plaisanteries d' "humour" fasciste comme il y a des œuvres d’écrivains  fascistes. Et ceux qui apprécient ou participent le reprennent à leur compte, et deviennent  ainsi des militantEs comme les autres. En le niant, tout en portant aux nues l'humour de Dieudonné, Olivier Sauton démontre au fond mieux encore que nous ne l'avons fait qu'il n'a pas changé.

Les antiracistes conséquents n'ont pas non plus de raison de changer, surtout lorsque l'excuse de l'humour devient la règle générale pour justifier son racisme et son antisémitisme. Dieudonné "plaisante", Mehdi Meklat "plaisantait", lorsqu'il postait des tweets violemment antisémites et homophobes sous pseudo, avant d'entamer une carrière réussie comme écrivain et chroniqueur. Bref, ne faisons pas d'histoires, tout le monde s'amuse ? Pas les victimes d'antisémitisme, en tout cas, qu'on assassine et qu'on tabasse dans la France contemporaine.
Merci à celles et ceux qui ont relayé notre article, et qui  auront contribué à rétablir les faits, et à dénoncer le silence complice qui règne malheureusement très souvent dans ce domaine.


Ces remerciements ne s'adressent pas au site raciste JSS News, qui a manifestement autant de problèmes de mémoire que Olivier Sauton. Nous avions en effet choisi de ne pas réagir à l'attaque lancée contre Memorial 98 par ce même site le 1er novembre 2016, suite à  un de nos articles sur le dessinateur d'extrême-droite Marsault. Nous avons alors estimé que le degré de bassesse des insultes  proférées notamment contre le fondateur de notre association, Albert Herszkowicz,  n'appelait rien d'autre que le mépris le plus profond. 
Mais il y a décidément des gouffres dont on n'atteint jamais le fond, dans certaines mouvances politiques: voilà qu'aujourd'hui, JSS News nous cite en une de leur article, comme si de rien n'était. Nous voilà donc contraints de rappeler que nous combattons tous les racismes et que nous n'avons rien à voir avec aucun d'entre eux, alors qu'ils ont tout en commun. 

MEMORIAL 98