mercredi 28 septembre 2016

Shoah par balles: Babi Yar septembre 1941




                                      Le ravin de Babi Yar

Il y a 75 ans exactement, le 29 et 30 septembre 1941, 33 700  Juifs ukrainiens de tous âges et des deux sexes ont été exterminés par les nazis au lieu-dit Babi Yar (le «ravin de la vieille femme» en russe) à proximité de Kiev. 

Ce massacre est le plus important de ce qu'on nomme la "Shoah par balles";  il  dépasse même les chiffres de l'extermination quotidienne dans les camps.

Cette exécution survient dix jours après l'entrée des troupes nazies dans la capitale de l'Ukraine soviétique. La ville de Kiev compte alors 900.000 habitants, dont environ 120.000 Juifs .

Ces derniers ont été convoqués par les autorités allemandes à Babi Yar le 28 septembre, veille cette année là de la grande fête juive de "Yom Kippour"  et menacés d'exécution sur place en cas de désobéissance. 

Croyant d'abord à un départ vers un camp quelconque, les Juifs sont immédiatement conduits par groupes de dix vers le bord du ravin, obligés de se dévêtir et massacrés à la mitrailleuse. Les rescapés du premier massacre vont être tués à leur tour et jetés dans le ravin au cours des mois suivants, au rythme de deux jours de tuerie par semaine.


Le site de Babi Yar a été jusqu'en 1943 le théâtre d'exécutions massives : jusqu'à 100.000 personnes y ont été tuées, parmi lesquelles des Juifs, des Tziganes, des combattants de la résistance et des prisonniers de guerre soviétiques.


 Après la guerre, la mémoire de ce début de la Shoah fut longtemps  masquée.

Le carnage des 29 et 30 septembre 1941 a certes été révélé lors des grands procès de Nuremberg en 194 mais les dirigeants de l'URSS, dont l'Ukraine faisait partie, ont toujours cherché à minimiser ce drame pour ne pas avoir à admettre que les victimes étaient juives. 
En effet, les autorités soviétiques staliniennes niaient et dissimulaient le caractère antisémite des exactions nazies, ajoutant ainsi  une occultation au génocide lui-même. 
Dans le cas de Babi Yar , les victimes juives sont ainsi présentées comme des « citoyens soviétiques pacifiques » que l’on a assassinés.  
Pendant des décennies, les rassemblements de commémoration furent interdits dans le ravin.
La publication en 1961 du poème  "Babi Yar" , du poète contestataire Evgueni Evtouchenko, fit l'effet d’un choc salutaire car il proclamait  que les victimes étaient  exterminées car juives et il évoquait les pogroms en Russie.

En 1966, les autorités soviétiques érigent sur place un monument qui ne mentionnait toujours pas les victimes juives. 
Ce n’est qu’en 1991, après la chute de l'URSS, que le gouvernement ukrainien autorisa la création d'un monument spécifique à ces victimes. Ce monument fut inauguré 10 ans plus tard, en septembre 2001, soit soixante ans après les faits.

L'exécution de Babi Yar s'est déroulée le jour de la fête la plus importante du calendrier juif.  Les nazis, dans leur rage antisémite, utilisaient souvent les dates des fêtes religieuses juives afin de procéder à des persécutions particulières.


C'est pourquoi dans quelques semaines, le 9 novembre, nous commémorerons, pour la 3e année consécutive, l'anniversaire de la Nuit de Cristal nazie de 1938







mercredi 31 août 2016

Discrimination au restaurant Le Cénacle: que cachent les accusations contre les victimes ?

On aurait tort de penser que l'affaire des deux femmes insultées et chassées d'un restaurant à Tremblay en France, au motif explicite qu'elles étaient musulmanes, est un incident extraordinaire et isolé: en réalité, la discrimination islamophobe est banale, ce qui l'est moins, ce sont les preuves irréfutables et accablantes. 

Pour une fois, parmi tant d'autres, les victimes ont pu filmer le racisme dans toute son expression la plus crue. Ce qui permet la médiatisation, mais aussi et surtout une plainte qui a des chances d'aboutir. En effet, en l'absence de preuves, dans une période où malheureusement le rapport de forces en faveur des antiracistes est défavorable, la seule parole des victimes est bien souvent ignorée, et bien souvent aussi, décrédibilisée, minorée, ignorée. 

A titre d'exemple particulièrement grave, on rappellera les deux jugements rendus successivement par le tribunal et la Cour d'Appel de Pau en 2015, qui avaient entraîné la relaxe d'une gérante de camping : celle-ci avait exigé d'une femme qu'elle enlève son voile ou qu'elle quitte immédiatement les lieux. Mais une fois devant le juge, elle avait affirmé que ses propos n'avaient pas été aussi catégoriques, que la femme et son mari étaient partis d'eux même après une altercation sans gravité, sans quoi "un arrangement aurait pu être trouvé". Cette justification odieuse et absurde avait suffi à motiver la décision des juges qui avaient décidé que la discrimination n'était pas prouvée. 

Le propriétaire du restaurant Le Cénacle, lui ne pourra pas nier la clarté raciste de ses propos.La campagne de solidarité comme la médiatisation de l'affaire peut évidemment encourager d'autres victimes à avoir le réflexe d'enregistrer le racisme dont elles sont victimes. Une victoire judiciaire serait aussi un encouragement pour toutes celles et ceux qui de guerre lasse, ne portent pas plainte contre les discriminations qu'ils subissent au quotidien.

Evidemment, dans le camp islamophobe et raciste, on est parfaitement conscient du problème. Certes, le restaurateur du Cénacle est promu au rang de héros par tous les sites d'extrême-droite , dont certains n'hésitent pas à inviter à suivre son exemple. Seulement, lui même a préféré s'excuser hypocritement suite à la mobilisation, et celle-ci a rendu visible un rapport de forces qui ne va pas forcément encourager les militantEs et sympathisantEs racistes à jouer les francs-tireurs.

C'est la raison pour laquelle l'ensemble du camp islamophobe a déployé une offensive importante, fondée sur la stratégie classique du retournement victimaire: le pauvre restaurateur aurait été victime d'une "manipulation". 

Très significativement, la même thèse est propagée par Fdesouche et par les réseaux prétendûment laïques de Manuel Valls ou de Jean-Pierre Chevènement, par exemple dans une tribune signée d'une secrétaire nationale du MRC, Fatiha Boudjahlat: le restaurateur serait la victime d'une "provocation islamiste ". En clair, les deux femmes auraient fait exprès de venir dans ce restaurant , sachant qu'elles n'y seraient pas les bienvenues pour provoquer une réaction raciste , la filmer et la dénoncer. Et le pauvre restaurateur " poussé à bout" aurait craqué et serait tombé dans le "piège islamiste". 

Une partie des médias, notamment Le Parisien,  n'hésite pas à reprendre cette thèse , en l'étayant d'ailleurs avec des arguments qui laissent pantois, d'autant qu'ils sont présentés comme émanant de "sources policières". Le fait qu'aucune des deux femmes n'habite Tremblay, mais d'autres villes, est présenté comme un élément à charge. On apprend ainsi avec intérêt que les femmes musulmanes "normales" devraient donc rester dîner dans leur commune d'origine et ne pas franchir de frontières communales sans être suspectes. 

Les deux femmes, comme leur défense ont rejeté avec force ces accusations, et quiconque n'appartient pas au camp raciste n'a évidemment aucune raison de discuter leur parole de victimes qui ont eu le courage de dénoncer. 

Mais pour le camp antiraciste, l'enjeu est encore bien plus grand: il ne s'agit pas seulement de dénoncer l'utilisation de la thèse du complot, argument éculé des racistes et des antisémites à chaque agression, à chaque acte révélé. 

En effet, ce qui est présenté comme une manipulation inacceptable , si  elle avait correspondu à la réalité serait tout bêtement un  outil des plus communs et  des plus efficaces de l'antiracisme: le testing. 

En réalité, il n'y a jamais assez de militantEs pour mener sciemment des opérations qui permettront de démasquer des racistes qui sévissent au quotidien, et de faire cesser des discriminations qui ne sont jamais sanctionnées parce que le plus souvent, les concernéEs ne peuvent en apporter la preuve. 
La solitude de la victime face à celui qui discrimine ne se résume pas seulement aux situations dans lesquelles elle est seule avec son oppresseur quand celui-ci l'exclut ou l'agonit d'injures. La présence de témoins ne suffit pas: d'une part, parce que ceux-ci ne sont pas toujours disposés à témoigner, pour des raisons multiples. Le statut social de l'oppresseur, la crainte d'avoir des ennuis, la complaisance ou tout simplement l'indifférence suffisent souvent à ce qu'une scène survenue aux yeux de tous ne se retrouve confirmée par personne devant la justice et la police. Bien souvent aussi, être victime de racisme direct et ouvert suscite des réactions légitimes de sidération, d'abattement, de peur, et de pessimisme qui mettent du temps à se dissiper, si bien qu'il est trop tard lorsqu'on se décide à réagir. Si on se décide, parce que l'envie d'oubli et d'avancer est tout aussi légitime. 

Le testing pratiqué sciemment est évidemment une arme qui permet d'éviter tout cela, de rassembler des preuves et de mener méthodiquement une offensive efficace contre des instititutions, des entreprises ou des individus qui verront enfin leur impunité remise en cause. Et bien au delà, des condamnations judiciaires qui peuvent ainsi frapper les racistes un par un, l'existence même de ces pratiques en dissuadera bien d'autres, qui face à des victimes potentielles, garderont à l'esprit que celles-ci sont peut-être bien aussi organisées, solidaires et offensives.

Voilà tout l'enjeu de l'affaire de Tremblay et de la réponse antiraciste à y apporter.

Dénoncer les accusations odieuses des islamophobes d'une part. Celles-ci s'inscrivent dans l'offensive plus globale visant à faire des personnes assignées musulmanes des coupables du seul fait d'exister , au restaurant, à la plage, partout. Des coupables qui mériteraient plus ou moins la violence et la persécution dont elles sont victimes. 

Défendre la lutte antiraciste , d'autre part. Provoquer les racistes, les tromper, les manipuler pour les démasquer et amplifier le rapport de forces pour les neutraliser, c'est un combat légitime, nécessaire et urgent. 

Les deux femmes courageuses qui ont eu le sang-froid de penser aux preuves de la discrimination dont elles étaient victimes n'avaient pas prémédité leur courage. Mais les militantEs antiracistEs devraient, encouragés par leur acte,  songer à multiplier les "préméditations" et les "provocations" pour enfin, faire reculer les discriminations.

jeudi 25 août 2016

Sarkozy est l'ordonnateur direct des arrêtés anti-burkini




                                   A Nice, les policiers de Estrosi en action.


Actualisation du 6 septembre

La vérité sur la manipulation de Sarkozy commence à se faire jour et confirme nôtre analyse, formulée ici dès le 25 aout. 

Selon l'hebdomadaire l'Express, un maire LR et juppéiste d’une ville du Sud-Est a livré le témoignage suivant  : « Nicolas Sarkozy a appelé lui-même certains maires pour qu’ils signent des arrêtés interdisant le burkini! Eric Ciotti [président du conseil général des Alpes-Maritimes, qui est l’un de ses porte-parole, NDLR] téléphonait et l’ancien chef de l’État passait derrière pour remettre un coup de pression.  »

Actualisation du 29 aout

Sarkozy veut changer la Constitution.

A nouveau Sarkozy poursuit le plan de provocation raciste qu'il a initié par la promulgation des arrêtés anti-burkini. 
Il réclame maintenant un changement de la Constitution en prétextant qu'on " ne peut pas laisser les maires seuls face à la situation".
Il veut ainsi imposer une loi d'interdiction du burkini, voire du voile.
L'incendiaire Sarkozy prétexte  du feu qu'il a allumé afin de poursuivre à jeter de l'huile sur les flammes.
Cette campagne et le climat créé sont  d'ores et déjà responsables du grave incident de Tremblay (93) au cours duquel un restaurateur a chassé des femmes musulmanes de son établissement.

Ceux et celles qui prêtent la main à l'entreprise sarkozyste, et au premier plan Manuel Valls, ou qui gardent le silence, prennent une lourde responsabilité. On favorise ainsi la diffusion des idées les plus toxiques. Le FN et Daech peuvent se frotter les mains. 

Memorial 98 

 


Actualisation du 26 aout:

Le Conseil d’État a censuré et suspendu l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet, mais la droite et ses alliés FN, ainsi que Manuel Valls, persistent et escaladent.  

L’ordonnance du Conseil d’État précise fort bien que « l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »
C'est aussi un désaveu direct de Manuel Valls, soutien acharné de ces mesures discriminatoires, qui prétend parler au nom du gouvernement.
Malgré ce désaveu de la haute juridiction, Sarkozy, parrain de toute l’affaire, ne lâchera évidemment pas le plan diabolique qu'il a concocté avec les maires LR de sa garde rapprochée, dont Lionnel Luca de Villeneuve-Loubet  et Estrosi.  
Ces derniers ont d’ailleurs refusé d’annuler leurs arrêtés.
Les déclarations de Sarkozy  à la télévision et lors de son premier meeting à Châteaurenard démontrent à nouveau qu’il met en œuvre un plan soigneusement prémédité, puisqu’il a immédiatement réclamé une loi permettant d’interdire le burkini.
Dans son sillage, la plupart des ténors de droite (sauf Juppé) et le FN  ont appelé à modifier la loi actuelle.

La bataille va donc se poursuivre et même s’amplifier.

MEMORIAL 98



  
25 aout
C’est l’entrée en campagne de Sarkozy pour la primaire de la droite qui a déterminé la décision des maires de son parti de prendre des arrêtés dit « anti-burkini » et d’ouvrir ainsi un nouvel épisode de la stigmatisation des musulman.e.s de ce pays.

Nulle théorie du complot dans ce constat mais un examen de la chronologie des événements, des thèmes de campagne sarkozystes et du casting de ses responsables ( Hortefeux, Wauquiez, Ciotti) . 
On y ajoutera le mode de fonctionnement très centralisé des soutiens de Sarkozy, qui laisse fort peu de place aux initiatives locales  

Le 28 juillet, le maire LR de Cannes, relativement peu connu, prend le premier arrêté. 
Il est immédiatement suivi par le député-maire de Villeneuve-Loubet LR Lionnel Luca, qui se présente comme le représentant de la "garde de fer sarkozyste " adepte des références antisémites et nostalgique du fascisme roumain. 
Son arrêté reprend exactement les termes de celui de Cannes
Puis vient Estrosi, dont on sait qu'il est le petit télégraphiste habituel de Sarkozy, malgré quelques mises en scène de brouilles temporaires.


A cette période Sarkozy a  évidemment déjà fixé le cadre de sa campagne qui sera lancée par son interview à Valeurs actuelles le 11 aout.  
Son livre est bouclé, les ralliements de dirigeants LR sont en cours.
Peut-on penser un seul instant que les maires en question agissent alors de leur propre initiative ? C'est en coordination directe voire à son initiative personelle 

D'ailleurs, dans l’un des phrases clé de son interview au journal de la droite radicale, Sarkozy déclare à propos du FN :   
"Les Français ont vu que le FN avait atteint un plafond de verre aux dernières élections. Il nous faut les ramener vers nous en répondant à leurs attentes et en proposant des solutions concrètes." 
Sarkozy ne condamne donc pas la politique raciste du  FN sur le fond (il ne le fait jamais, comme le montre ce florilège)  mais lui reproche son inefficacité, laquelle contrasterait avec sa propre capacité à mettre en œuvre des politiques équivalentes. Dès lors, les arrêtés apparaissent comme un exemple de cette capacité

 Sarkozy prolonge ainsi la ligne explicitée par son porte-parole l’ex-ministre Eric Woerth:
« Pour endiguer le FN, il faut montrer que la barrière est infranchissable en refusant toute alliance. A partir du moment où la digue est érigée, on peut aller très loin en s’approchant le plus possible de la frontière ».
Il s'agit  pour Sarkozy et LR  de capitaliser doublement, d'une part en légitimant les thèses racistes et islamophobes du FN afin de s'adresser à l'électorat de l'extrême-droite, tout en se proclamant les seul capables d'empêcher le désordre, notamment économique, que le FN apporterait selon eux.
Ou exprimé plus brutalement par Simonpieri (expert en la matière, maire de Marignane sous la bannière FN, intégré à l'UMP par Gaudin en 2004)  au lendemain du premier tour de la présidentielle de 2007 qui sert de référence à la Sarkozie :
«Beaucoup d'électeurs FN ont constaté que Nicolas Sarkozy disait les mêmes choses que Le Pen, mais que lui avait une chance de les mettre un jour en application. Ils ont donc voté utile. Parce qu'ils ont cessé de croire à l'accession de Le Pen au pouvoir» ( in Le Canard enchaîné du 25 Avril 2007).


On retrouve donc le fond de commerce habituel de Sarkozy lors de ses campagnes de 2007 et 2012 et même dès 1998 (avant toute menace islamiste)  lorsqu’il approuve explicitement avec Balladur la thèse lepéniste de la  « préférence nationale »  mais cette fois-ci  pour 2017, il joue plus gros.

D’une part il doit affronter une primaire alors qu’il traîne des casseroles judiciaires et le souvenir de son échec. D’autre part Marine Le Pen et son parti sont en ordre de bataille.

Sarkozy cherche donc une transgression majeure inaugurant sa campagne, comme celle du Ministère de l'Identité Nationale en 2007.
 Il ne se satisfait pas de la remise en cause du droit du sol et du regroupement familial. Il lui faut un thème plus explosif et de plus susceptible de créer un écho au sein des courants de gauche sensibles à la propagande islamophobe. 
Là aussi le modèle de 2007 le hante, qui avait vu le ralliement de responsables du PS dont Eric Besson puis Bernard Kouchner. 

Il a déjà constaté en 2015 que Valls et Hollande avaient été disposés à reprendre son idée (commune avec le FN) de déchéance de nationalité.
Sait-il que cette fois-ci, à nouveau, Manuel Valls approuvera les arrêtés des maires de droite et que nombreux seront ceux  et celles qui à sa suite danseront au son de la musique raciste et islamophobe en pensant (ou feignant de penser) qu’on défend ainsi la laïcité, voir le droit des femmes ? 
Devine-t-il que Valls ira jusqu'à blâmer en direct Najat Vallaud-Belkacem afin d'imposer à gauche la ligne ignoble de Sarkozy, comme dans le cas de la déchéance de nationalité?
La ministre de l’Éducation nationale a fort modérément affirmé que "la prolifération des arrêtés" n'était "pas la bienvenue" et a ajouté "Jusqu’où va-t-on pour vérifier qu’une tenue est conforme aux bonnes mœurs ?" puis a évoqué une "dérive politique dangereuse pour la cohésion nationale" qui "libère la parole raciste". 
Valls la désavoue en direct et réaffirme son soutien aux mesures des maires LR parrainées et initiés par Sarkozy .
Notons que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, s'oppose aussi aux arrêtés anti-burkini et à la stigmatisation du voile.

Dès lors, quoi de plus facile et de plus pervers pour Sartkozy que de s’attaquer aux femmes musulmanes, accusées de "faire allégeance au terrorisme" ? Qu’importe que le burkini et la présence à la plage soient honnis par les fondamentalistes ? Qu’importe  que cette polémique génère une fracture chez de nombreux musulmans et puisse alimenter le discours djihadiste, comme l’explique le spécialiste David Thomson ? 

Sarkozy fait donc lancer par les maires LR la vague de l’attaque généralisée.
Dès sa première émission de télévision en tant que candidat, le 24 août il redouble ses coups et esquisse une interdiction généralisée du voile à l’Université, dans les entreprises, et sans doute demain dans la rue.

Sarkozy ne lâchera plus ce thème. 
Face à son offensive et à ses dangers, il ne doit plus être question de recul ou d’accommodement. C’est l’avenir du vivre-ensemble et même de la démocratie qui sont en jeu.

PS : Memorial 98, qui combat résolument la politique xénophobe de Sarkozy, avait en 2007 défendu ce dernier contre les attaques pétainistes de Jean-Marie Le Pen. Celui mettait en cause les " 3 grands-parents étrangers" de Sarkozy. Nous avions alors révélé qu’il s’agissait d’une référence directe au statut des Juifs de 1940. Au même moment Sarkozy faisait récolter par Nadine Morano des signatures d’élus en faveur du même Le Pen.   


mardi 16 août 2016

Le burkini, la ratonnade, l'Evènement et sa fabrique raciste.


Cet été 2016, le « burkini » est un évènement. Nul n'est pourtant en mesure de fournir la moindre indication sur le nombre de femmes qui le portent sur la plage. Douze, cent, cent mille, nous n'en saurons rien. Ce n'est pas  la quantité qui crée l'évènement, et nul n'est en mesure non plus, de dire s'il y en a moins ou plus que l'an dernier.

L'évènement concernant le port du burkini est crée par celles et ceux qui ont le pouvoir d'en faire un problème, d'imposer socialement l'idée que ce que font deux ou cent femmes de leur corps nous regarde toutes et tous. Lorsque des partis politiques comme le FN et les Républicains reprennent les campagnes d'agitation raciste menée par des activistes islamophobes de tous les bords politiques, l'évènement s'impose.

Cet été 2016, les appels insidieux ou ouverts à la ratonnade, et les tentatives de ratonnade ne sont, eux , pas un événement et encore moins un problème. Depuis le début de l'été, en toute impunité, l'extrême-droite s'est lancée dans des campagnes de harcèlement des femmes voilées sur les lieux touristiques. La pratique consiste à prendre en photo des femmes sur les plages, dans les parcs d'attraction puis à diffuser ces photos sur internet. On en trouvera un bon exemple sur le site Riposte Laïque, où l'un des articles vedettes (1) est actuellement le récit accompagné de photos d'une militante qui est allée à la Mer de Sable et se vante d'avoir pris une centaine de clichés de femmes voilées dans la journée. Dans les commentaires, d'autres militants racistes racontent des pratiques similaires un peu partout en France. Naturellement on y trouve également des appels à l'agression caractérisée comme dans les commentaires reproduits ici où d'aucuns préconisent l'usage du pistolet à eau chargé de sang de porc.Une dérive hallucinatoire qui en dit long sur l'état d'esprit des individus concernés.




Tout cela n'a pas commencé avec la campagne contre le « burkini ». Il y a deux ans, Nadine Morano, ancienne Ministre , a popularisé la pratique consistant à diffuser des photos de femmes musulmanes en les insultant. Et déjà, à l'été 2014, le débat politique a porté sur le problème du voile et pas sur le problème du harcèlement raciste constitué par la prise de photos et leur diffusion malveillante.
Depuis, la pionnière et ses amis politiques républicains ont toujours un temps d'avance dans la haine: l'un de ses proches a par exemple fait une allusion directe aux méthodes nazies en prescrivant le " Nacht und Nebel ", aux femmes portant le burkini. Loin de le désavouer Nadine Morano a surenchéri en le présentant comme une victime et en affirmant que les femmes en burkini sont elles même des nazies. 

A l'été 2015, un autre « problème » , un autre « évènement » était cette fois crée de toutes pièces par une partie des médias et des politiques : à Reims, une femme aurait été agressée parce qu'elle était en maillot de bain dans un parc, avec une revendication religieuse. A la finale, il s'avéra que la prétendue information était totalement fausse, et que l'évènement réel était l'emballement raciste non seulement de l'extrême-droite, mais aussi d'une partie de la gauche et même de certaines associations antiracistes sur la base d'une rumeur. Mais une nouvelle fois, cet emballement ne fut pas considéré comme un phénomène social à examiner de près.

A cours des mois de juillet et août 2016, des maires du Sud de la France ont pris des arrêtés d'interdiction du « burkini » sur leurs plages, et celui de Cannes a été validé par le tribunal administratif. Juridiquement, cette interdiction est locale et n'est censée concerner qu'un vêtement bien précis. Mais socialement, et dans le contexte qui vient d'être décrit, ses conséquences sont bien plus vastes sur les esprits racistes chauffés à blanc : ce qui est dit par ces arrêtés et leur validation judiciaire, c'est que des femmes musulmanes sont illégales en soi dans l'espace public. C'est un message qui forcément, déclenche chez les agresseurs potentiels un sentiment de puissance et de légitimité devant des victimes affaiblies parce qu'illégitimes.

Et ce d'autant plus que les agressions islamophobes ne sont pas un "événement", socialement parlant, pas plus que les ratonnades et les tentatives de ratonnade. Certes lorsqu'un homme de 70 ans se fait tabasser à Barentin par un jeune homme qui accompagne l'agression de propos racistes et islamophobes explicites, comme cela a été le cas au mois de juillet, la presse en parle. Mais sans aucune mise en perspective et sans déclencher de réaction sociale notable.

Pire, nombre d'expéditions punitives collectives racistes pratiquées ces dernières années dans toute la France ont donné lieu à une médiatisation, qui insidieusement ou ouvertement a inversé les responsabilités. Les « riverains » qui partent à l'attaque contre des bidonvilles habités par des personnes Roms sont présentés comme légitimement exaspérés par le tort que leur ferait l'existence même du bidonville. Les jeunes militaires des casernes de paras quipartent de temps à autre de leur caserne pour aller attaquer des bars fréquentés par des gens issus de l'immigration ou des quartiers populaires se voient toujours mettre à leur crédit un fait initial, cambriolage ou une bagarre qui serait la cause de la ratonnade, exagérée , mais rationnelle quand même, donc.

Petit à petit, à l'impunité morale, s'est ajoutée une impunité factuelle totale pour les agresseurs racistes. En Corse au mois de décembre 2015, des ratonneurs agissant à visage découvert pourront non seulement défiler dans un quartier en hurlant explicitement leur haine contre les arabes, mais également attaquer des domiciles privés à coups de pierre et brûler un lieude culte. La seule sanction étatique sera un « appel au calme »: quand à la ratonnade celle-ci est  présentée comme une « réaction « à l'agression d'un pompier, pas un prétexte, une réaction.

Il y avait donc, en cet été 2016, un grand nombre de facteurs qui rendaient probable une agression collective raciste contre des personnes musulmanes sur une plage. Et un prétexte tout trouvé .

Ce qui s'est passé le samedi 13 août 2016, sur une plage corse et la tentative de ratonnade qui a eu lieu ensuite n'a donc rien d'inexplicable, ni rien d'étonnant.

Pour éviter toute accusation de partialité, autant choisir la version des protagonistes racistes , celle qui est diffusée par tous les réseaux d'extrême-droite : au départ, il y avait des gens d'apparence musulmane sur la plage et ils étaient l'objet de l' « attention » des non-musulmans. Une attention qui s'est traduite par la prise de photos.

Il est intéressant de constater que les versions des protagonistes du même camp diffèrent : sur un « témoignage «  d'une mère de famille relayé par le FN (2) puis par certains organes de presse, on apprend que des femmes auraient été vêtues de « burkas » ( la presse a traduit burkini, corrigeant volontairement la maladresse qui rendait le témoignage encore moins crédible. ). Dans un autre « témoignage » diffusé dans une vidéo, celui d'une jeune fille qui parle aux manifestants sur le départ pour  une expédition punitive, il n'y a plus que des « maghrébins » et d'innocents touristes qui prenaient des photos de la plage .Les « maghrébins » se seraient sentis visés et ont alors agressé tout le monde.
On voit bien la raison de cette divergence initiale dans les témoignages : l'hésitation entre une stratégie classique de négation totale du racisme initial qui a pu conduire les victimes à se défendre violemment , ou alors une stratégie où l'on reconnaît avoir fait quelque chose, en l'occurrence montré des yeux et de l'appareil photo des personnes qui ont réagi à la provocation. Mais en défendant le bien fondé de cette provocation, à savoir le fait que ces personnes portaient un « burkini »......et étaient donc dangereuses et choquantes en elles même.

Ce sera la deuxième version et justification de la tentative de ratonnade qui sera finalement retenue. Par les médias mais aussi par le maire socialiste de la ville qui va immédiatement prendre un arrêté d'interdiction du burkini, perpétuant ainsi le cercle vicieux raciste.

Dans le même temps, l'évènement « ratonnade » est lui quasi-absent des récits médiatiques et politiques. Rappelons les faits que personne ne nie, et que les ratonneurs ont d'ailleurs filmé. Des centaines de personnes sont montées dans le quartier d'où les familles musulmanes étaient censées venir, ont défilé en meute et brûlé des voitures. D'autres ou les mêmes sont allées jusque devant l'hôpital où une de leurs cibles était encore hospitalisée et ont du être repoussées par la police. Aucune interpellation n'a eu lieu.

Que reste-t-il des évènements dans les médias : au mieux l' énoncé« tensions inter-communautaires » entre «  Corses » et « maghrébins », dans Le Monde. Où l'on en déduit donc que Corse et maghrébin, c'est impossible . Le terme spécifique « maghrébin », un peu suranné, mais brusquement utilisé par de nombreux médias ne vient pas de nulle part : s'il a été choisi de préférence à « musulman » ou d' "origine maghrébine » ou « issu de l'immigration » , c'est qu'il est le qualificatif utilisé par les orateurs du rassemblement pré-ratonnade.Cette reprise des mots même des manifestants rend d'autant plus criante le traitement médiatique réservé à ce que les médias présentent comme les "maghrébins" ou les "musulmans" de la plage: aucun témoignage n'est relayé, et bien plus significatif , aucune explication sur l'absence de toute référence à leur version des faits ne figure dans les articles. En admettant même qu'ils aient refusé de parler à la presse, une des règles du journalisme qui se veut objectif est évidemment de faire mention du refus de s'exprimer des protagonistes de n'importe quelle affaire...sauf quand ceux-ci ne sont pas considérés comme égaux aux autres, ou dignes de foi. C'est par exemple le cas lors de l'arrestation de délinquants pris en flagrant délit ou de personnes considérées comme d'ores et déjà exclues des droits ordinaires, par exemple, les personnes soupçonnées de terrorisme.

D'autres médias, eux , on fait de la ratonnade une « rixe à cause d'un burkini » comme 20 minutes.

Ce sera donc cette deuxième version et justification de la tentative de ratonnade qui sera finalement retenue globalement, par les médias, par le maire de la commune et d'autres élus de Corse. Le maire de Sisco, sans aucun scrupule prendra immédiatement un arrêté anti-burkini, comme d'autres avant lui. Y-a-t-il même eu un burkini sur cette plage précise ? C'est de peu d'importance, finalement, pour la suite d'un Evènement que des forces politiques puissantes et racistes ont de toute façon imposé, cet été indépendamment du réel.

La boucle sera enfin bouclée par Laurence Rossignol, Ministre, qui ce 15 août choisit de faire une déclaration, non pas sur la violence raciste, mais sur la nécessité d'une action « de gauche » contre le burkini. Tandis que Jean-Pierre Chevènement, pressenti par le gouvernement pour présider une « Fondation de l'Islam de France » conseille aux musulmans de se « montrer discrets ».

Qu'arrivera-t-il à celles et ceux qui ne seront pas considérés comme suffisamment discrets ? Nous avons déjà la réponse car d'autres avaient déjà donné ce conseil. Début août, le FLNC était repris avec délectation par tous les médias, et présenté comme déterminé à combattre Daech , suite à un communiqué où il « demandait » aux musulmans de ne pas « porter de signes religieux ostentatoires"  et annonçait des représailles contre celles et ceux qu'il désignerait arbitrairement comme complices de Daech. Comme on le voit, le sentiment selon lequel l'appel à la « discrétion » n'avait pas été suivi en ont amené certains à mettre en œuvre les représailles, très vite.

Sans que cela soit un « problème » ou un « évènement ». Puisque le problème et l'évènement, pour l'immense majorité des médias et des politiques, c'est le « burkini ».

(1) http://ripostelaique.com/uniformes-musulmans-a-la-mer-de-sable-mais-yen-a-partout.html
(2) 

mardi 9 août 2016

Marsault, dessinateur d'extrême-droite et harceleur en meute.

Quand on lit les textes de Marsault sans regarder ses dessins, on le classe immédiatement à l'extrême-droite. Par exemple, lorsqu'il publie une diatribe contre le concert de Black M à Verdun, reprise par tous les sites d'extrême-droite (1): diatribe où il évoque très banalement la "racaille qui se fait sucer par les médias", le prétendu "racisme anti-blancs", ou lorsqu'il attribue le trafic de stupéfiants aux Noirs et aux Arabes. Du Zemmour , en plus pathétiquement viriliste encore. 

Quand on regarde les dessins de Marsault sans lire ses textes, on le classe immédiatement à l'extrême-droite. Le même fantasme décliné toutes les semaines,  les mêmes scènes de tabassages de gauchistes, de féministes, d'antiracistes par un mec trop musclé , le crâne rasé. 

Quand on se renseigne un peu sur la carrière de Marsault, ça le classe aussi à l'extrême-droite: Marsault a été publié longtemps par Egalité et Réconciliation, et a bénéficié de l'audience du site d'Alain Soral et de Dieudonné pour se faire connaître. Et aujourd'hui Marsault est publié par Ring , maison d'édition qui accueille Laurent Obertone, auteur entre autres d'une ode à Breivik. Mais aussi un des journalistes phare de Valeurs Actuelles, et les délires racistes de Renaud Camus, et publie dans son magazine des "Manifestes de la Dissidence Blanche".

Il n'est donc pas très étonnant que Marsault ait également des méthodes d'extrême-droite: furieux de la fermeture de sa page Facebook, le dessinateur a lancé un appel à harceler une militante féministe qui saluait la fermeture de cette page. Le résultat: des insultes, des menaces de viol, de tabassage et de meurtre adressées par centaines à la militante en question, à ses amis, à sa famille, la diffusion de ses photos et de son identité un peu partout sur des pages fascistes. En voici quelques exemples ci-dessous: reproduire ces immondices pourra choquer, mais il est nécessaire que chacun sache de quoi on parle lorsqu'on évoque une campagne de haine fasciste parmi d'autres.





Bref, Marsault qu'il l'assume ou pas est banalement d'extrême-droite. Et de manière très banale dans ce pays, il a énormément de soutiens, beaucoup de succès et peu d'ennuis. 
L'homme qui passe sa vie à fantasmer le tabassage de ses ennemiEs féministEs et antiracisTes pleure sur l'horrible blessure infligée par la fermeture de sa page Facebook mais a déjà plus de 60 000 fans sur sa page de secours. 
L'homme qui se croit très courageux lance sa meute sur une militante, puis vient dire qu'il n'est pas responsable si la meute mord un peu trop fort. 

Si vraiment le règne du politiquement correct fantasmé par Marsault existait, celui-ci aurait de gros ennuis avec la justice pour cette campagne de haine ciblée lancée de sa page, qui constitue évidemment une infraction pénale. Malheureusement, aujourd'hui la haine sexiste, lorsqu'elle est portée par des racistes d'extrême-droite est tolérée et même applaudie. Malheureusement, Marsault est également soutenu par les éternels défenseurs de la liberté d'expression, comme si la violence raciste , sexiste, antisémite, homophobe , dessinée, écrite, fantasmée , ressassée était un vague inconvénient que les victimes devraient supporter pour garantir la liberté des bourreaux.

Reste à faire le minimum en attendant mieux : dire notre solidarité et notre respect aux militantes féministes qui affrontent la horde brune ( par exemple sur la page féministe  Paye ta Schneck)  et continuer à dénoncer le fascisme, dont la violence dessinée est toujours l'ébauche de la violence tout court. 

(1) voir par exemple sur Fdesouche: http://www.fdesouche.com/730637-marsault-vous-degoutez-bande-de-charognes

samedi 9 juillet 2016

Emmanuel Chidi Namdi, tué "involontairement" par l'extrême-droite ?

Du déroulement des faits ayant abouti à la mort d'Emmanuel Chidi Namdi, à Fermo, petite ville du centre de l'Italie, on sait déjà beaucoup : l'assassin Amedeo Mancini a d'abord traité de "singe africain" la compagne d'Emmanuel Chidi, ,une provocation délibérée. Lorsque le jeune homme a voulu y répondre, il l'a mis à terre, et continué à le tabasser , le frappant notamment et à plusieurs reprises à la tête, ce qui a entraîné la mort, quelques heures après le lynchage. 

Un crime raciste, de toute évidence.

On ne sera donc malheureusement pas étonné qu'il soit minimisé d'emblée. Le meurtrier, arrêté peu de temps après les faits vient d'être inculpé pour "homicide involontaire". 
Une nouvelle fois, l'incrimination pénale et donc l'orientation de l'enquête sont  au service de la défense du meurtrier, puisque d'emblée, le caractère volontaire de la mise à mort raciste est écarté. Non pas après un long travail de recoupement, mais juste après les faits, dont on ne voit guère pourtant, ce qu'ils présentent d'évidence concernant l'absence de volonté de tuer d'Amadeo Mancini.
Et d'autant plus quand le meurtrier n'a rien trouvé d'autre qu'une explication tout aussi raciste que le meurtre: le motif invoqué par Mancini pour ses insultes initiales est qu'il pensait qu'Emmanuel Chindi et sa compagne voulaient voler une voiture. 

De la même manière, celui-ci est présenté par la presse italienne d'abord comme un "ultra" de l'équipe locale de foot. Or avant toute autre chose,  Amadeo Mancini était un militant de base connu de l'extrême-droite locale. Qu'il exprime son militantisme aussi au travers de son identité de supporter est certes un élément important, mais la présentation médiatique d'un meurtrier raciste n'a rien de neutre, lorsqu'il s'agit de l'associer principalement au foot et au hooliganisme:, l'image du supporter violent , destructuré et imprévisible, quelle que soit son orientation politique, souvent réduite à l'expression d'un folklore totalement déconnecté de la "vraie " politique amène une nouvelle fois à éluder justement le contexte politique de ce meurtre. 

Pourtant, les représentants de l'association religieuse de Fermo qui hébergeait 'Emmanuel Chidi Namdi ont été très clairs dans leur parole publique: pour eux, Amadeo Mancini était de ceux qui entrainent les plus jeunes racistes à agir violemment. Et l'action violente , l'association la connaît bien: à plusieurs reprises des engins incendiaires ou explosifs ont été placés devant le centre d'hébergement.

Une violence politique raciste qui se structure aussi de manière légale: Amadeo Mancini était apparemment connu pour assurer le service d'ordre et la claque des premiers rangs lors des meetings locaux de la Ligue du Nord. Ce n'était pas un "jeune" supporter, mais un exploitant agricole bien installé, et manifestement en mesure, justement, de profiter du foot pour recruter des plus jeunes.

Contrairement à ce que laissent penser les commentaires médiatiques et politiques sur cet assassinat, il n'est pas non plus spécialement lié à ce qui est appelé la "crise des réfugiés", mais bien à la crise racistes qui traverse l'ensemble des pays européens. D'ailleurs l'insulte  proférée par l'assassin avant son crime "singe africain"  reflète bien l'expression d'un racisme à prétention biologique parfaitement assumé qui fait couler le sang depuis des années, en Italie comme ailleurs et rend par ailleurs la vie impossible aux racisés, qu'ils soient présents en Europe depuis longtemps ou pas .

En 2011, par exemple, à Florence un militant de Casapound, connu précédemment pour des diatribes antisémites et négationnistes , avait tué par balles deux vendeurs ambulants noirs et en avait blessé grièvement deux autres avant de se suicider. Le mouvement ouvertement fasciste dont il était issu n'a pas été inquiété le moins du monde et a continué à s'installer dans la vie politique et sociale italienne, multipliant les "actions coup de poing" dans toutes les villes où il est présent.

De toute façon, être qualifié de "singe" en Italie, comme en France est quelque chose qui arrive même aux Ministres , en toute impunité pour les mouvements qui le font: Cecile Kyenge a ainsi fait l'objet dès 2013 d'une campagne extrêmement violente des politiciens de la Ligue du Nord, la qualifiant d'"orang outan" ou appelant à la violer. Lorsque la  brutalité du racisme verbal touche même des personnalités importantes socialement, évidemment, la violence ne peut être que plus grave et aussi physique pour les autres.

Les condamnations formelles n'ont évidemment pas jugulé la terreur raciste: pour que ce soit le cas, encore faudrait-il qu'elle soit reconnue comme telle dans toutes ses dimensions politiques et pratiques. Elle ne sort pas de nulle part, et n'est nullement une agrégation d'actes individuels spontanés d'individus ou même de groupuscules . Elle est bien liée à la puissance des mouvements fascistes et d'extrême-droite légaux, idéologiquement et physiquement, comme le démontre, une nouvelle fois le meurtre d'Emmanuel Chidi Namdi: son assassin n'était rien d'autre qu'un militant parfaitement ordinaire, une petite main brune comme il en existe désormais énormément en Europe.

C'est d'ailleurs au moins le deuxième meurtre commis en un mois par l'extrême-droite européenne, après celui de la députée anglaise Jo Cox.  La terreur d'extrême droite accélère sa progression.

Nouveau scandale antisémite dans la gauche espagnole.

  

Un an après le scandale antisémite qui a touché la municipalité Podemos de Madrid, on assiste à une nouvelle irruption de ce genre dans la gauche espagnole. 
La section de Madrid du parti de gauche Izquierda unida, allié de Podemos, qui regroupe l'ancien PC et une partie de la gauche radicale, a diffusé une image scandaleuse (ci-dessus) à l'occasion de la visite d'Obama, contre laquelle elle appelle à manifester le 10 juillet. 

On y voit une image grossière du président américain étreignant une caricature de Juif à papillotes et retirant une liasse de dollars de la poche de ce dernier.

La sélection de stéréotypes antisémites et conspirationnistes les plus répugnants est particulièrement choquante. Elle semble directement tirée de la tradition fasciste. 
L'image d'Obama en "noir à grosses lèvres" est elle aussi issue de ce fond abject.

On notera qu'au même moment la campagne de Trump aux USA a elle aussi recours a une imagerie antisémite à l'encontre de Hillary Clinton (ci-dessous) associant la corruption et l'étoile juive et tirée d'une site néo-nazi


 

On assiste d'ailleurs actuellement à des nombreuses campagnes négationnistes et antisémites sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et Twitter.

Cette nouvelle irruption antisémite à Madrid se produit quelques semaines après la révélation de graves problèmes d'antisémitisme au sein du Labour britannique

On avait déjà noté dans ce dernier cas une tolérance inexcusable à l'égard de positions racistes antisémites au sein de ce parti, puisque des mesures ne furent prises que suite à des révélations et scandales, alors que la direction du Labour était bien alertée et informée des horreurs diffusées depuis des mois voire des années.

Le scandale de Madrid résonne à nouveau comme une alerte particulièrement grave, montrant une diffusion de thèses antisémites, complotistes et négationnistes au sein de la gauche, au motif de défendre les causes anti-guerre ou  palestinienne. 

Ces causes se trouvent au contraire salies et affaiblies par la tonalité antisémite de ces "soutiens". 

Une vigilance particulière est nécessaire face à cette véritable peste que représente la diffusion du racisme et de l'antisémitisme au sein de la gauche et du mouvement social. 

 

MEMORIAL 98