mardi 6 décembre 2016

6 décembre: en mémoire de Malik Oussekine et Abdel Benyahia




Ni oubli, ni pardon: 30  ans après, jour pour jour, nous pensons à Malik Oussekine, tué par les "pelotons voltigeurs" de la police parisienne dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en pleine mobilisation étudiante contre les lois Devaquet. 

Memorial 98 salue sa mémoire, se souvient de la responsabilité directe de Pasqua et Pandraud, ministres de l'Intérieur et de la Police de l'époque ainsi que de celle de Chirac chef du gouvernement.
Les pelotons voltigeurs ont été mis en service par Pandraud . Ce sont des policiers montés à deux sur une moto tout-terrain ; l’un conduit, l’autre est armé d’une matraque. Ils ont comme mission de « nettoyer » les rues après les manifestations en pourchassant les  prétendus « casseurs ».  Ce corps de police fut dissous à la suite de cette affaire. Le ministre Devaquet démissionna, sa réforme fut retirée ainsi que le projet gouvernemental raciste qui s'attaquait au droit du sol (voir ici


On se souvient aussi comment le Front National a, un an plus tard, commenté sa mort : « Des Français comme les Oussekine, on peut s’en passer […]. On se souvient de la mort du petit casseur gauchiste nommé Malik Oussekine. Malgré son état de santé lamentable, il n’avait pas hésité à attaquer en pleine nuit les forces de police chargées du maintien de l’ordre » (extrait du journal du Front national du Var , 20 janvier 1988).

Quant aux assassins de Malik Oussekine, les voltigeurs Schmitt et Garcia, ils ne seront inculpés que de "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Aux assises, en 1990, ils s’en tireront avec cinq ans de prison avec sursis pour le premier, deux ans pour le second.

Nous nous souvenons également de Abdel Benyahia tué dans la même nuit  du 5 au 6 décembre 1986 à Pantin à l'âge de 20 ans, par un inspecteur de police qui n’était pas en service. Dans les manifestations qui suivirent, les noms de Malik Oussekine et d'Abdel Benyahia étaient associés,   même si aujourd'hui, malheureusement, la mémoire du second se perd. 
Ainsi  lorsque Malik Oussekine est enterré au à Paris , une manifestation à la mémoire des deux,  Malik Oussekine et d'Abdel Benyahia, réunit plusieurs centaines de milliers de personnes.



  
 Au lendemain de la mort d'Abdel Benyahia, pendant 48 heures, c’est le blackout total dans tous les services.
 La famille n’est avertie que le 8 décembre de l’endroit où a été transporté le corps.  Le policier Savrey est n'est inculpé que d' "d’homicide involontaire" et laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Il avait 1, 83 grammes/litre d'alcool dans le sang. Maître Forster avocat de la famille Benyahia déclara alors  : "C’est sur réquisition du ministère que le juge d’instruction n’a pas délivré de mandat de dépôt à l’encontre du policier". 
A la Cité des 4000 (La Courneuve) où habitait la famille Benyahia, se constitua le Comité justice pour Abdel qui s’acharne à réclamer la vérité. Six mois après le meurtre, le crime est requalifié "d’homicide volontaire" et Savrey est incarcéré. Le procès,  aux assises a lieu en novembre 1988. Des policiers déclarent  à la barre : "Vous savez bien que dans la police tout le monde boit ; un autre fonctionnaire aurait eu le même geste. On peut imaginer alcoolémie ou pas, qu’on aurait abouti au même résultat".  Le  réquisitoire demandait  : 8 ans  de réclusion. Verdict du jury : 7 ans de réclusion.

En cet anniversaire on se souvient aussi de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré le 27 octobre 2015 ( voir ici) avec le scandale de l'impunité policière et plus près de nous de la mort d'Adama Traoré, victime des violences des gendarmes,  mort le 19 juillet à la gendarmerie de Persan après son interpellation. Sa famille et ses amis sont harcelés depuis.

Nous n'oublions pas et réclamons la justice, la vérité ainsi que la fin de l'impunité.

MEMORIAL 98

lundi 28 novembre 2016

Face à l'extrême-droite, cri d'alerte d'une survivante autrichienne de la Shoah



Après la défaite de Hofer, le FN a la gueule de bois. Il espérait une victoire du FPÖ, parti d’extrême droite,. Gilles Lebreton, eurodéputé frontiste et membre du bureau politique, s'en prend sur Twitter à celle qu'il nomme avec mépris "Mamy Gertrude".  Mais au delà de l'insulte antisémite, on note l'inquiétude du chef frontiste qui met en garde contre ce qu'il appelle " la diabolisation" et qui n'est que le rappel de ce que représentent ces partis d'extrême-droite, héritiers du fascisme.

 Gilles Lebreton @Gilles_Lebreton
: la diabolisation médiatique de mamy Gertrude a vaincu notre allié. A méditer avant de repartir au combat !


Actualisation du 4 décembre à 18h:

Bonne nouvelle : le parti d'extrême droite FPÖ a reconnu la défaite de son candidat Hofer dimanche soir dans la course à la présidentielle autrichienne, nettement remportée selon les projections par l'écologiste Alexander Van der Bellen à plus de 53 %. Mais le score de 46% pour l'extrême-droite reste énorme et inquiétant.

Merci à Trudi/Gertrude, survivante du nazisme, dont la vidéo d'appel à combattre Hofer a rencontré un énorme écho.

A noter le message de Marion Le Pen à Hofer au nom des "patriotes du monde entier", nom de code de l'Internationale des fascistes. Elle pensait sans doute que la partie était gagnée et que le racisme allait connaitre un nouveau succès, après la victoire du Brexit et de Trump. Mais aujourd'hui  cette Internationale "noire" encaisse un camouflet et elle avec.

 

Cher , je vous souhaite le succès pour ce dimanche. Les patriotes du monde entier sont avec vous !
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Memorial 98
 
Le 4 décembre aura lieu à nouveau  une élection présidentielle en Autriche. 
Elle opposera  encore une fois le représentant de l'extrême-droite (FPÖ) Norbert Hofer et Alexander Van der Bellen, candidat  soutenu par les Verts. Cette élection s'annonce serrée. Lors du premier scrutin,  ensuite annulé pour des raisons administratives, Van der  Bellen ne l’avait emporté que de 35 000 voix, alors même que tous les sondages annonçaient la victoire de Hofer. 


Dans ce contexte, une survivante de la Shoah en Autriche , Gertrude, âgée de 89 ans, lance un cri d'alerte dans une vidéo déjà vue trois millions de fois sur FB et dont le lien est ici 

Devant la caméra, elle dénonce le fait que le FPÖ,  parti fondé après-guerre par d’anciens nazis, « monte les gens les uns contre les autres », et « tente de faire remonter à la surface ce que le peuple a de plus bas, comme cela a déjà eu lieu par le passé ». 

Elle a ajouté avoir été particulièrement choquée par les propos de Heinz-Christian Strache, dirigeant du FPÖ, qui déclarait récemment que l'arrivée de migrants pourrait provoquer une "guerre civile" dans le pays.
Gertrude a appelé la jeunesse à voter pour le candidat  Alexander Van der Bellen, ajoutant: "C'est probablement ma dernière élection (...) mais les jeunes ont encore la vie devant eux et ils doivent s'assurer qu'ils prendront les bonnes décisions"

Elle fait aussi référence directement  à la persécution des Juifs de Vienne, notamment lors du rattachement de l'Autriche à l’Allemagne nazie en mars 1938 et lors  de la Nuit de Cristal (pogrom nazi du 9 novembre 1938 en Allemagne et en Autriche), en rappelant qu: 
« Quand les Juifs ont dû nettoyer les trottoirs ( sur ordre des nazis) , les Viennois les ont montrés du doigt en rigolant (voir ici) . Et c’est cette haine qu’on essaie de faire sortir de nouveau chez les gens. Et cela fait mal. Et de cela j’ai peur. »

Elle affirme avoir déjà entendu en 1933 et 1934, lors de l'ascension du cléricalo-fascisme,  le slogan actuel  du FPÖ, « Que Dieu me vienne en aide ». Elle estime que le candidat de ce parti, Norbert Hofer, « n’a pas grand-chose à voir avec la religion ». Elle parle d’une « fausseté hypocrite » qui lui saute au visage. « J’ai vécu la guerre civile à l’âge de 7 ans. Jamais je ne l’oublierai. J’ai vu les premiers morts à cette époque. Ce ne furent malheureusement pas les derniers. »

Gertrude  a été déportée à Auschwitz quand elle avait 16 ans avec ses deux jeunes frères et ses parents. Elle seule a survécu.

A cette occasion nous rendons hommage à une autre "vieille dame", si jeune dans ses combats comme Gertude. Il s'agit d'Irmela Mensa-Schramm qui traque les graffiti et slogans nazis et racistes à Berlin et dans toute l'Allemagne.

Quelque jours après la commémoration de la Nuit de Cristal et après la victoire de Trump, le cri d'alerte de Gertrude résonne en Autriche, en Europe et dans le monde entier.

Nous le reprenons à notre compte

Memorial 98

samedi 19 novembre 2016

#ParisAgainstTrump, 19 novembre 2016

Une première manifestation contre Donald Trump a réuni des centaines de participantEs ce 19 novembre à Paris. Beaucoup de colère mais aussi de solidarité avec des pancartes et des slogans réaffirmant explicitement la nécessité de l'unité de toutes les luttes contre toutes les formes de racisme et d'antisémitisme, contre le sexisme , l'homophobie , la transphobie ou le validisme. Très peu d'organisations progressistes françaises étaient présentes, mais beaucoup d'antiracistes étaient quand même venus, d'où aussi des pancartes anti-FN et de bienvenue aux réfugiés.

Évidemment, l'extrême-droite antisémite et raciste avait choisi de venir jouer la provocation. Les plus connus d'entre eux, Vincent Lapierre et son équipe d’Égalité et Réconciliation, le site de Soral, ont été reconnus et éconduits fermement. Face à leur volonté manifeste de chercher les coups pour jouer les martyres, des slogans antifascistes et un cordon sanitaire a fini par les repousser. 
Ils n'étaient cependant pas seuls, puisque des militants d'un autre média d'extrême-droite, Independenza Web TW, ont également déambulé dans la manifestation. Ces incidents illustrent une nouvelle fois la nécessité d'une vigilance accrue dans les mobilisations: de nombreuses personnes ne savent pas qui sont les fascistes qui se présentent comme "journalistes indépendants", et c'est aussi aux organisateurs qu'incombe la responsabilité de protéger les gens contre l'extrême-droite, même si chacun doit être prudent de son côté et ne pas s'exprimer devant une caméra sans s'être renseigné avant sur l'identité des prétendus " journalistes". 


 













MEMORIAL 98

dimanche 13 novembre 2016

13 novembre: hommage à Rosa Parks et à la lutte contre la ségrégation raciale.



                              Rosa Parks et Martin Luther King



Le 13 novembre 1956 représente une date majeure dans l’histoire du mouvement des droits civiques et de la lutte contre la ségrégation raciale  aux États-Unis. 


Ce jour là, la Cour suprême des USA statua par l'arrêt dit « Browder v Gale », qui proclama que la ségrégation dans les bus était anticonstitutionnelle. 

Cette décision répondait au mouvement de boycott des bus ségrégués lancé à Montgomery, en Alabama, depuis le 5 décembre 1955, au lendemain de la condamnation de Rosa Parks (voir ci-dessous)  La nouvelle ne parvint à Montgomery que le 20 décembre suivant. Le boycott cessa le lendemain, après 381 jours de mobilisation.   

Quelques jours après l’élection d’un Trump qui a mené une campagne raciste et discriminatoire, il est important de se souvenir du long combat, encore largement inachevé, des Afro-américains vers l’égalité des droits. 
La multiplication des crimes racistes commis par la police mais aussi le terrorisme d’extrême-droite dirigé contre les Afro-américains comme à Charlotte en juin 2015 indiquent la gravité de la situation. 
 D'ores et déjà, après la présidentielle, les actes et paroles racistes sont en forte augmentation aux USA, comme lors du Brexit  en Grande-Bretagne    

La ségrégation raciale était répandue dans les transports publics aux États-Unis, et même officialisée par une décision de la Cour suprême en 1896

Dans les bus de Montgomery, les quatre premiers rangs étaient réservés aux Blancs. Les Noirs, qui représentaient 75 % des usagers, devaient utiliser les places à l'arrière du bus. Ils pouvaient néanmoins s'asseoir dans la zone centrale, mais seulement jusqu'à ce que des Blancs en aient besoin ; ils devaient alors soit céder leur place et aller vers le fond, soit quitter le bus. 
Si les places centrales étaient occupées, les Noirs devaient tout de même acheter leur billet à l'avant, mais devaient ressortir du bus avant de rentrer par la porte arrière pour rejoindre les emplacements qui leur étaient destinés au fond du bus.

C’est contre cette discrimination  raciste que se dresse Rosa Parks lorsque, le 1er décembre 1955, elle refuse d'obéir au conducteur de bus Blake qui lui demande de laisser sa place à un Blanc et d'aller s'asseoir au fond du bus.

Depuis de nombreuses années, la communauté noire se plaint de la situation. Avant le refus de Rosa Parks, devenu célèbre, Claudette Colvin, une adolescente âgée de 15 ans avait été arrêtée le 2 mars 1955 pour avoir enfreint ce règlement, et d'autres personnes l'avaient payé durement, parfois de leur vie.
Rosa Parks en témoigne : « Ma résistance à ces mauvais traitements dans le bus n'ont pas commencé avec cette arrestation. J'ai fait beaucoup de marche à pied à Montgomery. » 
Elle en fait l'expérience un jour pluvieux de novembre 1943, quand le même chauffeur de bus James Blake, comme à son habitude, lui demande de payer sa course à l'avant, redescendre et de remonter par la porte arrière. Voyant que du monde gêne l'accès par l'arrière, elle décide d'aller directement vers le fond. Blake furieux, la main sur son revolver, l'empoigne pour la ramener vers l'avant. Elle laisse alors tomber son sac à main et s'assied un instant sur un siège réservé aux passagers Blancs pour le récupérer. Blake lui laisse à peine le temps de descendre du bus, qu'il redémarre. Rosa Parks marche plus de huit kilomètres sous la pluie. Ironie du sort, ce sera le même chauffeur le 1er décembre 1955, alors qu'elle cherchait à l'éviter depuis cet événement.

Ce jour de 1955, elle n'avait pas planifié son geste, mais une fois décidée, elle l'assume totalement. Après son travail, elle prend le bus vers 18 heures. Alors qu'elle s'est assise au milieu, quatre personnes blanches montent à l'arrêt devant l’Empire Theater mais il n'y a de places assises que pour trois passagers. Le quatrième le signale à Blake qui demande aux Noirs d'une rangée du milieu d'aller à l'arrière. Ces derniers refusent puis finalement les trois hommes noirs obtempèrent mais Rosa reste dans cette rangée, acceptant uniquement de se déplacer à droite.
Blake, furieux qu'elle refuse de se déplacer dans la colored section, descend du bus et appelle son chef qui lui demande de faire venir la police. Elle est arrêtée, emmenée au poste de police de l'Hôtel de ville puis transférée à la prison. Elle prend contact avec  un avocat noir  membre de la NAACP, principale association de défense des droits des Noirs américains. Celui-ci comprend l'intérêt symbolique du combat à mener. Il appelle un avocat blanc, Clifford Durr, qui accepte de contester la loi sur la ségrégation dans les bus. Ils la font libérer le lendemain soir.

La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine, emmenés par un jeune pasteur peu connu à l'époque, Martin Luther King, se réunissent pour discuter des actions à mener à la suite de l'arrestation de Rosa Parks . Ils y fondent la Montgomery Improvement Association, dont ils élisent King comme président. Il y popularisera les pratiques de la désobéissance civile.


Le mouvement a trois revendications immédiates :
1.   Que les Blancs et les Noirs puissent s'asseoir où ils veulent dans l'autobus.
2.   Que les chauffeurs soient plus courtois à l'égard de toutes les personnes.
3.   Que des chauffeurs noirs soient engagés.

Boycott

Jugée et inculpée de désordre public ainsi que de violation des lois locales le  5 décembre, Rosa Parks écope d'une amende de 10 dollars (plus 4 dollars de frais de justice). Ses avocats décident de faire appel.

La veille du procès, 35 000 tracts sont distribués pour inviter les Noirs à ne plus emprunter les bus le lundi 5 décembre. Le mot d'ordre fut repris par The Montgomery Advertiser, le journal noir local. Le mot d'ordre fut reconduit après une réunion à l'église. 
C'est le début du boycott des bus de Montgomery ; il se prolongera 381 jours. Des douzaines de bus publics restèrent au dépôt pendant des mois jusqu'à ce que la loi sur la ségrégation dans les bus publics fût levée. La plupart  des usagers marchèrent à pied ; des taxis conduits par des Noirs firent des trajets au tarif du bus (10 cents). Quelques Blancs les rejoignirent, parfois par idéologie, parfois simplement parce qu'ils avaient besoin que leurs employés noirs viennent travailler. Peu à peu, grâce en partie à l'écho international qu'eut le mouvement, des fonds ont commencé à arriver, permettant de mettre en place un service d'autobus parallèle, ou plus modestement l'achat de paires de chaussures.
Des actes racistes violents furent perpétrés, y compris le dynamitage des domiciles de Martin Luther King et de l'avocat Edgar Nixon.
Ce mouvement provoqua beaucoup d'autres protestations contre la ségrégation menée aux États-Unis.

Décision de la Cour suprême

Finalement, le 13 novembre 1956, la Cour suprême des USA statua par l'arrêt dit « Browder v Gale », qui proclama que la ségrégation dans les bus était anticonstitutionnelle. La nouvelle ne parvint à Montgomery que le 20 décembre suivant. Le boycott cessa le lendemain.

Toutefois, la violence continua avec des tirs contre les bus et le domicile de Luther King et des explosions visant les églises fréquentées par les Noirs. Et, si la ségrégation avait été abolie dans les bus de l’État , ce n'était pas encore le cas pour les liaisons entre les différents États. Un groupe de jeunes fonda le Freedom Ride (qui peut se traduire par les voyages de la liberté), mais après quelques jours, un de ces bus fut stoppé par le Ku Klux Klan ; ses occupants furent frappés et le car brûlé. Ce n'est qu'en 1964  que les lois ségrégationnistes furent abrogées par le Civil Rights Act qui interdit toute forme de ségrégation dans les lieux publics, puis en 1965  par le Voting Rights Act qui supprime les tests et les taxes imposés pour devenir électeur. Ces moyens étaient utilisés afin d’empêcher les Afro-américains de voter.

                              Manifestation à Memphis en 1968

Alors que s'ouvre aux États-Unis une période d'affrontements, nous rendons hommage aux combattant.e.s des droits civiques et de l'égalité, à Rosa Parks, Martin Luther King et tous les autres, pionniers d'un avenir nécessaire.



Actualisation du 14 novembre: hommage à deux autres héroïnes, Barbara Henry et Ruby Bridges

14 novembre 1960 : la lutte contre la ségrégation raciale et pour les droits civiques des Noirs bat son plein.

Le président Eisenhower a concédé l’ouverture des écoles blanches aux Afro-américains.
Ruby Bridges, alors âgée de 6 ans, est la première à franchir les portes d’une école de La Nouvelle-Orléans, sous les huées et les projectiles d’une foule blanche déchaînée.

Face aux menaces de mort, de kidnapping et de torture que la famille Bridges reçoit, le président Eisenhower envoie, le lendemain, quatre gardes fédéraux (Marshalls) pour la protéger (ci-dessous)



Les parents blancs retirent immédiatement leurs enfants de l’établissement. 

Tous les enseignants, à l'exception d'une professeur blanche nommée Barbara Henry, refusèrent également de faire cours s'il y avait une enfant noire dans l'école. Pendant un an, Mme Henry enseigna donc uniquement à Ruby, comme si elle enseignait à toute une classe.
Son père perdit son emploi suite à et ses grands-parents, agriculteurs du Mississippi, furent renvoyés de leurs terres.

Ruby Bridges, aujourd'hui Bridges Hall, vit toujours à La Nouvelle-Orléans. Elle est maintenant la porte-parole de la Ruby Bridges Foundation, fondée en 1999 pour promouvoir « les valeurs de la tolérance, du respect et de l'appréciation des différences ». Décrivant la mission de cette association, elle dit : « le racisme est une maladie importante ».



Memorial 98 



jeudi 20 octobre 2016

Le crachat antisémite du candidat Poisson





Actualisation du 22 novembre

Après l'élimination de Sarkozy, le candidat antisémite, facho et anti-IVG Poisson se rallie évidemment à Fillon. Ce dernier avait d'ailleurs soutenu Poisson en déclarant que les prétendues "excuses"  de ce dernier étaient suffisantes pour qu'il puisse poursuivre sa participation à la primaire  (ci-dessous).
Poisson retrouvera ainsi Thierry Mariani, soutien de longue date de Fillon, pro-Assad et affairiste pro-Poutine, profondément raciste et n'hésitant pas à défendre les antisémites ( voir ici) . Rappelons que Poisson était soutenu par les intégristes négationnistes de Civitas, par Robert Ménard et par le journal antisémite Minute ( ci-dessous) 


Actualisation du 17 novembre

Sarkozy espère récupérer les voix de Poisson lors du deuxième tour de la primaire de la droite car ce dernier appellerait à voter pour lui en échange de la promesse d'un ministère, révèle le Canard enchainé du 9 novembre.
Le candidat facho et antisémite est soutenu publiquement par Civitas, Minute et Robert Ménard. 

Memorial 98

Actualisation du 26 octobre

Sans surprise, Poisson est maintenu dans la primaire de la droite par une décision unanime de la commission d'organisation ainsi par la "Haute autorité" qui la supervise. Fillon et Le Maire avaient déjà par avance annoncé cette décision (ci-dessous).

On peut donc comme lui proférer des diatribes antisémites et complotistes suivies d'excuses bidon, être soutenu par Marion Maréchal Le Pen, combattre les droits des femmes dont l'IVG, soutenir Assad, Trump et Poutine, appeler à des accords avec le FN et néanmoins faire partie du débat de la droite. 

Il suffit juste de s’engager à voter pour le vainqueur qui sortira de cette consultation, comme vient de le faire Poisson. On comprend dès lors pourquoi les intégristes fascisants de Civitas ainsi que le parti SIEL associé au FN appellent à aller voter pour lui.

Cela rappelle le cas de Nadine Morano, porte-parole de la "France blanche", elle aussi supportrice de Poutine, à peine sanctionnée puis réintégrée par Sarkozy

Ceux qui ont blanchi Poisson sont complices de ses abjections.

Actualisation du 25 octobre


Marion Maréchal Le Pen se porte au secours de Poisson et déclare sur RTL: ‘ ... Si votre question c’est de savoir si je pense que Jean-Frédéric Poisson est antisémite, je vous dis non. Je ne crois pas une demi-seconde qu’il soit antisémite’’, Marion Maréchal-Le Pen n’exclut pas de pouvoir ‘’discuter’’ avec lui s'il se retrouve hors du processus de la primaire. 
Celle qui est proche de son grand père, Jean-Marie Le Pen, dont le Parlement vient de suspendre l'immunité parlementaire et qui se réclame des idées de l’antisémite historique Charles Maurras, apporte ainsi son expertise en la matière, avec le soutien et les félicitations de toute la fachosphère.

Memorial 98 
                                    
Actualisation du 24 octobre

Poisson a donc demandé "pardon" à sa manière.
Il s'adresse exclusivement aux "personnes membres de la communauté juive", comme si il s'agissait d'un conflit privé et personnel entre sa parole antisémite et les Juifs. Cet allié de Robert Ménard et Marion Maréchal Le Pen ne peut évidemment pas concevoir que son antisémitisme représente un problème beaucoup plus fondamental. Il précise d'ailleurs que ses collègues de droite connaissent fort bien ses positions qui sont de notoriété publique.
La question est donc à nouveau posée au parti LR et à son groupe parlementaire: vont-ils continuer à cohabiter avec un antisémite déclaré ?
Actualisation du 23 octobre:


 Bruno Le Maire ne veut pas sanctionner Poisson et Fillon considère que ses prétendues "excuses"  sont suffisantes pour qu'il puisse poursuivre sa participation. La complaisance à l'égard de la diatribe antisémite et complotiste de Poisson se confirme donc. Fillon qui cultive l'amitié avec Poutine, se sent solidaire de son acolyte Poisson qui cultive la même orientation.


Actualisation du 22 octobre 2017
: de manière très prévisible, Jean Frédéric Poisson utilise la méthode du retournement victimaire pour se défendre: dans un entretien accordé au Point, le candidat à la primaire se présente comme "celui qui dérange" et qui paie sa franchise.

Face à NKM qui proteste contre ses propos, il se décrit aussi comme le "cousin de province " qui "mange avec les doigts": la rhétorique est là encore empruntée à l'imaginaire antisémite classique de l'extrême-droite française, qui présente la société comme opposant des "élites urbanisées et mondialistes" , et le "pays réel" des "enracinés". 

On remarquera enfin que l'homme prend soin de rappeler l'une des fonctions de son discours antisémite contre Hilary Clinton: défendre Assad, Poutine et Trump. 

Quelles que soient les suites données à ses propos par les responsables des Républicains, les faits sont accablants pour le parti de droite: Jean-Frédéric Poisson n'a pas brusquement "viré de bord", ses positions de fond sont les mêmes depuis des années, et son appartenance aux cercles qui réunissent droite et extrême-droite est connue de tous. Comme l'était sa collègue, Christine Boutin, qui a été Ministre de Sarkozy pendant des années.  

Memorial 98


Jean-Frédéric Poisson, candidat du Parti chrétien démocrate de Christine Boutin à la primaire de la droite et « révélation » médiatique de sa première émission de télévision, a affirmé le 20 octobre que "la proximité de madame Clinton avec les super-financiers de Wall Street et sa soumission aux lobbies sionistes sont dangereuses pour l'Europe et la France".

Le terme de « lobby sioniste » est un terme codé bien connu qui stigmatise les Juifs et leur prétendue domination du pouvoir, surtout quand il est accolé comme ici à « Wall Street ».

De plus, il s’agit de la reprise des thèses de l’extrême-droite américaine. En effet  celle-ci utilise couramment le terme  ZOG, acronyme de Zionist Occupation Government (Gouvernement d'occupation sioniste) ou de Zionist Occupied Government (Gouvernement occupé par les sionistes). Elle exprime ainsi la théorie antisémite selon laquelle un ou plusieurs gouvernements, notamment celui des USA, seraient en fait contrôlés par les Juifs.  
Cette accusation, qui revient à reprendre les thèmes du faux historique « Protocoles des Sages de Sion », est apparue dans les milieux d'extrême droite aux États-Unis (Néonazis, Ku Klux Klan) dans les années 1970, et s' y est répandue dans les années 1980. Dans les années 1990, le terme s'est répandu dans les divers milieux néonazis et antisémites à travers le monde.

La campagne de Trump, massivement soutenue par les néo-nazis,  a aussi recours à ces thèmes antisémites, comme le montre notamment le montage accusant sa rivale démocrate Hillary Clinton d'être corrompue et comportant une étoile juive  publié sur son compte Twitter officiel publie ( ci-dessous)


L'étoile, superposée à un tas de billets de 100 dollars, porte l'inscription "Most Corrupt Candidate Ever !" ("La candidate la plus corrompue de tous les temps !").

Le tweet a été ensuite supprimé et remplacé par une nouvelle image où le slogan contre Hillary Clinton figure sur un rond rouge et non plus sur l'étoile controversée. Ce montage antisémite de Trump est issu d'un site néo-nazi et suprémaciste blanc; il y a été produit le 22 juin dernier. 
















 Dans ce contexte on constate que le président de l’instance organisatrice de la primaire le député des Hauts-de-Seine Thierry Solère minimise la gravité des propos de Poisson et lui offre déjà une porte de sortie  Certes il condamne et annonce que ces propos et la suite qui leur sera donnée seront examinés lors de la prochaine réunion, prévue le 26 octobre.  Mais il ajoute "Le terme 'lobby sioniste' n'a pas du tout la même signification en France qu'aux Etats-Unis. Cette déclaration alimente, en effet, des thèses conspirationnistes mâtinées d'antisémitisme", poursuit-il. Il suffirait donc à Poisson de plaider la confusion linguistique ou la « spécificité américaine » pour se justifier.   


Poisson assume la propos, mais il n’y voit "aucune espèce de thèse conspirationniste", car "il existe bien des groupes de pression sionistes( et non pas favorables aux pouvoir israélien)  qui agissent aux Etats-Unis". 
Placer dans la même phrase "les super financiers de Wall Street" et "les lobbies sionistes" ne pose pas de problème au député des Yvelines. Interrogé sur la radio RCJ, Jean-Frédéric Poisson a reconnu que ses propos aient "pu provoquer une sorte d'émotion au sein du Crif". "J'en suis désolé, parce que ce n'était évidemment pas mon intention, et je veux redire ici toute l'amitié que j'ai pour l'Etat d'Israël et pour le peuple juif dans son ensemble."

On reconnaît ici l’excuse très classique de ceux qui tiennent des propos antisémites et se justifient par leur « amitié » avec les Juifs et /ou Israël. Ce fut le cas de Goasguen maire du 16e arrondissement de Paris et ancien du groupe fasciste Occident , mais aussi avant lui  du maire fascisant de Nice, Jacques Médecin. De plus le propos est absurde et mensonger car si Poisson a de « l’amitié «  pour Israël, pourquoi attaque-t-il Hilary Clinton précisément sur ce point ?

Poisson, président du Parti chrétien-démocrate fondé par Christine Boutin, a récemment annoncé qu'il tiendrait en décembre un meeting commun avec le maire fasciste de Béziers, Robert Ménard. Leur intégrisme réactionnaire les rapproche, notamment dans leur croisade contre les droits à l’IVG et au mariage pour tous.

En mai dernier, Poisson avait déclaré être "plus proche de Marion Maréchal-Le Pen que de Nathalie Kosciusko-Morizet". Or, la dirigeante du FN qu’il nomme mène une campagne inspirée par les thèses antisémites de Charles Maurras et de l’Action française. De son côté Marion MLP a déclaré:  « J’ai une sympathie humaine et politique pour Jean-Frédéric Poisson. Sur le plan de l’identité, de la souveraineté, de la politique étrangère, il est sur une ligne largement compatible »

La permanence antisémite dans la droite française, en passerelle avec les thèses de l'extrême-droite  bénéficie une fois de plus d'une complaisance scandaleuse.
Les nazis comme Soral s'en réjouissent bruyamment.

Memorial 98  





                                 





 
 






mardi 18 octobre 2016

Lampedusa: récits d'une île d'accueil







Le documentaire italien Fuocoammare-Par-delà Lampedusa, de Gianfranco Rosi, sorti en février 2016, a obtenu un Ours d'or au festival du film de Berlin.

Fuo… mare… On bafouille quand il faut annoncer le titre à la caissière du cinéma.
 Mais heureusement Lampedusa figure aussi dans le titre enregistré dans notre mémoire, tel un message subliminal.
Combien de fois a-t-on entendu ou vu le nom de cette île sicilienne, à la radio, à la télévision, à la Une des journaux ? 
Des migrants qui accostent ou meurent en route sur le point d'atteindre leur objectif : rejoindre l'Europe afin de fuir la guerre et la famine, quel qu'en soit le prix à payer. 

Les premières images se fixent sur la mer d'huile, un ciel bleu intense, une île parsemée de vert, un nom poétique qui chante le soleil et la lumière. Fuocoammare signifie : ˝mer en feu˝. Pourtant l'eau et le feu ne font pas bon ménage !

Immédiatement, les gyrophares tournent, avant le drame. Ils bleuissent le ciel d'encre. Des hommes s'affairent, enserrés d'une combinaison blanche qui les protège des pieds à la tête.  
Ces silhouettes immaculées n'ont pas de visage. Leur corps s'agite sur un bateau militaire de sauvetage.
Blancheur d'une trêve pour les hommes, les femmes et les enfants en détresse, qui appellent au secours. Un porte-voix s'égosille afin d'obtenir la position de ce ˝rafiot˝ à la dérive où des êtres humains sont amassés. Ils abordent enfin. Les plus vaillants, ceux qui étaient en haut ou sur le pont, débarquent les premiers. Les plus faibles, ceux qui étaient dans la cale, dégagent une odeur de pétrole : ˝Ils pourraient s'enflammer˝ lance un sauveteur ...

Le coût de la traversée n'est pas le même qu'on soit en haut, sur le pont ou dans la cale : une hiérarchie dans l'échelle sociale, pour atteindre dans des conditions déplorables une terre promise.

Une étincelle dans la nuit : chaque naufragé est enveloppé dans une couverture de survie. 
Un sauveteur prend une photo tandis qu'un autre tient un petit carton à la droite des visages hagards. Une date et un numéro y sont inscrits. On les décompte, on les ˝nomme˝ : Lybie, Érythrée, Syrie, Somalie…
Épuisés, ils se meuvent comme des automates, les femmes pleurent; la caméra n'expose pas les enfants. Tous sont transis. 
C'est l'hiver à Lampedusa, la végétation est aride, l'île pelée. Un choix du réalisateur de filmer pendant cette saison.
Des images en filigrane : des corps inertes en hypothermie, gonflés d'eau et morts. La caméra, discrète, ne s'attarde pas.
Le réalisateur dresse le portrait le quelques autochtones de l'île : un médecin, l’animateur d'une radio locale, un enfant d'une douzaine d'années et sa grand-mère.
Un récit s'élabore, aller retour, entre la vie quotidienne des habitants et la radio qui parle de naufragés. Deux mondes se côtoient sans jamais se croiser. C'est le parti pris du réalisateur de ce documentaire subtil et singulier.

Les gyrophares illuminent inlassablement les nuits.
Les sauveteurs ont des gestes automatiques, presque rituels. Ils exécutent leur travail consciencieusement. Le médecin se penche vers ces êtres anéantis, grelottants de froid et leur prodigue des paroles réconfortantes.

Il fait jour, une mélodie s'égrène à la radio. L'enfant court dans la forêt. Sa grand-mère fait son lit, méthodiquement. Les draps immaculés n'ont pas un pli.

Demain on entendra qu'un bateau s'est renversé non loin des côtes faisant tant de morts.
Comme cette habitante, en train de plumer un poulet dans sa cuisine, commentera-t-on « pauvres gens » avant de partir faire le marché ?

Point de passage sur la route maritime entre l'Afrique et l'Europe, cette ile minuscule de vingt kilomètres carrés a vu passer depuis vingt ans quelque 400 000 migrants. Depuis 2010, la vague migratoire s'est accentuée. Le nombre de morts est saisissant : 15000 depuis 2010, 33000 depuis 2002, à la mesure du traitement dégradant imposé par l'Union européenne.

L'exploitation par les passeurs est scandaleuse: 1500 euros pour traverser en haut du navire, 1000 euros sur le pont, 800 euros dans la cale. 

Il faut aller voir ce film avant qu'il ne disparaisse des écrans, ou se procurer le DVD. Le sujet est impitoyable. Il ne s'agit pas d'une randonnée sur l'ile de Lampedusa telle qu'elle est décrite sur les dépliants destinés aux touristes.

Lampedusa, signifie ˝torche˝. Ce nom musical et lumineux n'évoque plus que des naufragés. Il y en a eu des centaines et puis des milliers.

Laurent Gaudé (écrivain français), dans son roman ˝Eldorado˝ paru en 2006, décrivait ces ˝voyages˝ avec un réalisme poignant. Personnage principal : un commandant, gardien de la citadelle Europe, chargé d'intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Des histoires de vie de tous ces hommes et femmes en quête de liberté. Ils ont rêvé le paradis Europe. 

L'arrivée est fracassante de ces êtres harassés. Un roman d'une actualité brûlante.

EL